LOGINRebecca sursauta sur sa chaise, secoua la tête, murmura « non, non, ce n’est pas nécessaire ». Mais Armand insista.— C’est elle qui a mené l’enquête, reprit-il. Elle qui a retrouvé les preuves, les témoins, les documents. Elle qui a été menacée, agressée, blessée, et qui n’a jamais reculé. Sans elle, la vérité serait restée enfouie à jamais. Mademoiselle Delcourt, je vous dois tout. Nous vous devons tout.Rebecca se leva, les joues rouges, les yeux brillants, et fit un petit signe de la main, comme pour dire « ce n’est rien, ce n’est pas moi, c’est nous tous ». Mais les applaudissements redoublèrent, et elle dut se rasseoir, vaincue par l’émotion.Le reste de la conférence de presse se déroula dans une atmosphère de recueillement presque solennel. Les journalistes posèrent leurs questions, Armand et Étienne y répondirent, calmement, honnêtement, sans rien cacher. Ils racontèrent tout. L’amitié, l’ambition, l’arrivée de Vincent, la manipulation, le procès, la ruine. Et la réconciliati
La salle de conférence de l’hôtel de ville était comble. Les journalistes étaient venus de toute la région, et même au-delà – Nice, Marseille, Lyon, Paris. L’affaire Fortier-Moreau, qui avait fait les gros titres trente ans plus tôt, resurgissait soudain des limbes judiciaires, et tout le monde voulait savoir ce qui s’était passé. Comment un innocent avait-il pu être condamné ? Comment le vrai coupable avait-il échappé à la justice pendant trois décennies ? Et pourquoi, aujourd’hui, les deux ennemis d’hier se tenaient-ils côte à côte devant les caméras ?Armand Fortier s’avança vers le micro, vêtu d’un costume sombre qui lui donnait l’air grave et solennel. Il avait les traits tirés par des nuits sans sommeil, mais il se tenait droit, les épaules dégagées, le regard clair. À sa droite se tenait Étienne Moreau, silencieux, les mains croisées devant lui. À sa gauche, Catherine, Hélène, Élise, Gabriel, et Rebecca, assis au premier rang, le visage tendu par l’émotion.— Mesdames, messieur
Ils entrèrent, s’entassèrent dans le petit salon, s’assirent sur le canapé, sur les chaises, sur le rebord de la fenêtre. Et Armand prit la parole.— Mademoiselle Delcourt, dit-il d’une voix solennelle. Rebecca.— Monsieur Fortier.— Non. Armand. Appelez-moi Armand.— Armand, répéta-t-elle avec un sourire.— Je vous dois des excuses. Je vous ai menacée, intimidée, j’ai essayé de vous bannir de cette maison. Et vous, malgré tout, vous avez continué. Vous avez cherché, fouillé, déniché des preuves que personne n’avait trouvées en trente ans. Vous avez retrouvé des témoins, rassemblé des documents, monté un dossier en béton. Sans vous, je serais encore enfermé dans mon bureau, à ruminer ma haine.— Sans vous, renchérit Étienne, je serais encore debout devant mon mur, à regarder le ciel en me demandant ce que j’avais fait de mal.— Sans vous, dit Catherine, je n’aurais jamais osé parler à mon mari, lui dire la vérité.— Sans vous, ajouta Hélène, je n’aurais jamais rencontré Catherine, je
Élise ferma les yeux, laissa les larmes couler librement sur ses joues. Mais elle souriait. Elle souriait comme on sourit après une longue maladie, quand la fièvre est tombée, quand les douleurs se sont apaisées, quand on sent la vie revenir dans ses veines.— Je t’aime, murmura-t-elle.— Moi aussi, je t’aime. Plus que tout.— Merci. De ne pas avoir renoncé. De ne pas m’avoir abandonnée.— C’est toi qui ne m’as pas abandonné. C’est toi qui m’as donné la force de continuer, quand tout s’effondrait autour de nous.— On s’est donné la force. L’un à l’autre.— Oui. L’un à l’autre.Ils restèrent enlacés, dans la chambre de la tour ouest, baignés par la lumière du couchant. En bas, dans le salon, leurs parents buvaient du café et parlaient de l’avenir. Quelque part, dans son appartement, Rebecca rangeait ses carnets, refermait le dossier, tournait la page. Et à des centaines de kilomètres de là, dans une cellule de la prison de Nice, un vieil homme regardait le plafond, seul, vaincu, oublié
Le déjeuner s’était achevé dans une atmosphère de fête tranquille, de ces fêtes qui n’ont pas besoin de musique ni de danse pour être joyeuses. Les rires avaient fusé autour de la table, les souvenirs avaient afflué, et les deux familles, qui quelques semaines plus tôt se regardaient encore en chiens de faïence, partageaient maintenant le pain et le vin comme de vieux amis.Mais Élise et Gabriel s’étaient éclipsés. Ils avaient besoin d’être seuls. Besoin de digérer ce qui venait de se passer, de laisser retomber l’émotion, de savourer en silence cette victoire qu’ils avaient attendue si longtemps.Ils étaient montés dans la chambre d’Élise, dans la tour ouest. La pièce ronde aux trois fenêtres qui donnaient sur le parc, sur les tilleuls, sur le ciel immense. La chambre de son enfance, de son adolescence, de sa captivité. La chambre où elle avait pleuré, crié, espéré. La chambre où elle avait lu et relu les lettres de Gabriel, cachée sous les couvertures, le vieux téléphone portable se
Il se tourna vers le jeune couple, leva son verre plus haut.— Élise, ma fille. Gabriel, mon futur gendre. Vous avez traversé l’enfer, et vous en êtes sortis vivants. Vous vous êtes aimés dans l’innocence, vous vous êtes battus dans l’adversité, et vous voilà aujourd’hui, debout, unis, invincibles. Je suis fier de vous. Je suis fier de ce que vous êtes, de ce que vous avez accompli, de ce que vous allez construire ensemble. Et je vous donne, de tout mon cœur, ma bénédiction.Il vida son verre d’un trait, et des applaudissements éclatèrent autour de la table. Élise courut embrasser son père, les yeux brillants de larmes, pendant que Gabriel serrait la main d’Armand, une main franche, chaleureuse, qui n’avait plus rien à voir avec la poignée glaciale du premier dîner.Puis ce fut au tour d’Étienne de se lever. Il n’avait pas préparé de discours. Il n’était pas un homme de mots. Mais il tenait à parler quand même.— Je ne sais pas faire de beaux discours, dit-il d’une voix rauque. Je ne







