Beranda / Romance / Aimer Sans Nom / CHAPITRE 12 : Le café de la place

Share

CHAPITRE 12 : Le café de la place

Penulis: L'encre
last update Tanggal publikasi: 2026-07-10 11:18:55

Élise se figea. Elle aurait pu baisser la tête. Faire semblant de lire. Éviter ce moment parce qu’elle ne savait pas quoi dire, parce que rien n’était préparé, parce qu’elle n’avait pas répété. Mais elle ne baissa pas la tête. Elle le regarda, simplement, et attendit.

Il tourna les yeux vers elle. Il s’arrêta.

Un temps.

Puis il sourit. Ce même sourire discret, à peine esquissé, qui éclairait tout son visage sans qu’il ait l’air de s’en rendre compte.

— Élise.

Il avait prononcé son prénom comme s’il le connaissait depuis toujours, comme s’il l’avait répété dans sa tête lui aussi, deux jours durant, pour être sûr de ne pas l’oublier.

— Gabriel, répondit-elle.

Elle aussi. Elle avait répété ce prénom cent fois, deux cents fois, en voiture, sous la douche, dans son lit avant de s’endormir. Et voilà qu’il était là, debout devant elle, et que le monde se rétrécissait à la taille de ce café, de cette table, de ce sourire.

— Je peux ? demanda-t-il en montrant la chaise vide.

— Bien sûr.

Il s’assit en face d’elle. Le serveur, un vieil homme à moustache grise qui connaissait Élise depuis le lycée, s’approcha avec une lenteur calculée. Gabriel commanda un café noir, sans sucre. Élise reprit un chocolat chaud. Quand le serveur s’éloigna, il y eut un silence. Pas un silence gêné. Un silence neuf, plein de possibles, comme une page blanche qu’on va commencer à remplir.

— Vous venez souvent ici ? demanda Gabriel.

— Depuis des années. Et vous ?

— Jamais. Je passais par hasard.

— Par hasard.

— Par hasard, répéta-t-il, et dans sa voix il y avait quelque chose qui ressemblait à un aveu déguisé, comme s’il ne croyait pas vraiment au hasard, comme s’il était entré dans ce café parce qu’il espérait l’y trouver, sans se l’avouer.

Elle ne releva pas. Elle prit son chocolat, but une gorgée, le regarda par-dessus le rebord de la tasse. Il avait de beaux yeux. Des yeux sombres, profonds, qui semblaient toujours sur le point de dire quelque chose qu’ils retenaient au dernier moment. Des yeux d’homme qui avait appris à se taire.

— Vous êtes mécanicien, dit-elle. Enfin, je suppose. Vu l’autre soir.

— Oui. Dans un petit garage, à une dizaine de kilomètres. Rien de luxueux.

— Vous aimez ?

— Oui.

Il répondit sans hésiter, et c’était cela qui frappa Élise. Pas de fausse modestie, pas d’ambition rentrée, pas de « c’est temporaire, je vais monter mon affaire ». Juste un oui franc, massif, qui n’appelait pas de justification. Il aimait ce qu’il faisait. C’était rare. Elle avait l’habitude des gens qui parlaient de leur métier avec une moue résignée, en attendant mieux. Lui, non. Il aimait réparer des moteurs. C’était simple, et c’était beau.

— Et vous ? demanda-t-il. Qu’est-ce que vous faites ?

— Étudiante. Histoire de l’art.

— Ça vous plaît ?

— Oui.

Elle répondit avec le même ton que lui, et elle vit qu’il l’avait remarqué. Un sourire passa entre eux, une complicité naissante qui n’avait pas besoin de mots. Le serveur apporta le café de Gabriel. Il but une gorgée, reposa la tasse, regarda par la fenêtre. La place du marché était presque vide. Un homme promenait son chien. Un pigeon se disputait une miette avec un moineau. Le vent soulevait des feuilles mortes en petites spirales.

— Vous êtes du coin ? demanda Élise.

— Toute ma vie. Mon père aussi. Et son père avant lui.

— Une famille enracinée, alors.

— On peut dire ça.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 337 – Le garage de Gabriel

    Gabriel sourit, s’essuya les mains sur un chiffon.— Tu veux un café ?— Avec plaisir.Ils s’assirent dans le petit bureau vitré, leurs gobelets fumants à la main, et ils regardèrent les mécaniciens qui s’activaient dans l’atelier. Dehors, le soleil de mai brillait, et les premières chaleurs faisaient chanter les cigales.— Tu sais, dit soudain Armand, je repense souvent à cette époque. Il y a trente ans. Quand tout a basculé.— Tu veux en parler ?— Oui. J’en ai besoin. C’est ma façon d’expier.Il but une gorgée de café, reposa le gobelet.— Si j’avais su, à ce moment-là, ce que je sais aujourd’hui. Si j’avais écouté Étienne au lieu d’écouter Vincent. Si j’avais posé les bonnes questions, cherché les bonnes preuves. Rien de tout cela ne serait arrivé.— On ne sait jamais, Armand. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.— Tu es indulgent.— Non. Je suis réaliste. Tu as fait des erreurs, c’est vrai. Mais tu les as reconnues. Tu les as réparées, autant que possible. Combien de gens peuve

