LOGINÀ dix heures du matin, Cassia ouvrit lentement les yeux. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, incapable de comprendre pourquoi son corps lui semblait aussi lourd, pourquoi sa tête lui faisait aussi mal et pourquoi le plafond au-dessus d’elle lui paraissait étrangement familier. Puis les souvenirs revinrent. L’hôtel. La porte entrouverte. Une présence derrière elle. Cette sensation de faiblesse soudaine. Et enfin, Lucian, assis dans cette chambre, lui annonçant avec un calme insupportable qu’il était heureux de la voir rentrer à la maison. Cassia se redressa brusquement. — Il m’a droguée… Cette certitude lui traversa l’esprit avec une violence qui lui coupa presque le souffle. Elle porta une main à son front et ferma les yeux. Elle se souvenait parfaitement de son arrivée à l’hôtel, de la chambre qu’elle avait choisie elle-même, de toutes les précautions qu’elle avait prises, mais après avoir franchi cette porte, tout était devenu flou. Elle n’avait pas simpleme
Cassia avait passé une bonne partie de l’après-midi à se demander si elle devait réellement se rendre à ce rendez-vous. Le montant proposé par cet inconnu continuait de lui paraître démesuré, presque irréel, et malgré l’argent déjà reçu, malgré toutes les précautions qu’elle avait prises, malgré l’hôtel qu’elle avait choisi elle-même précisément parce qu’il était réputé et surveillé, une petite voix au fond d’elle continuait de lui murmurer qu’elle aurait peut-être dû annuler. Pourtant, elle était venue. Elle avait besoin de cet argent, mais surtout, elle avait besoin de poursuivre son traitement, car chaque injection la rapprochait de cette vie qu’elle essayait désespérément de reconstruire, loin de Lucian, loin de la femme brisée qu’elle avait été autrefois. Elle descendit de la voiture devant l’hôtel, ajusta son manteau et observa quelques secondes l’entrée vitrée devant elle. Des clients entraient et sortaient, des employés circulaient dans le hall, les réceptionnistes parlaie
Depuis plusieurs jours, Cassia menait une routine presque mécanique, partagée entre ses heures de travail au bar, ses injections qu’elle administrait elle-même avec une rigueur presque obsessionnelle et ses consultations médicales qui représentaient désormais le centre de toute son existence, parce qu’après deux années passées à reconstruire lentement un corps que quelqu’un avait volontairement détruit, elle refusait de laisser la moindre négligence compromettre les progrès qu’elle avait obtenus au prix de tant de sacrifices. Ce matin-là, après avoir terminé son petit-déjeuner, Cassia s’installa au bord de son lit avec son téléphone entre les mains et ouvrit l’application comme elle le faisait presque chaque jour.Elle parcourut quelques profils sans véritable intérêt. Certains hommes proposaient des sommes modestes. D’autres semblaient davantage intéressés par une relation que par la rencontre elle-même. Cassia avait appris à faire le tri. Elle savait désormais reconnaître les pro
Deux années s’étaient écoulées depuis cette première nuit où Cassia, le cœur rempli de peur et de honte, avait franchi les portes d’un hôtel avec la certitude qu’elle venait d’entrer dans une existence qu’elle n’aurait jamais imaginé connaître, et pourtant, lorsqu’elle repensait à cette période aujourd’hui, elle ne voyait plus seulement la jeune femme perdue qui cherchait désespérément un moyen de payer ses soins, mais une survivante qui avait appris à transformer chaque journée difficile en une raison supplémentaire de continuer à avancer. Au fil des mois, son quotidien s’était organisé autour de trois choses : son travail au bar, ses rencontres privées organisées par l’application et surtout son traitement. Elle avait appris à gérer elle-même ses injections, toujours en suivant les prescriptions du médecin, en notant soigneusement les doses et les dates dans un petit carnet qu’elle conservait dans sa chambre, parce qu’elle ne voulait plus dépendre de personne pour quelque chose d
Depuis qu’elle s’est inscrite sur l’application, Cassia découvre un monde qu’elle n’aurait jamais imaginé fréquenter un jour, un monde dans lequel les rencontres se négocient derrière des pseudonymes, où les Alphas proposent des sommes parfois considérables pour passer quelques heures avec une Omega et où chacun semble avoir compris qu’il ne faut poser aucune question sur la vie privée de l’autre, parce que les personnes qui viennent ici cherchent rarement une histoire d’amour et encore moins une relation destinée à durer. Pendant plusieurs jours, Cassia se contente de consulter les profils sans accepter aucune proposition, lisant attentivement les descriptions, observant les conditions annoncées et refermant parfois l’application avec le cœur serré lorsqu’elle réalise réellement ce qu’elle s’apprête à faire. Elle a peur. Bien sûr qu’elle a peur.Mais chaque fois que cette peur devient trop forte, elle pense au médecin, aux injections dont son organisme a besoin, à l’argent qu’elle
Les jours qui suivent sa sortie de l’hôpital ne ressemblent en rien à ce que Cassia avait espéré, car malgré les médicaments prescrits par le médecin, malgré les longues heures passées à se reposer dans la petite chambre située au-dessus du bar et malgré les efforts de Marlonne pour lui préparer des repas convenables avec les moyens dont elle dispose, son état ne s’améliore pas réellement, et chaque matin semble lui apporter une nouvelle faiblesse, une nouvelle poussée de fièvre ou cette sensation étrange que son propre corps ne lui appartient plus. Elle continue pourtant à travailler. Elle sert les clients, débarrasse les tables, nettoie le comptoir et supporte les remarques déplacées avec une patience qu’elle ne se connaissait pas, parce qu’elle sait que si elle perd cet emploi, elle perd également le seul toit qu’il lui reste. Mais chaque soir, lorsqu’elle monte les escaliers, ses jambes tremblent tellement qu’elle doit parfois s’arrêter quelques secondes avant d’atteindre sa ch







