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Loin de la chambre de pierre noire. Loin de la lumière bleutée et des veines qui palpitent dans les murs. Loin de la Cité Haute et de ses Gardiens, de ses Scribes, de ses Silencieux. Dans un lieu qui n'existe pas vraiment ou plutôt, qui existe entre les mondes, dans un interstice que les cartes ne montrent pas et que les yeux ne peuvent pas voir.
Un non-lieu.
Le temps ne s'écoule pas de la même manière
Mes mains sont posées sur les dalles.Mes cheveux, autrefois clairs, sont blanchis par endroits, mêlés à des mèches d’un blond fatigué.Je respire.Chaque respiration me fait mal. Non par blessure. Par nudité.La marque n’est plus là.Je le sens comme on sentirait la disparition d’un manteau lourd que l’on aurait porté toute sa vie. Je suis nue. Je suis froide. Je suis moi.Je suis moi.Cette pensée me traverse comme une lame plus douce et plus terrible que celle qui vient de me couper.Je suis moi.Sans excuse. Sans corruption active. Sans nappe.Je suis moi, et je me souviens.Alors la deuxième vague vient.Ce n’est pas la magie. Ce n’est pas le rituel. Ce n’est pas la marque. C’est autre chose. C’est ce que la marque tenait à distance depuis des si&
Puis il me regarde.Il hoche la tête.Un seul mouvement.Un seul.Mais je comprends immédiatement.Il a vu, comme moi.Il a vu la lumière particulière s’éteindre dans les yeux de la reine. Il a vu la coupure exacte. Il n’a pas eu à me le dire à voix haute. Il n’a pas eu à annoncer publiquement que le prix avait été plus lourd que ce que la reine attendait. Parce que ce n’est pas plus lourd.C’est exactement ce qu’elle avait accepté.Elle avait vu, dans sa méditation, cette perte-là aussi. Elle savait. Elle n’en avait parlé qu’à moi. Elle n’avait pas voulu qu’Eryon en soit informé à l’avance, pour qu’il ne calcule pas au détriment du rituel.Elle l’avait choisi.Je hoche la tête en retour vers Er
La chose dont je ne parle pas fort.Ma lumière particulière. Celle qui, depuis mon retour, fait que la pierre me reconnaît. Celle qui, hier encore, faisait s’agenouiller les foules sans qu’un mot soit prononcé. Elle diminue.Pas d’un coup. Peu à peu. À chaque coupe.Je ne pleure toujours pas.Je continue.La nappe corrompue lâche prise sur le socle.Le socle apparaît.Il est nu. Grelottant. Petit. Il ressemble à une jeune femme frêle, aux cheveux clairs, aux yeux immenses. Ce n’est pas la Maëva politique. Ce n’est pas la Maëva monstrueuse. C’est la Maëva d’avant.Celle que j’ai accueillie autrefois. Celle sur qui j’ai posé la main pour la rassurer.Je sens quelque chose se serrer au fond de moi.Je ne cède pas.Je passe la lame une dernière
Le cristal frémit plus fort.Une fissure très fine apparaît à sa surface. Pas une brisure. Pas encore. Une fissure calibrée. Exactement à l’endroit où le bâton passe en travers.C’est le moment.Elle tourne à peine la tête vers moi.— Eryon— Prêt, ma reineJe lève les mains. Je stabilise les cercles secondaires. Les mages, à mes côtés, alignent leurs propres flux sur les miens.Elle prononce alors le nom une troisième fois.Cette fois, elle ne parle plus.Elle chante presque.Une seule note. Sombre. Longue. Qui vient de ses tripes plus que de sa gorge. Ce n’est pas beau. Ce n’est pas mélodieux. C’est puissant. C’est terrible. C’est vrai.La réalité elle-même tremble, comme les Ombres l’avaient annonc&e
EryonJe passe la journée à préparer la salle.Dès l’aube, les mages secondaires évacuent tout ce qui ne servira pas. Nous laissons le cristal au centre du dallage runique. Nous laissons le socle du bâton, un peu à l’écart. Nous laissons quelques colonnes basses où poser des lampes rituelles. Nous laissons les cercles gravés dans le sol par les architectes anciens, ceux qui datent d’avant la chute et qui étaient prévus pour contenir des flux immenses.Puis j’écris.Je passe des heures accroupi sur les dalles, à tracer à la craie noire, autour du cristal, les syllabes du vrai nom de Maëva. Chaque signe doit être posé exactement. Chaque angle doit être précis. Chaque courbure doit chanter avec sa voisine. Une erreur suffirait à retourner le rituel contre nous.Mes genou
Je ne réponds pas.Il continue, sans hausser le ton.— Elyndor ne survivra pas à des années de plus de cette dérive. Le peuple sent qu’il se passe quelque chose. Il n’y a pas de repos possible tant qu’elle est là. Nous avons trois choix. La détruire, et perdre la cité. La garder telle quelle, et perdre les âmes. Ou la guérir, et perdre une part de la reine.Ma voix descend.— Je ne peux pas perdre encore une part d’elleIl ne répond pas tout de suite.Puis :— Tu ne la perdras pas.Je le regarde.Il ajoute, très doucement :— C’est une part de sa magie. Pas d’elle. Elle sera plus douce, plus intime, moins terrifiante. Mais elle restera elle. Elle sera même, si tu veux mon avis, plus elle-même qu’elle ne l’a jamais été.Je
Elyndor.La Cité Haute s'étend à perte de vue, majestueuse, impossible, irréelle. Des tours de pierre noire s'élèvent vers un ciel sans étoiles, reliées par des ponts de lumière bleutée qui vibrent doucemen
DéesseIl n'entre pas par la porte.Il n'entre par rien.Un battement de cils. Une respiration. Une seconde où je regarde le mur et la seconde suivante où je regarde autre chose et soudain il est là.Debout au milieu de ma chambre.Comme s'il avait toujours été là. Comme si c'était moi qui venais d
Une tristesse si vieille qu'elle a poussé des racines dans mes os. Une tristesse qui n'a pas besoin de cause, parce qu'elle est la cause elle-même. Une tristesse qui a traversé des vies, des morts, des résurrections, et qui est toujours là, fidèle au poste, comme une amie qu'on n'a pas invitée mais
DéesseAprès le départ de la Silencieuse, je reste assise sur le lit sans bouger.Longtemps.Très longtemps.Le temps passe — je ne sais pas combien. Les heures n'ont pas de sens, ici. La lumière bleutée ne change pas d'intensité. La pierre noire ne se réchauffe ni ne refroidit. Le monde, dehors, p







