LOGINLe mariage de Cassia Evermont et de Lucian Veyr était devenu, en l’espace de quelques semaines, l’événement dont toute la haute société parlait, car il ne s’agissait pas simplement de l’union de deux jeunes gens qui avaient choisi de s’aimer, mais de la rencontre de deux des plus puissantes dynasties du pays, deux familles dont les noms étaient associés depuis plusieurs générations à la richesse, au pouvoir et à l’influence, et dont l’alliance promettait de modifier l’équilibre de nombreuses affaires.
Depuis l’annonce officielle de leurs fiançailles, les magazines spécialisés ne parlaient plus que d’eux. Les photographies de Cassia, blonde aux yeux bleus, élégante et toujours parfaitement apprêtée, apparaissaient régulièrement dans les journaux, tandis que Lucian, avec ses cheveux noirs, ses yeux gris et cette expression calme qui lui donnait une allure presque inaccessible, était présenté comme l’un des Alphas les plus convoités de sa génération. Pourtant, malgré toute cette attention, Cassia n’avait jamais semblé aussi heureuse. Ce matin-là, lorsqu’elle ouvrit les yeux dans la suite privée préparée spécialement pour elle, elle resta quelques secondes immobile, les yeux fixés sur le plafond, comme si son esprit avait besoin de quelques instants pour réaliser que le jour qu’elle avait tant attendu était enfin arrivé. Elle allait épouser Lucian. Son Alpha. L’homme qu’elle aimait. Un sourire se dessina naturellement sur ses lèvres. — Aujourd’hui, tu deviens officiellement une Veyr, murmura Naomi en entrant dans la pièce. Cassia tourna la tête vers son amie et éclata doucement de rire. — Tu pourrais éviter de me faire paniquer dès le matin ? — Je ne cherche pas à te faire paniquer, je te rappelle simplement que tu vas épouser l’homme dont toutes les Omégas de cette ville rêvent. — Toutes sauf moi, apparemment, puisque c’est moi qui l’ai obtenu. Naomi leva les yeux au ciel avant de s’approcher du lit. — Tu es insupportable. — Je suis heureuse. Ces mots sortirent avec une telle sincérité que Naomi cessa immédiatement de plaisanter. Elle observa son amie pendant quelques secondes avant de lui prendre doucement la main. — Alors profite de cette journée. Cassia hocha la tête. Elle avait envie d’y croire. Elle voulait croire que cette journée marquait le commencement d’une nouvelle vie, une vie dans laquelle elle ne serait plus seulement la femme d’affaires que tout le monde admirait, mais également une épouse aimée, entourée d’une famille et, peut-être un jour, une mère. Cette dernière pensée fit naître une chaleur douce dans sa poitrine. Elle ne savait pas encore pourquoi, mais depuis quelques jours, son instinct d’Oméga semblait particulièrement sensible. Peut-être était-ce simplement l’émotion du mariage. Ou peut-être était-ce son corps qui réagissait à la perspective de s’unir définitivement à son Alpha. Dans l’univers des Alphas, des Bêtas et des Omégas, le mariage avait une signification particulière, car lorsque deux partenaires officialisaient leur union, le lien qui les unissait devenait également reconnu par leurs familles et par la société. Pour une Oméga comme Cassia, épouser un Alpha dominant comme Lucian représentait une décision importante. Mais elle n’avait pas peur. Elle lui faisait confiance. Quelques heures plus tard, les portes de la grande salle s’ouvrirent. Toutes les conversations cessèrent. Cassia apparut au sommet de l’escalier. Sa robe blanche était élégante sans être excessive, sa longue traîne glissant derrière elle tandis que ses cheveux blonds étaient relevés avec délicatesse, laissant quelques mèches encadrer son visage et mettant encore davantage en valeur ses yeux bleus. Pendant quelques secondes, personne ne parla. Puis les murmures commencèrent. — Elle est magnifique. — Une véritable Oméga Evermont. — Les Veyr ont fait un excellent choix. Cassia entendait à peine les commentaires. Son regard était uniquement dirigé vers l’homme qui l’attendait au bout de l’allée. Lucian. Il portait un costume noir parfaitement ajusté et se tenait droit, les mains croisées devant lui, son visage affichant cette expression calme que Cassia connaissait désormais si bien. Mais lorsqu’il la vit avancer vers lui, quelque chose changea dans son regard. Un sourire discret apparut sur ses lèvres. Cassia sentit son cœur accélérer. Son instinct d’Oméga réagit immédiatement à la présence de son Alpha, et cette sensation familière de sécurité l’envahit lorsqu’elle se rapprocha de lui. Lorsqu’elle arriva enfin devant lui, Lucian lui tendit la main. — Tu es magnifique. Cassia sourit. — Toi aussi. Il referma