LOGINLe miroir liquide tremble. Je resserre mon emprise sur lui. Je ne veux pas la perdre de vue. Je veux voir chacun de ses gestes, chacune de ses expressions, chacune de ses hésitations. Je veux la guider, pas à pas, vers moi.Parce que c'est pour cela que je lui ai parlé dans ses rêves. Pour cela que je lui ai dit que sa marque contenait la vérité. Pour cela que je l'ai poussée à toucher le sceau, à déclencher la vision, à prononcer le nom. Chaque étape était calculée. Chaque étape était nécessaire. Et maintenant, elle est prête pour l'étape suivante.Je lève une main. Mes doigts fins dessinent des signes dans l'air épais. Les ombres dans la caverne se mettent à bouger, à s'épaissir, à prendre forme. Je tisse un sort d'appel – un sort qui enverra des Éveilleurs dans les coul
Je suis arrivé trop tard. Quand j'ai atteint la salle du trône, Kael et vous étiez déjà par terre, baignant dans votre sang. Vous aviez utilisé la dague runique pour le frapper, deux fois, en pleine poitrine. Et puis vous aviez retourné la magie contre vous-même, ou peut-être était-ce Maëva qui l'avait fait, je ne sais pas. Vous gisiez l'un à côté de l'autre, unis dans la mort comme vous l'aviez été dans la vie.J'aurais dû vous laisser mourir. C'eût été la chose la plus sage, la plus prudente, la plus rationnelle. Mais je ne l'ai pas fait. Parce que je vous aimais. Parce que je ne pouvais pas supporter l'idée d'un monde sans vous.Alors j'ai utilisé mes pouvoirs. J'ai violé les lois les plus sacrées de la magie des mémoires. J'ai arraché votre âme au néant, je l'ai ramen
J'ai refusé, bien sûr. J'étais un mage respecté, un savant reconnu, un homme sérieux. Je n'avais pas de temps à perdre avec une étudiante. Mais vous avez insisté. Vous êtes revenue le lendemain, et le surlendemain, et le jour d'après. Vous m'avez harcelé avec une obstination qui m'a à la fois exaspéré et attendri. Et finalement, j'ai cédé. J'ai accepté de vous prendre comme élève.Je ne savais pas, à l'époque, que cette décision allait changer ma vie. Je ne savais pas que j'allais tomber amoureux de vous, profondément, irrémédiablement, comme on tombe dans un abîme sans fond. Je ne savais pas que vous alliez devenir l'Élue de Maëva, et que j'allais passer le reste de mon existence à essayer de vous sauver de son emprise.Je ne savais rien. Et peut-être que c'était mieux ainsi.Je pose la plume. Ma main tremble trop pour continuer. Les souvenirs remontent, plus forts que je ne le voudrais , des souvenirs que j'ai enfermés dans les recoins les plus sombres de mon esprit et que je n'ai j
Je pense à Eryon. En ce moment même, dans sa tour, il doit être en train de consigner la vérité dans son journal magique. La vérité qu'il n'a jamais dite à personne, qu'il a cachée pendant des siècles sous des couches de froideur et d'intellectualisme. La vérité sur la première fois qu'il a rencontré celle qui allait devenir Déesse. La vérité sur son amour pour elle.Je le connais, Eryon. Je le connais depuis trop longtemps. Il est amoureux d'elle depuis le premier jour, depuis le premier regard, depuis le premier mot. Mais il ne l'a jamais dit. Il ne l'a jamais montré. Il a toujours gardé ses distances, se contentant de l'observer, de l'étudier, de la soigner. Il s'est convaincu que son amour était purement intellectuel, purement scientifique, purement platonique. Mais ce n'était pas vrai. Ce n'a jamais été vrai.Et maintenant que le nom est prononcé, maintenant que le pacte est actif, il va devoir l'admettre. Il va devoir tout lui dire. Parce que s'il ne le fait pas, elle l'apprendr
KaelJe referme la porte derrière moi et je m'adosse au mur du couloir. Mes jambes ne me portent plus. Mes mains tremblent. Mon cœur bat comme s'il voulait sortir de ma poitrine.Elle a prononcé le nom.Après tout ce temps. Après tous ces siècles. Après l'effacement, la renaissance, l'amnésie, les fragments, les visions. Elle a prononcé le nom.Je ne m'y attendais pas. Pas si tôt. Pas comme ça. Je pensais que les souvenirs reviendraient progressivement, par couches successives, lui laissant le temps de s'adapter, de comprendre, d'accepter. Mais non. Elle a touché la marque, elle a vu la vision, et elle a prononcé le nom. Comme si son âme avait attendu ce moment depuis des siècles. Comme si sa véritable identité n'avait jamais disparu, juste été enfouie sous la surface, prête à jaillir à la première occasion.Et maintenant, le pacte est actif.Je le sens dans ma chair, dans mon sang, dans mes os. Le pacte de sang qui nous lie, elle et moi, depuis cette nuit maudite où elle m'a frappé.
Sa voix est calme. Trop calme. Une voix qui contient des siècles de souffrance et qui a appris à ne plus trembler.— La première fois, je veux dire. Dans notre autre vie. Avant la chute. Tu m'as frappé avec cette dague, et tu as scellé un pacte de sang entre nous. Un pacte qui nous lie, toi et moi, par-delà la mort.— Quel genre de pacte ?— Un pacte de protection. Un pacte qui fait de moi ton gardien, ton défenseur, ton bouclier. Quoi que tu fasses, qui que tu sois, je ne peux pas te faire de mal. Et je ne peux pas te laisser mourir.Il referme sa tunique, remet les lacets en place, cache la cicatrice.— Ce pacte est lié à ton vrai nom. Tant que personne ne le prononce, il est inactif. Mais si quelqu'un le prononce – si toi tu le prononces –, il s'active. Et ceux qui connaissent le pacte savent que tu es revenue.— Qui connaît le pacte ?— Les mages de la Cité Haute. Eryon. Moi. Et Maëva.Le nom de Maëva tombe dans la pièce comme une pierre dans l'eau calme.— Maëva est liée à ce pac
Elyndor.La Cité Haute s'étend à perte de vue, majestueuse, impossible, irréelle. Des tours de pierre noire s'élèvent vers un ciel sans étoiles, reliées par des ponts de lumière bleutée qui vibrent doucemen
La silhouette se penche. Je vois ses lèvres déposer un baiser sur le front de l'enfant. Un baiser tendre. Un baiser protecteur. Un baiser qui promet que tout ira bien, que le monde n'est pas si méchant, que quelqu'un veille.Et puis l'image se trouble. Le
KaelLe couloir est sombre. Pas le noir apaisant de la nuit, pas l'obscurité tiède d'une chambre où l'on s'endort en paix. C'est un noir froid, minéral, ancien. Un noir qui a vu passer des siècles de secrets et de silences. La pierre noire des murs palpite faiblement, parcourue de veines bleutées q
Je ne réponds pas. Mon silence est un aveu, et il le sait.— Des cauchemars de feu, poursuit-il. De destruction. De cité en flammes. De Kael à genoux. De tours qui s'effondrent. De corps qui tombent.Mon sang se glace dans mes veines. Il sait







