LOGINValdren ne bouge pas. Son visage reste impassible, un masque de marbre, un masque de roi, un masque qui ne laisse rien paraître de ce qu'il pense, de ce qu'il ressent, de ce qu'il désire, mais quelque chose change dans ses yeux, quelque chose s'allume dans ses prunelles d'acier, une lueur, une faim, une étincelle de quelque chose que je ne comprends pas encore mais que je comprendrai plus tard, beaucoup plus tard, quand il sera trop tard pour fuir, quand il sera trop tard pour se défendre, quand il sera trop tard pour tout.— Relevez-la, ordonne-t-il.Sa voix est calme, basse, contrôlée, la voix d'un homme qui n'a pas besoin de crier pour être obéi, la voix d'un homme qui sait que le monde entier se pliera à sa volonté, et cette voix roule dans ma poitrine comme un grondement de tonnerre lointain, comme une promesse de tempête, comme un avertissement que je refuse d'entendre.Des mains me tirent debout, des mains brutales qui ne connaissent pas la douceur, qui ne connaissent que la vi
Je ne vois pas son visage, la distance et les flammes me le cachent, mais je sens son regard, ce regard qui me transperce comme une lame, qui me fouille jusqu'à l'âme, qui me dépouille de tout ce que j'ai essayé de cacher, et je frissonne malgré moi, malgré la chaleur de l'incendie, malgré la rage qui me consume, parce que ce regard n'est pas un regard ordinaire, c'est le regard d'un homme qui a l'habitude de posséder, de conquérir, de prendre, et je sais, avec une certitude absolue, que cet homme ne me lâchera plus jamais.— Aldric, je murmure, les lèvres dans la boue, les lèvres dans le sang, les lèvres dans la mort.Mon frère. Où est mon frère ?Des mains brutales me saisissent par les cheveux, des mains qui tirent, qui arrachent, qui font crisser mon cuir chevelu, et je me sens soulevée du sol comme un pantin désarticulé, comme une poupée de chiffon qu'on jette dans un coin, et je hurle, non de douleur mais de rage, de cette rage qui ne me quittera jamais, qui est devenue mon souf
Le Sceau de la ConquêtePour briser l'orgueil des maisons rebelles, le roi Valdren arrache leurs filles à leurs terres et les jette en servitude à sa cour. Mais parmi elles, Lysandra de Hauterive, l'héritière la plus fière du royaume déchu, refuse de plier. Elle devient alors sa proie de prédilection , le symbole vivant de sa victoire, et le sujet de sa leçon la plus impitoyable : celle de l'obéissance absolue.LysandraLe fer chante contre le fer et je souris, parce que dans le vacarme de la nuit, dans le crépitement des flammes qui dévorent les toits de chaume de mon village, dans les cris de mes voisins qui s'égorgent les uns les autres dans la boue, il n'y a que ce son-là qui compte, ce chant métallique de l'acier qui mord l'acier, cette musique de mort que je connais depuis que je suis enfant et qui me fait me sentir vivante comme rien d'autre ne saurait le faire.La lame de mon sabre mord la gorge du premier soldat avant qu'il n'ait le temps de crier, et je sens sous mes doigts
LinaJe passe mon diplôme.La dernière épreuve. La soutenance. Devant le jury, debout au bas de l'amphithéâtre B, notre amphi, mon mémoire à la main, et je parle d'anatomie avec l'assurance de quelqu'un qui a eu le meilleur professeur du monde, de toutes les façons possibles. Les mots sortent facilement, clairement, précisément. Je connais mon sujet. Je le connais par cœur. Littéralement. Chaque muscle, chaque nerf, chaque os, chaque articulation, je les ai appris avec lui. Sur lui. En lui. Et aujourd'hui, je les présente au monde.Il est là, dans le jury. Monsieur Hartman. Assis derrière la grande table, entre le président du jury et une professeure de physiologie. Il ne me regarde pas comme il me regarde d'habitude. Pas de flamme dans ses yeux. Pas de faim. Juste un regard professionnel, neutre, attentif. Mais je le connais trop bien. Je vois la façon dont ses doigts se serrent sur son stylo. Je vois la façon dont sa mâchoire se contracte quand
LinaPetite cérémonie. On l'a voulu comme ça.Une mairie, un jardin, trente personnes. Pas de cortège interminable, pas de discours interminables, pas d'oncles qu'on n'a pas vus depuis dix ans. Juste les gens qui comptent. Juste les visages qu'on aime. Juste les mains qu'on serre et les joues qu'on embrasse et les yeux dans lesquels on se reconnaît.Chloé pleure. Elle pleure depuis la cérémonie à la mairie, elle pleure pendant les photos, elle pleure pendant le repas. Ma demoiselle d'honneur, un paquet de mouchoirs, un mascara en ruine. Elle est magnifique dans sa robe bleue, les cheveux relevés, les yeux brillants. Elle pleure et elle rit et elle me serre dans ses bras toutes les cinq minutes.— Arrête de pleurer, tu vas me faire pleurer, lui dis-je.— Je pleure parce que je suis heureuse, idiote.— Alors pleure.Alors elle pleure. Et moi aussi. Et on rit de pleurer et on pleure de rire et c'est parfait.
Je le regarde. Cet homme qui s'est agenouillé sur le sol froid d'un amphithéâtre pour me demander ma main. Cet homme qui a choisi le lieu de notre première rencontre, de notre premier regard, de notre premier désir, pour me demander de rester. Pour toujours.Je l'embrasse. Encore. Et encore. Et je le sens sourire contre mes lèvres.— Je t'aime, monsieur Hartman.— Je t'aime, mademoiselle Arnaud. Bientôt madame Hartman.— Bientôt.On reste là, au troisième rang, à regarder l'amphi vide. Le tableau noir. Le bureau. Les gradins silencieux. Le lieu de tous les commencements. Le lieu de tous les possibles.Puis il me prend la main, et on sort.LinaOn célèbre comme on sait le faire.De retour à l'appartement, l'anneau brille à ma main gauche, et je n'arrive pas à arrêter de le regarder. Je le tourne, le retourne, le fais glisser sur mon doigt, le remets en place. Il est là. Il est vraimen







