LOGINLe cristal frémit plus fort.
Une fissure très fine apparaît à sa surface. Pas une brisure. Pas encore. Une fissure calibrée. Exactement à l’endroit où le bâton passe en travers.
C’est le moment.
Elle tourne à peine la tête vers moi.
— Eryon
— Prêt, ma reine
Je lève les mains. Je stabilise les cercles secondaires. Les mages, à me
EryonJe ne me couche pas cette nuit-là.Je retourne à mon cabinet. Je m’assois devant ma table. J’étale les cartes de la cité. Je pose devant moi le carnet où j’ai noté, il y a très longtemps, les points de faiblesse d’Elyndor. Les zones mortes. Les veines de pierre asséchées. Les quartiers scellés. Les nœuds de magie mal cicatrisés.Je prends une plume neuve.Je commence à réécrire.Ce n’est plus un carnet de contention.C’est un carnet de reconstruction.Le lendemain matin, je descends dans la Cité Basse avec Maëva.Elle marche lentement. Elle est encore faible. Elle porte une robe simple de laine grise. Ses cheveux sont attachés en une natte basse. Deux gardes nous suivent à distance, sur ordre de la reine. Ce ne sont pas des geôliers. Ce sont, si n
Il y a autre chose que je ne saurais nommer.Peut-être bien de la pitié.Peut-être bien un amour très ancien, tordu, blessé, transformé, mais pas totalement effacé.Peut-être bien la sagesse d’une femme qui vient de payer très cher pour ne plus juger d’après la seule colère.Je m’effondre à nouveau. Je pose mon front sur ses sandales.Je murmure.— Je jureElle attend.— Je jure, ma reine, sur ce qu’il reste de moiMa voix se casse.— Je jure de consacrer chaque seconde qu’il me reste à réparer ce que j’ai brisé.Un silence.Elle pose sa main un instant sur ma tête.Le même geste, exact, que celui qu’elle avait posé sur moi le premier jour, dans la cour des cloîtres du Nord, quand j’é
Mes mains sont posées sur les dalles.Mes cheveux, autrefois clairs, sont blanchis par endroits, mêlés à des mèches d’un blond fatigué.Je respire.Chaque respiration me fait mal. Non par blessure. Par nudité.La marque n’est plus là.Je le sens comme on sentirait la disparition d’un manteau lourd que l’on aurait porté toute sa vie. Je suis nue. Je suis froide. Je suis moi.Je suis moi.Cette pensée me traverse comme une lame plus douce et plus terrible que celle qui vient de me couper.Je suis moi.Sans excuse. Sans corruption active. Sans nappe.Je suis moi, et je me souviens.Alors la deuxième vague vient.Ce n’est pas la magie. Ce n’est pas le rituel. Ce n’est pas la marque. C’est autre chose. C’est ce que la marque tenait à distance depuis des si&
Puis il me regarde.Il hoche la tête.Un seul mouvement.Un seul.Mais je comprends immédiatement.Il a vu, comme moi.Il a vu la lumière particulière s’éteindre dans les yeux de la reine. Il a vu la coupure exacte. Il n’a pas eu à me le dire à voix haute. Il n’a pas eu à annoncer publiquement que le prix avait été plus lourd que ce que la reine attendait. Parce que ce n’est pas plus lourd.C’est exactement ce qu’elle avait accepté.Elle avait vu, dans sa méditation, cette perte-là aussi. Elle savait. Elle n’en avait parlé qu’à moi. Elle n’avait pas voulu qu’Eryon en soit informé à l’avance, pour qu’il ne calcule pas au détriment du rituel.Elle l’avait choisi.Je hoche la tête en retour vers Er
La chose dont je ne parle pas fort.Ma lumière particulière. Celle qui, depuis mon retour, fait que la pierre me reconnaît. Celle qui, hier encore, faisait s’agenouiller les foules sans qu’un mot soit prononcé. Elle diminue.Pas d’un coup. Peu à peu. À chaque coupe.Je ne pleure toujours pas.Je continue.La nappe corrompue lâche prise sur le socle.Le socle apparaît.Il est nu. Grelottant. Petit. Il ressemble à une jeune femme frêle, aux cheveux clairs, aux yeux immenses. Ce n’est pas la Maëva politique. Ce n’est pas la Maëva monstrueuse. C’est la Maëva d’avant.Celle que j’ai accueillie autrefois. Celle sur qui j’ai posé la main pour la rassurer.Je sens quelque chose se serrer au fond de moi.Je ne cède pas.Je passe la lame une dernière
Le cristal frémit plus fort.Une fissure très fine apparaît à sa surface. Pas une brisure. Pas encore. Une fissure calibrée. Exactement à l’endroit où le bâton passe en travers.C’est le moment.Elle tourne à peine la tête vers moi.— Eryon— Prêt, ma reineJe lève les mains. Je stabilise les cercles secondaires. Les mages, à mes côtés, alignent leurs propres flux sur les miens.Elle prononce alors le nom une troisième fois.Cette fois, elle ne parle plus.Elle chante presque.Une seule note. Sombre. Longue. Qui vient de ses tripes plus que de sa gorge. Ce n’est pas beau. Ce n’est pas mélodieux. C’est puissant. C’est terrible. C’est vrai.La réalité elle-même tremble, comme les Ombres l’avaient annonc&e
Elyndor.La Cité Haute s'étend à perte de vue, majestueuse, impossible, irréelle. Des tours de pierre noire s'élèvent vers un ciel sans étoiles, reliées par des ponts de lumière bleutée qui vibrent doucemen
DéesseIl n'entre pas par la porte.Il n'entre par rien.Un battement de cils. Une respiration. Une seconde où je regarde le mur et la seconde suivante où je regarde autre chose et soudain il est là.Debout au milieu de ma chambre.Comme s'il avait toujours été là. Comme si c'était moi qui venais d
Une tristesse si vieille qu'elle a poussé des racines dans mes os. Une tristesse qui n'a pas besoin de cause, parce qu'elle est la cause elle-même. Une tristesse qui a traversé des vies, des morts, des résurrections, et qui est toujours là, fidèle au poste, comme une amie qu'on n'a pas invitée mais
DéesseJ'ouvre les yeux.Le plafond est noir. Pas noir comme la nuit dehors, non ,noir comme une pierre polie depuis des siècles, veinée de reflets bleutés qui coulent lentement, comme des souvenirs liquides qui auraient oublié leur propre sens. Je fixe ces veines pendant un long moment. Elles boug







