LOGINJames Deux jours. Deux jours sans sa voix, sans son regard, sans sa peau contre la mienne. Deux jours à tourner en rond dans mon penthouse comme un lion en cage, à envoyer des textos qu'elle ne lit pas, à laisser des messages vocaux qu'elle n'écoute pas, à me faire violence pour ne pas débarquer chez elle et défoncer sa porte et la prendre dans mes bras et lui dire tout, absolument tout, pourvu qu'elle me revienne. Mais je ne l'ai pas fait. Parce qu'elle m'a dit de ne pas le faire. Parce que pour une fois dans ma vie, j'ai décidé d'écouter quelqu'un d'autre que moi-même. Parce que si je veux qu'elle me fasse confiance, il faut que je commence par lui montrer que je la respecte. Et respecter quelqu'un, c'est respecter ses limites. Même quand ces limites vous arrachent le cœur. Victor m'a briefé sur le suiveur. Un petit malfrat du clan Moretti, un type sans envergure, un homme de main qu'on a chargé de me faire passer un mes
Ellie Je ne lui parle pas pendant deux jours. Deux jours entiers. Quarante-huit heures qui s'étirent comme des semaines, comme des mois, comme des années-lumière. Deux jours où chaque minute est une bataille contre l'envie de l'appeler, contre le besoin d'entendre sa voix, contre ce vide énorme qu'il a laissé dans ma poitrine en partant. Le premier jour, je suis allée au travail. C'était la seule chose à faire. Le garage, le cambouis, les moteurs, cette odeur d'huile et de graisse qui prend à la gorge et qui fait oublier tout le reste. Marco et Tony ont bien vu que quelque chose n'allait pas. J'avais les yeux rouges, le teint pâle, la mâchoire crispée. Mais ils n'ont rien dit. Ils m'ont juste filé les clés d'une berline à réviser, et je me suis glissée sous le capot sans un mot, reconnaissante de leur silence, reconnaissante de leur pudeur. Le téléphone a sonné. Plusieurs fois. Son nom s'affichait sur l'écran, "James", avec la petite phot
EllieLe lendemain, la colère est revenue. Pas tout de suite. Pas au réveil, quand j'ai ouvert les yeux et que j'ai senti son bras autour de ma taille, sa chaleur contre mon dos, sa respiration régulière dans mon cou. Pas quand il s'est levé pour préparer le café, torse nu dans ma petite cuisine, en train de fouiller dans mes placards comme s'il était chez lui. Pas même quand il m'a souri en me tendant une tasse, ce sourire en coin, ce sourire de prédateur qui me fait fondre d'habitude.Non, la colère est revenue quand il a commencé à parler.— J'ai renforcé la sécurité autour de l'immeuble. Deux hommes en bas, un dans le hall, un autre dans la ruelle. Ils se relaieront toutes les huit heures. Victor supervise tout. Tu ne risques rien.Sa voix était calme, posée, professionnelle. La voix du chef de clan qui donne des ordres. La voix de l'homme qui gère une crise. Et cette voix, au lieu de me rassurer, m'a hérissé le poil.— Et t
JamesL'appartement d'Ellie est silencieux maintenant. Les gars de la sécurité sont en bas, dans une voiture banalisée, à surveiller les allées et venues autour de l'immeuble. J'ai posté deux hommes à chaque entrée, un dans la ruelle derrière, un autre dans le hall. Un déploiement disproportionné pour une simple filature, mais je ne prends aucun risque. Pas avec elle. Plus jamais avec elle.Elle est assise sur le canapé, les jambes repliées sous elle, une tasse de thé fumante entre les mains. Elle a enfilé un pull trop grand, un vieux truc en laine qui a dû appartenir à quelqu'un d'autre avant elle, et ses cheveux sont toujours en bataille de sa course de ce matin. Elle est belle. Même comme ça, surtout comme ça, sans maquillage, sans robe de soirée, sans artifice. Belle d'une beauté vraie qui me serre la gorge à chaque fois que je la regarde.Mais ses yeux ne sont pas beaux. Ses yeux sont durs. Perçants. Inquisiteurs. Elle me regarde comme elle
Je hoche la tête. Je ne sais pas si je dois être déçue ou soulagée. Un peu des deux, probablement. Mais je lui fais confiance. Je lui fais confiance comme je n'ai jamais fait confiance à personne. — D'accord. Bientôt. Il m'attire contre lui, m'enlace si fort que j'ai du mal à respirer, et je sens son cœur battre contre ma joue, vite, fort, désordonné. Il a peur. Il a vraiment peur. Et ça me terrifie autant que ça me rassure. Parce que si James Sinclair a peur, c'est que le danger est réel. Le suiveur n'était pas un hasard. Le piège de Charlotte n'était qu'un début. Et la guerre, la vraie guerre, ne fait que commencer. James Je la tiens dans mes bras, et je ne veux plus la lâcher. Je ne peux plus la lâcher. Pas après ce qu'elle vient de me raconter. Pas après l'image qui s'est imprimée dans mon crâne, cette image d'elle, seule dans une ruelle, en train de confronter un inconnu qui la suivait, e
Ellie Les quinze minutes annoncées par James s'étirent en une éternité. Le temps a cette consistance étrange, élastique, qu'il prend toujours dans les moments de crise. Chaque seconde dure une minute, chaque minute dure une heure. Je suis assise à ma table de cuisine, les deux mains serrées autour de ma tasse de café froid, les yeux fixés sur la porte d'entrée, et j'attends. L'appartement est silencieux. Trop silencieux. Le frigo ronronne, le radiateur claque, un pigeon roucoule sur le rebord de la fenêtre. Des bruits familiers, rassurants d'habitude, mais qui aujourd'hui me semblent menaçants, comme des bruits de pas, comme des grincements de porte, comme des signaux d'alarme que mon cerveau amplifie et déforme. Je repense à l'homme au manteau sombre. À ses lunettes noires. À sa façon de sursauter quand je l'ai confronté. À sa fuite. Il n'était pas préparé à ce que je le remarque, encore moins à ce que je l'attaque. Ce n'