doucement ses doigts autour des siens. La cérémonie commença. Les deux familles étaient installées au premier rang, entourées de leurs proches et de plusieurs personnalités importantes de la société. Les vœux furent prononcés. Les alliances furent échangées. Puis vint le moment où leur union fut officiellement reconnue. — Je vous déclare mari et femme. Les applaudissements éclatèrent immédiatement. Lucian se pencha vers Cassia et déposa un baiser sur ses lèvres. Elle ferma les yeux. Pendant quelques secondes, le monde entier sembla disparaître. Lorsqu’ils se séparèrent, elle posa naturellement son front contre le sien. — Je t’aime. Lucian la regarda longuement. — Moi aussi. Ces trois mots suffirent à faire monter les larmes aux yeux de Cassia. Elle croyait sincèrement qu’elle venait de trouver l’homme avec qui elle passerait le reste de sa vie. La réception fut à la hauteur de l’événement. Des centaines d’invités étaient présents, les tables étaient couvertes de fleurs blanches et de bougies, un orchestre jouait dans un coin de la salle et les familles les plus puissantes du pays se succédaient pour féliciter les jeunes mariés. Cassia passait d’un groupe à l’autre, souriant, remerciant les invités et acceptant les nombreux cadeaux qu’on leur offrait. À plusieurs reprises, elle remarqua que les regards se tournaient vers elle et Lucian. Cette union faisait rêver beaucoup de monde. Une Oméga puissante. Un Alpha dominant. Deux empires réunis par le mariage. Tout semblait parfait. Plus tard dans la soirée, Cassia s’éloigna quelques minutes vers une terrasse afin de respirer. Elle posa les mains sur la rambarde et contempla les lumières de la ville. Lucian la rejoignit quelques instants plus tard. — Tu es fatiguée ? Elle se retourna vers lui. — Un peu. Il s’approcha et passa un bras autour de sa taille. Cassia posa naturellement la tête contre son torse. — Je n’arrive toujours pas à croire que je suis ta femme. Lucian baissa les yeux vers elle. — Tu vas devoir t’y habituer. Elle sourit. — Je crois que je pourrais m’y habituer très facilement. Il caressa doucement ses cheveux. Cassia ferma les yeux, respirant instinctivement son odeur d’Alpha. Elle se sentait protégée. Aimée. À sa place. — Lucian ? — Oui ? — Tu crois qu’on sera heureux ? Il resta silencieux quelques secondes. Puis il répondit d’une voix calme : — Je te le promets. Cassia sourit contre son torse. Elle ne remarqua pas la manière dont Lucian regardait la ville derrière elle. Elle ne remarqua pas non plus la satisfaction discrète qui traversa son visage lorsqu’il resserra son bras autour de sa taille. Pour Cassia, cette journée représentait le début de sa nouvelle vie. Pour Lucian, elle représentait quelque chose de bien plus important. Il venait de faire de Cassia Evermont son épouse. Désormais, elle portait son nom. Elle appartenait à sa famille. Et, dans son esprit, cela signifiait qu’elle ne pourrait plus jamais lui échapper. Cassia, elle, ne pensait qu’à une seule chose en regardant son alliance briller sous les lumières de la terrasse. Elle avait enfin trouvé l’homme de sa vie. Elle avait enfin trouvé son Alpha. Et elle était persuadée que rien ne pourrait jamais détruire leur bonheur.À dix heures du matin, Cassia ouvrit lentement les yeux. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, incapable de comprendre pourquoi son corps lui semblait aussi lourd, pourquoi sa tête lui faisait aussi mal et pourquoi le plafond au-dessus d’elle lui paraissait étrangement familier. Puis les souvenirs revinrent. L’hôtel. La porte entrouverte. Une présence derrière elle. Cette sensation de faiblesse soudaine. Et enfin, Lucian, assis dans cette chambre, lui annonçant avec un calme insupportable qu’il était heureux de la voir rentrer à la maison. Cassia se redressa brusquement. — Il m’a droguée… Cette certitude lui traversa l’esprit avec une violence qui lui coupa presque le souffle. Elle porta une main à son front et ferma les yeux. Elle se souvenait parfaitement de son arrivée à l’hôtel, de la chambre qu’elle avait choisie elle-même, de toutes les précautions qu’elle avait prises, mais après avoir franchi cette porte, tout était devenu flou. Elle n’avait pas simpleme
