LOGINAu cours des semaines qui suivirent leur deuxième rencontre, Cassia eut la sensation étrange que Lucian avait toujours fait partie de sa vie, tant sa présence s’était installée naturellement dans son quotidien, sans jamais donner l’impression de forcer les choses, sans jamais lui demander de renoncer à ses habitudes et surtout sans jamais chercher à l’impressionner avec la fortune ou le pouvoir dont il disposait, ce qui était probablement la première chose qui avait réellement attiré son attention chez lui.
Avant Lucian, Cassia avait rencontré de nombreux Alphas. Certains étaient venus vers elle à cause de son nom, d’autres à cause de sa beauté, d’autres encore parce qu’une alliance avec une Oméga comme elle aurait pu renforcer leur propre position dans la société, et elle avait appris à reconnaître rapidement la différence entre un homme réellement intéressé par elle et un homme qui voyait simplement en elle une opportunité. Lucian, lui, semblait différent. Il ne lui parlait presque jamais de ses entreprises lorsqu’ils étaient ensemble, ne cherchait pas à connaître ses revenus et ne lui demandait jamais de participer à ses affaires, préférant parler avec elle de choses beaucoup plus simples, comme ses voyages préférés, les livres qu’elle aimait lire lorsqu’elle avait du temps libre ou les endroits qu’elle rêvait de visiter. Et Cassia, qui avait toujours eu du mal à faire confiance, commença progressivement à baisser sa garde. Le premier voyage arriva presque naturellement. Lucian devait se rendre à Milan pour quelques jours afin de régler une affaire familiale et, lorsqu’il lui proposa de l’accompagner, Cassia hésita avant d’accepter. Elle ne s’attendait pourtant pas à découvrir une autre facette de lui pendant ce séjour. Lucian avait réservé une suite donnant sur la ville, mais il avait également organisé son emploi du temps de manière à lui laisser suffisamment de temps pour profiter du voyage, l’emmenant dans des restaurants élégants, dans des galeries privées et dans des endroits qu’elle n’aurait probablement jamais découverts seule. Le soir, ils marchaient souvent dans les rues illuminées, parlant de tout et de rien, et Cassia se surprenait à oublier qu’ils appartenaient tous les deux à des familles parmi les plus puissantes du pays. Ils n’étaient alors plus l’héritière Evermont et l’héritier Veyr. Ils étaient simplement deux personnes qui apprenaient à se connaître. — Tu souris beaucoup plus lorsque tu ne travailles pas, lui fit remarquer Lucian un soir. Cassia tourna la tête vers lui. — Parce que personne ne me parle de contrats. — Je peux faire en sorte que personne ne t’en parle pendant plusieurs jours. — Tu serais capable de ça ? — Pour toi, oui. Elle sourit. Ces petites attentions finirent par devenir habituelles. Lorsqu’elle avait une journée difficile, Lucian apparaissait avec son dessert préféré. Lorsqu’elle rentrait tard d’une réunion, il l’attendait parfois dans le hall de son immeuble simplement pour s’assurer qu’elle était bien rentrée. Lorsqu’elle tombait malade, il devenait particulièrement attentif, allant jusqu’à vérifier lui-même qu’elle prenait correctement son traitement hormonal d’Oméga. Cassia trouvait cette attitude touchante. Elle avait toujours été indépendante et n’avait jamais aimé qu’on lui dise quoi faire, mais avec Lucian, cette sensation était différente. Elle avait l’impression d’être protégée. Son instinct d’Oméga semblait lui aussi apprécier la proximité de son Alpha, particulièrement lorsqu’ils étaient seuls, car son corps se détendait presque immédiatement lorsqu’il se trouvait près d’elle, comme si une partie d’elle avait déjà décidé qu’il représentait un refuge. Lucian ne semblait jamais utiliser son aura pour la contraindre. Il la contrôlait parfaitement. Il savait quand se rapprocher et quand lui laisser de l’espace. Et plus Cassia apprenait à le connaître, plus elle découvrait un homme différent de celui que les autres décrivaient. Dans les soirées mondaines, Lucian était froid, presque inaccessible. Avec elle, il pouvait rire pendant plusieurs minutes pour une plaisanterie ridicule. Il pouvait l’écouter parler de son travail pendant une heure sans regarder son téléphone. Il pouvait même rester silencieux à ses côtés sans que ce silence devienne gênant. Cassia découvrit également qu’il était extrêmement protecteur envers les personnes qu’il considérait comme importantes, notamment sa sœur, dont il parlait régulièrement avec une affection surprenante. Un soir, alors qu’ils étaient installés sur le balcon de leur hôtel, Cassia posa doucement sa tête contre son épaule. — Je ne pensais pas que tu serais comme ça. Lucian baissa les yeux vers elle. — Comme quoi ? — Tendre. Il resta silencieux quelques secondes. — Je ne