LOGINIl me prend dans ses bras sans un mot, sans une hésitation, comme s'il avait attendu ce moment toute sa vie. Ses mains se placent sous mes fesses, ses avant-bras se contractent, ses muscles jouent sous la peau de ses bras, et il me soulève comme la première fois sur le canapé, comme si je ne pesais rien, comme si la gravité n'avait aucune prise sur lui. Mais cette fois, il ne me dépose pas sur un canapé de cuir. Il me porte jusqu'au lit, mon lit défoncé, mon lit de pauvre, et il me dépose sur les draps froissés avec une délicatesse qui contraste avec l'urgence de la situation. Mon dos touche le matelas défoncé, ce matelas qui a un creux au milieu et qui grince au moindre mouvement. Le tissu est râpé, le sommier gémit, l'oreiller est toujours par terre, et je m'en fous. Je m'en fous complètement. Parce qu'il est au-dessus de moi, ses yeux dans les miens, son souffle sur mes lèvres, ses mains de chaque côté de mon visage, et le monde peut bien s'écrouler, le plafond peut bien s
Ellie Je n'ai même pas eu le temps de ranger. Je n'ai même pas eu le temps de faire la vaisselle ou de retaper le lit ou de cacher les preuves de ma vie de pauvre. J'ai à peine eu le temps de passer un coup de brosse dans mes cheveux emmêlés et de remettre un jean propre, ou presque propre, celui que j'ai porté deux jours la semaine dernière mais qui ne sent pas encore l'huile de moteur. La sonnette retentit, un grésillement électrique strident qui me fait sursauter comme une poule effrayée et qui résonne dans le studio comme un coup de tonnerre. Ce bruit, je l'entends tous les jours, c'est le bruit du facteur, des voisins, des livreurs de pizza, mais cette fois il est différent. Il est chargé d'électricité. Il est annonciateur. Il est le signal que tout va changer. Mon cœur explose dans ma poitrine, un feu d'artifice de panique et de désir et d'impatience et de terreur mêlés, et je me précipite vers la p
Mes doigts tapent les mots, un par un, chaque lettre une déclaration de guerre, chaque mot une capitulation, chaque phrase un abandon de toute dignité. — Tu sais, la perfection, j'en ai rien à faire. Je te veux. Maintenant. J'appuie sur "envoyer" avant de pouvoir changer d'avis, avant que la raison ou la timidité ou la peur du rejet ne me rattrapent. Le message part avec un petit "woosh" électronique, et mon cœur s'arrête. Littéralement. Une seconde de silence cardiaque, un vide dans ma poitrine, un blanc dans le bruit de fond de mon existence. Et puis il repart, plus vite, plus fort, un galop de cheval sauvage, un tambour de guerre, une alarme incendie qui résonne dans tout mon corps. Je fixe l'écran, les yeux rivés sur la conversation, sur les petites bulles bleues qui contiennent nos échanges. Les secondes passent, et chaque seconde dure une éternité. Une minute. Je vérifie que le message est bien parti, q
Je me défais complètement de mon chemisier, le laissant tomber sur le carrelage froid où il atterrit en une flaque de tissu blanc, comme une âme abandonnée. Mon soutien-gorge est toujours là, en dentelle bon marché, ce soutien-gorge que j'ai acheté en soldes il y a deux ans et qui a perdu sa forme à force de passer dans la machine à laver du garage. Mes mamelons pointent contre le tissu, durs et sensibles, douloureux presque, encore tendus par le souvenir de ses doigts qui les ont presque touchés. Presque. Tout était presque. Presque le baiser dans le garage, interrompu par Luis et son sandwich au thon. Presque la main sur mes seins, arrêtée par sa décision de ne pas aller plus loin. Presque l'amour sur le canapé, différé à une date ultérieure comme un rendez-vous chez le médecin. Une succession de presque qui m'a laissée dans un état de frustration si intense que j'en ai les larmes aux yeux. Mon corps brûle encore de ses mains. C'est une sensation p
Ellie Je rentre chez moi, et la ville défile derrière la vitre teintée de la berline blindée comme un film muet, comme un tableau mouvant auquel je ne participe pas. Les immeubles délabrés de mon quartier, les lampadaires qui jettent leur lumière orange sur les trottoirs jonchés de détritus, les silhouettes des passants attardés qui rentrent chez eux ou qui sortent, je ne sais pas, je ne veux pas savoir. Je ne vois rien. Ni les immeubles, ni les lumières, ni les passants. Mon regard est fixe, perdu dans le vide, tourné vers l'intérieur, vers les images qui tournent en boucle dans ma tête comme un film dont on aurait cassé le projecteur. Je ne vois que lui. Son visage penché au-dessus du mien, éclairé par les flammes de la cheminée. Ses yeux sombres dilatés par le désir. Ses lèvres gonflées par nos baisers. Ses mains sur ma peau. Son souffle sur mes lèvres. Sa voix qui dit "pas ce soir" avec cette douceur exaspérante, ce
Le feu jette des ombres mouvantes sur ses traits, sculptant ses pommettes hautes, sa mâchoire carrée, la petite cicatrice près de sa tempe droite que j'avais remarquée au garage et qui me fascine depuis. Les flammes dansent dans ses yeux, leur reflet orange et or qui contraste avec le noir profond de ses pupilles, et il est beau à se damner, beau à en pleurer, beau à en oublier son propre nom, à en oublier le mien, à en oublier le monde entier. — Pas ce soir. Sa voix est rauque, étranglée, comme si chaque mot lui coûtait un effort surhumain, comme si prononcer ces trois syllabes était l'acte le plus difficile qu'il ait jamais accompli. Elle vibre d'une tension contenue, d'une frustration qu'il essaie de masquer, d'un désir qu'il réprime de toutes ses forces. Il me regarde avec une intensité qui me transperce, qui me cloue sur place, qui me fait comprendre que cette décision, il ne la prend pas contre moi, mais pour moi. Je vois d







