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CHAPITRE 2

Author: RS WILD
last update Last Updated: 2025-12-02 18:17:30

Il claqua la porte derrière lui.

La voix d’Emmeline monta aussitôt :

— Bonne soirée, et merci ! cria-t-elle dans le vide.

Romy releva la tête vers elle.

Emmeline, la cinquantaine élégante, portait un tailleur couleur nuit qui moulait sa silhouette comme une seconde peau. Ses cheveux, impeccablement coiffés, semblaient défier l’heure tardive, comme si sa journée venait à peine de commencer.

Elle fixait Romy avec un regard faussement outré, les sourcils légèrement arqué, les lèvres esquissant un sourire qui en disait long.

lui lança un regard faussement outré

— Non mais sérieux… il connaît les mots “bonjour” et “au revoir”, ce mec ? Remarque : il dit même pas “merci”. Il signe et il dégage.

Romy esquissa un sourire.

— Il ne nous a pas vus, c’est tout.

— Arrête, bison. Il nous a pas vus parce qu’on n’existe pas. On est ses esclaves. Bon, au moins, il paie bien.

Romy sourit encore.

C’était vrai pour Emmeline.

Beaucoup moins pour elle.

Romy baissa les yeux vers ses propres mains, les ongles courts et sans vernis.

Elle, Romy Durel, elle était payée au lance-pierre par une société d’intérim toujours en retard, qui l’avait déjà mise dans le rouge plus d’une fois. Les factures arrivaient plus vite que les salaires.

Elle n’avait pas les enveloppes discrètes d’Emmeline, ni ses primes, ni même un contrat stable. Juste des promesses, des retards, et cette sensation tenace d’être un pion sur un échiquier dont elle ne voyait même pas les règles.

Et pourtant, à un moment, Sirine — celle qu’elle avait remplacée — avait parlé de démissionner. Mais qui quitterait un poste où la rémunération d’assistante restait déjà bien au-dessus de la moyenne, presque au niveau d’une secrétaire confirmée ?

Elle enfila son manteau, attrapa son petit sac et suivit sa collègue vers l’ascenseur.

Romy resta un instant immobile, son petit sac serrés contre sa poitrine.

Dans le couloir désert, l’odeur de cèdre et de bois musqué flottait encore, celle de Caleb. Une fragrance riche, enveloppante, une odeur dans laquelle elle aurait pu se noyer sans jamais refaire surface.

Elle ferma les yeux une seconde, inspirant profondément, comme pour emmagasiner ce qui lui restait de lui. Ce n’était même pas un parfum, c’était une présence : ce mélange de luxe discret et d’autorité froide qui semblait imprégner chaque recoin de l’étage. Même l’air, ici, lui appartenait.

— Tu rêves debout, ma belle ?

La voix d’Emmeline la ramena brutalement à la réalité. Romy rouvrit les yeux, les joues légèrement rosies, comme surprise en flagrant délit.

— Non, non… Je… Elle se racla la gorge, cherchant une excuse plausible. Je vérifiais juste si j’avais tout.

Emmeline la dévisagea, un sourcil levé, amusée.

— Mmm. À d’autres. Tu snifais son parfum comme une junkie en manque. Pathétique.

Elle éclata de rire, mais sans méchanceté.

— Bon, allez, viens.

Romy sourit malgré elle, suivant Emmeline vers les ascenseurs. Elle avait raison, bien sûr. Mais ce n’était pas le parfum qui la faisait rêver. C’était l’homme qui le portait. Et ça, c’était bien plus dangereux.

Emmeline appuya sur le bouton de l’ascenseur avec un sourire narquois.

— Et demain, on va voir le carnaval de vaches passer !

Romy, qui venait tout juste de reprendre ce matin-là, la dévisagea, complètement perdue.

— Le carnaval de… vaches ?

— OUI, soupira Emmeline en roulant des yeux. Monsieur Wright a une nouvelle lubie : il veut un enfant. Mais attention, pas de femme à la clé, hein. Non, non. Alors il a décidé d’acheter un ventre.

Romy sentit son estomac se nouer.

— Un ventre ? répéta-t-elle, la voix soudain étranglée.

— Oui, ma chérie, une mère porteuse, confirma Emmeline avec un sourire en coin. Il a pas vraiment le choix, tu vois. Lui-même, il peut pas porter l’enfant, malheureusement.

Romy écarquilla les yeux, choquée.

— Mais… il veut faire ça comment ? À l’ancienne ?

Emmeline éclata de rire, un rire franc et un peu cru.

— Oh que non ! À l’éprouvette, ma belle ! Elle baissa la voix, comme si elle partageait un secret croustillant. Monsieur a déjà tout préparé : les petites fioles sont remplies et bien au frais dans sa banque de sperme privée. Tu te rends compte du nombre de nanas qui auraient voulu l’aider à remplir les bocaux, hein ?

Romy sentit ses joues s’embraser.

— Emmeline ! s’exclama-t-elle, gênée.

— Oh, allez, détends-toi !

Emmeline jeta un coup d’œil autour d’elles avant de chuchoter, complice :

— Y a plus que les femmes de ménage à cette heure-ci. On peut dire ce qu’on veut, personne ne nous entendra.

Romy ne put s’empêcher de rire malgré son embarras, tout en secouant la tête.

Caleb Wright, père ?

L’idée lui semblait si irréelle, presque surréaliste.

Pourtant, quelque part, elle pouvait l’imaginer : un homme comme lui ne laisserait rien au hasard, pas même la naissance de son enfant.

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