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 336 – Le garage de Gabriel

    Gabriel réfléchit un instant, les yeux levés vers le ciel.— Le plus dur, c’était de ne pas savoir. Ne pas savoir si on allait s’en sortir. Si la vérité éclaterait un jour. Si nos pères se parleraient. Si on pourrait se marier.— Moi aussi. L’incertitude. L’attente. Les nuits sans sommeil.— Et le plus beau ?— Ça, répondit Élise en s’arrêtant, en se tournant vers lui, en posant ses mains sur ses épaules. Être là, avec toi. Libre. Mariée. Heureuse.— Alors tout le reste en valait la peine.— Oui. Tout le reste en valait la peine.Ils s’embrassèrent sous les tilleuls, comme ils l’avaient fait des centaines de fois auparavant. Mais ce baiser-là n’était pas un baiser volé, furtif, clandestin. C’était un baiser plein, libre, éternel. Le baiser de ceux qui ont vaincu la haine, qui ont triomphé du passé, qui ont construit l’avenir de leurs propres mains.La nuit était douce, les étoiles brillaient, et la vieille demeure veillait sur eux, paisible, bienveillante. Demain, ils commenceraient u

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 335 – Le retour

    La moto de Gabriel franchit les grilles du manoir en fin d’après-midi, dans un grondement familier qui fit se retourner les jardiniers et aboyer le vieux labrador de Catherine. Le soleil descendait doucement sur les tilleuls centenaires, allongeant les ombres sur la pelouse, et l’air sentait l’herbe fraîchement coupée et les roses d’automne. Rien n’avait changé, et pourtant tout était différent.Élise descendit de la moto, retira son casque, secoua ses cheveux. Elle portait encore son blouson de cuir, celui qu’elle avait emprunté à Gabriel pour le voyage, et ses joues étaient rouges de vent et de soleil. Elle regarda la façade du manoir, les fenêtres de la tour ouest, et sourit.— C’est étrange, dit-elle.— Quoi donc ?— Revenir ici. Dans cette maison où j’ai été prisonnière. Où j’ai pleuré, crié, espéré. Et aujourd’hui, j’y reviens libre. Mariée. Heureuse.— C’est pour ça que c’est important, répondit Gabriel en posant le casque sur la selle. Pour transformer les prisons en refuges.

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 334 – La lune de miel

    Un soir, ils s’arrêtèrent dans une petite ville côtière, et Gabriel sortit son violon sur la plage déserte. Il joua pour elle, comme il l’avait fait tant de fois dans la cabane, comme il l’avait fait le soir du mariage. Les notes s’élevaient dans la nuit, se mêlaient au bruit des vagues, et Élise écoutait, les yeux fermés, le cœur gonflé d’un bonheur qu’elle n’aurait jamais cru possible.— Tu sais ce qui me rend la plus heureuse ? demanda-t-elle quand il eut fini.— Quoi ?— Que tout soit fini. La peur, les menaces, la prison dorée. Qu’on n’ait plus à se cacher. Qu’on soit libres. Vraiment libres.— On a toujours été libres, dit Gabriel. Même enfermés. Même menacés. Personne ne pouvait nous enlever ça.— Quoi donc ?— Notre amour. Notre capacité à nous battre. Notre certitude que rien ne pourrait jamais nous séparer.— Tu as raison. Mais c’est quand même mieux d’être libres pour de vrai.— Oui. C’est mieux.Le dernier jour de leur lune de miel, ils retournèrent à la cabane. Ils y étai

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 333 – La lune de miel

    Puis Gabriel se leva à son tour. Il avait reposé sa veste, mais il tenait à la main un objet que personne n’avait encore remarqué : son violon.— Moi aussi, j’ai quelque chose à dire, annonça-t-il. Mais je vais le dire en musique.Il s’avança au centre de la piste, sous les lampions, et posa le violon sur son épaule. L’orchestre se tut, et le silence se fit. Il ferma les yeux, prit une inspiration, et commença à jouer.C’était le même air que dans la cabane, le premier soir où il avait joué pour Élise. Une mélodie simple, sans nom, qu’il avait inventée des années plus tôt et qui n’avait jamais été écrite nulle part. Une mélodie qui parlait de solitude, d’enfance, de dimanches après-midi dans une maison silencieuse. Qui parlait d’un père qui ne parlait pas, d’une mère qui souriait tristement, d’un grand-père mort dans une usine. Qui parlait d’Élise, de ce qu’elle avait changé, de ce qu’elle avait réparé.Les notes s’élevaient, pures, fragiles, et dansaient sous les étoiles. Personne ne

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 332 – La fête

    La fête avait lieu dans les jardins du manoir, sous les tilleuls centenaires que septembre commençait à peine à dorer. Les mêmes lampions multicolores que pour la fête de l’amitié zigzaguaient entre les branches, mais cette fois, ils étaient des centaines, formant une voûte de lumière sous le ciel étoilé. Les tables étaient dressées sur la pelouse, couvertes de nappes blanches, de vaisselle en porcelaine et de bouquets de roses trémières mêlées de pivoines, les préférées d’Élise. Un petit orchestre jouait des valses, des tangos, des airs de jazz qui faisaient danser les couples sur la piste improvisée.Au centre de la table d’honneur, Élise et Gabriel rayonnaient. Elle avait retiré son voile, mais gardé sa robe et la broche d’Hélène sur le cœur. Lui avait desserré sa cravate, abandonné sa veste sur le dossier de sa chaise, et riait aux éclats d’une histoire que racontait le vieux Lucien Morel, qui avait tenu à être là malgré ses quatre-vingt-sept ans.Les plats défilaient, les verres

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status