le suis pas avec tout le monde. Cassia sourit. — Pourquoi avec moi ? Lucian passa doucement ses doigts dans ses cheveux blonds. — Parce que tu es différente. Elle releva la tête. — C’est ce que tu dis à toutes les femmes ? — Je n’ai jamais eu besoin de le dire avant. Cassia rit doucement avant de se blottir davantage contre lui. À cet instant, elle était heureuse. Profondément heureuse. Et elle commença à imaginer un avenir avec lui. Elle imaginait une maison à leur nom, des repas de famille, des voyages avec leurs futurs enfants et, parfois, lorsqu’elle observait Lucian s’occuper de sa sœur, elle essayait d’imaginer à quoi il ressemblerait en père. Cette pensée lui faisait battre le cœur. Les mois passèrent. Trois mois. Puis cinq. Puis sept. Leur relation devint rapidement connue de leurs familles et de leur entourage, et personne ne semblait surpris lorsque Lucian commença à l’accompagner régulièrement lors des événements importants de Cassia. Ils formaient un couple qui attirait les regards. Une Oméga Evermont et un Alpha Veyr. Deux puissantes familles. Deux héritiers. Et une histoire qui semblait presque trop parfaite. Au huitième mois, Cassia ne doutait plus de ses sentiments. Elle aimait Lucian. Elle l’aimait suffisamment pour avoir cessé de se demander si elle faisait le bon choix. Ce soir-là, ils étaient dans la propriété privée de Lucian, loin du bruit de la ville, lorsqu’il lui demanda de sortir avec lui dans le jardin. Cassia enfila rapidement un manteau avant de le rejoindre. — Pourquoi tu m’emmènes dehors ? — J’ai quelque chose à te montrer. — Tu es mystérieux depuis quelques jours. — Peut-être parce que j’attends le bon moment. Ils avancèrent jusqu’à une terrasse éclairée par de petites lumières. Cassia s’arrêta. Au milieu de la terrasse se trouvait une petite table couverte de fleurs blanches. Elle se retourna lentement vers lui. — Lucian… Il s’approcha. Son regard gris était fixé sur elle avec une intensité qui lui donna immédiatement l’impression que quelque chose d’important allait se produire. — Cassia, depuis que je t’ai rencontrée, ma vie a changé. Elle sentit ses yeux s’humidifier. — Tu sais que je ne suis pas doué pour parler de mes sentiments. — Je sais. — Mais je sais ce que je veux. Il prit ses mains dans les siennes. — Je veux passer ma vie avec toi. Le cœur de Cassia se mit à battre beaucoup plus vite. Lucian s’agenouilla devant elle. Elle porta instinctivement une main à sa bouche. Une petite boîte apparut entre ses doigts. — Cassia Evermont, veux-tu devenir ma femme ? Pendant quelques secondes, elle fut incapable de répondre. Toutes les incertitudes qu’elle avait pu ressentir auparavant disparurent. Elle regarda l’homme qu’elle aimait, cet Alpha qui avait réussi à gagner sa confiance sans jamais lui donner l’impression qu’il voulait posséder son nom ou sa fortune, et elle pensa simplement qu’elle avait enfin trouvé ce qu’elle cherchait depuis toujours. Une famille. Un amour. Un homme auprès duquel elle pourrait construire son avenir. Les larmes aux yeux, elle sourit. — Oui. Lucian passa la bague à son doigt avant de se relever et de la prendre dans ses bras. Cassia enfouit son visage contre son torse, respirant naturellement son odeur d’Alpha, et son instinct d’Oméga se calma immédiatement. Elle ferma les yeux. Elle était convaincue d’avoir trouvé l’homme de sa vie. Elle ne savait pas encore que, derrière le sourire de Lucian, une seule certitude existait déjà. Il avait choisi Cassia. Et il ne comptait jamais la laisser partir.À dix heures du matin, Cassia ouvrit lentement les yeux. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, incapable de comprendre pourquoi son corps lui semblait aussi lourd, pourquoi sa tête lui faisait aussi mal et pourquoi le plafond au-dessus d’elle lui paraissait étrangement familier. Puis les souvenirs revinrent. L’hôtel. La porte entrouverte. Une présence derrière elle. Cette sensation de faiblesse soudaine. Et enfin, Lucian, assis dans cette chambre, lui annonçant avec un calme insupportable qu’il était heureux de la voir rentrer à la maison. Cassia se redressa brusquement. — Il m’a droguée… Cette certitude lui traversa l’esprit avec une violence qui lui coupa presque le souffle. Elle porta une main à son front et ferma les yeux. Elle se souvenait parfaitement de son arrivée à l’hôtel, de la chambre qu’elle avait choisie elle-même, de toutes les précautions qu’elle avait prises, mais après avoir franchi cette porte, tout était devenu flou. Elle n’avait pas simpleme