Cassia avait passé une bonne partie de l’après-midi à se demander si elle devait réellement se rendre à ce rendez-vous. Le montant proposé par cet inconnu continuait de lui paraître démesuré, presque irréel, et malgré l’argent déjà reçu, malgré toutes les précautions qu’elle avait prises, malgré l’hôtel qu’elle avait choisi elle-même précisément parce qu’il était réputé et surveillé, une petite voix au fond d’elle continuait de lui murmurer qu’elle aurait peut-être dû annuler. Pourtant, elle était venue. Elle avait besoin de cet argent, mais surtout, elle avait besoin de poursuivre son traitement, car chaque injection la rapprochait de cette vie qu’elle essayait désespérément de reconstruire, loin de Lucian, loin de la femme brisée qu’elle avait été autrefois. Elle descendit de la voiture devant l’hôtel, ajusta son manteau et observa quelques secondes l’entrée vitrée devant elle. Des clients entraient et sortaient, des employés circulaient dans le hall, les réceptionnistes parlaie
Depuis plusieurs jours, Cassia menait une routine presque mécanique, partagée entre ses heures de travail au bar, ses injections qu’elle administrait elle-même avec une rigueur presque obsessionnelle et ses consultations médicales qui représentaient désormais le centre de toute son existence, parce qu’après deux années passées à reconstruire lentement un corps que quelqu’un avait volontairement détruit, elle refusait de laisser la moindre négligence compromettre les progrès qu’elle avait obtenus au prix de tant de sacrifices. Ce matin-là, après avoir terminé son petit-déjeuner, Cassia s’installa au bord de son lit avec son téléphone entre les mains et ouvrit l’application comme elle le faisait presque chaque jour.Elle parcourut quelques profils sans véritable intérêt. Certains hommes proposaient des sommes modestes. D’autres semblaient davantage intéressés par une relation que par la rencontre elle-même. Cassia avait appris à faire le tri. Elle savait désormais reconnaître les pro
Deux années s’étaient écoulées depuis cette première nuit où Cassia, le cœur rempli de peur et de honte, avait franchi les portes d’un hôtel avec la certitude qu’elle venait d’entrer dans une existence qu’elle n’aurait jamais imaginé connaître, et pourtant, lorsqu’elle repensait à cette période aujourd’hui, elle ne voyait plus seulement la jeune femme perdue qui cherchait désespérément un moyen de payer ses soins, mais une survivante qui avait appris à transformer chaque journée difficile en une raison supplémentaire de continuer à avancer. Au fil des mois, son quotidien s’était organisé autour de trois choses : son travail au bar, ses rencontres privées organisées par l’application et surtout son traitement. Elle avait appris à gérer elle-même ses injections, toujours en suivant les prescriptions du médecin, en notant soigneusement les doses et les dates dans un petit carnet qu’elle conservait dans sa chambre, parce qu’elle ne voulait plus dépendre de personne pour quelque chose d
Depuis qu’elle s’est inscrite sur l’application, Cassia découvre un monde qu’elle n’aurait jamais imaginé fréquenter un jour, un monde dans lequel les rencontres se négocient derrière des pseudonymes, où les Alphas proposent des sommes parfois considérables pour passer quelques heures avec une Omega et où chacun semble avoir compris qu’il ne faut poser aucune question sur la vie privée de l’autre, parce que les personnes qui viennent ici cherchent rarement une histoire d’amour et encore moins une relation destinée à durer. Pendant plusieurs jours, Cassia se contente de consulter les profils sans accepter aucune proposition, lisant attentivement les descriptions, observant les conditions annoncées et refermant parfois l’application avec le cœur serré lorsqu’elle réalise réellement ce qu’elle s’apprête à faire. Elle a peur. Bien sûr qu’elle a peur.Mais chaque fois que cette peur devient trop forte, elle pense au médecin, aux injections dont son organisme a besoin, à l’argent qu’elle
Les jours qui suivent sa sortie de l’hôpital ne ressemblent en rien à ce que Cassia avait espéré, car malgré les médicaments prescrits par le médecin, malgré les longues heures passées à se reposer dans la petite chambre située au-dessus du bar et malgré les efforts de Marlonne pour lui préparer des repas convenables avec les moyens dont elle dispose, son état ne s’améliore pas réellement, et chaque matin semble lui apporter une nouvelle faiblesse, une nouvelle poussée de fièvre ou cette sensation étrange que son propre corps ne lui appartient plus. Elle continue pourtant à travailler. Elle sert les clients, débarrasse les tables, nettoie le comptoir et supporte les remarques déplacées avec une patience qu’elle ne se connaissait pas, parce qu’elle sait que si elle perd cet emploi, elle perd également le seul toit qu’il lui reste. Mais chaque soir, lorsqu’elle monte les escaliers, ses jambes tremblent tellement qu’elle doit parfois s’arrêter quelques secondes avant d’atteindre sa ch