Cassia avait passé une bonne partie de l’après-midi à se demander si elle devait réellement se rendre à ce rendez-vous. Le montant proposé par cet inconnu continuait de lui paraître démesuré, presque irréel, et malgré l’argent déjà reçu, malgré toutes les précautions qu’elle avait prises, malgré l’hôtel qu’elle avait choisi elle-même précisément parce qu’il était réputé et surveillé, une petite voix au fond d’elle continuait de lui murmurer qu’elle aurait peut-être dû annuler. Pourtant, elle était venue. Elle avait besoin de cet argent, mais surtout, elle avait besoin de poursuivre son traitement, car chaque injection la rapprochait de cette vie qu’elle essayait désespérément de reconstruire, loin de Lucian, loin de la femme brisée qu’elle avait été autrefois. Elle descendit de la voiture devant l’hôtel, ajusta son manteau et observa quelques secondes l’entrée vitrée devant elle. Des clients entraient et sortaient, des employés circulaient dans le hall, les réceptionnistes parlaie
Depuis plusieurs jours, Cassia menait une routine presque mécanique, partagée entre ses heures de travail au bar, ses injections qu’elle administrait elle-même avec une rigueur presque obsessionnelle et ses consultations médicales qui représentaient désormais le centre de toute son existence, parce qu’après deux années passées à reconstruire lentement un corps que quelqu’un avait volontairement détruit, elle refusait de laisser la moindre négligence compromettre les progrès qu’elle avait obtenus au prix de tant de sacrifices. Ce matin-là, après avoir terminé son petit-déjeuner, Cassia s’installa au bord de son lit avec son téléphone entre les mains et ouvrit l’application comme elle le faisait presque chaque jour.Elle parcourut quelques profils sans véritable intérêt. Certains hommes proposaient des sommes modestes. D’autres semblaient davantage intéressés par une relation que par la rencontre elle-même. Cassia avait appris à faire le tri. Elle savait désormais reconnaître les pro
Deux années s’étaient écoulées depuis cette première nuit où Cassia, le cœur rempli de peur et de honte, avait franchi les portes d’un hôtel avec la certitude qu’elle venait d’entrer dans une existence qu’elle n’aurait jamais imaginé connaître, et pourtant, lorsqu’elle repensait à cette période aujourd’hui, elle ne voyait plus seulement la jeune femme perdue qui cherchait désespérément un moyen de payer ses soins, mais une survivante qui avait appris à transformer chaque journée difficile en une raison supplémentaire de continuer à avancer. Au fil des mois, son quotidien s’était organisé autour de trois choses : son travail au bar, ses rencontres privées organisées par l’application et surtout son traitement. Elle avait appris à gérer elle-même ses injections, toujours en suivant les prescriptions du médecin, en notant soigneusement les doses et les dates dans un petit carnet qu’elle conservait dans sa chambre, parce qu’elle ne voulait plus dépendre de personne pour quelque chose d
Depuis qu’elle s’est inscrite sur l’application, Cassia découvre un monde qu’elle n’aurait jamais imaginé fréquenter un jour, un monde dans lequel les rencontres se négocient derrière des pseudonymes, où les Alphas proposent des sommes parfois considérables pour passer quelques heures avec une Omega et où chacun semble avoir compris qu’il ne faut poser aucune question sur la vie privée de l’autre, parce que les personnes qui viennent ici cherchent rarement une histoire d’amour et encore moins une relation destinée à durer. Pendant plusieurs jours, Cassia se contente de consulter les profils sans accepter aucune proposition, lisant attentivement les descriptions, observant les conditions annoncées et refermant parfois l’application avec le cœur serré lorsqu’elle réalise réellement ce qu’elle s’apprête à faire. Elle a peur. Bien sûr qu’elle a peur.Mais chaque fois que cette peur devient trop forte, elle pense au médecin, aux injections dont son organisme a besoin, à l’argent qu’elle
Les jours qui suivent sa sortie de l’hôpital ne ressemblent en rien à ce que Cassia avait espéré, car malgré les médicaments prescrits par le médecin, malgré les longues heures passées à se reposer dans la petite chambre située au-dessus du bar et malgré les efforts de Marlonne pour lui préparer des repas convenables avec les moyens dont elle dispose, son état ne s’améliore pas réellement, et chaque matin semble lui apporter une nouvelle faiblesse, une nouvelle poussée de fièvre ou cette sensation étrange que son propre corps ne lui appartient plus. Elle continue pourtant à travailler. Elle sert les clients, débarrasse les tables, nettoie le comptoir et supporte les remarques déplacées avec une patience qu’elle ne se connaissait pas, parce qu’elle sait que si elle perd cet emploi, elle perd également le seul toit qu’il lui reste. Mais chaque soir, lorsqu’elle monte les escaliers, ses jambes tremblent tellement qu’elle doit parfois s’arrêter quelques secondes avant d’atteindre sa ch







