LOGINÀ vingt-cinq ans, Elowen Redmond a passé treize années à préparer sa vengeance. À l'âge de douze ans, ses parents sont morts dans de mystérieuses circonstances. Les preuves fournies par son oncle désignaient une puissante famille : les Ashford. Convaincue de leur culpabilité, Elowen a bâti toute sa vie autour d'un seul objectif : rassembler suffisamment d'éléments pour détruire le groupe Ashford et faire payer cette famille. Puis elle rencontre un homme mystérieux lors d'un gala de bienfaisance. Une seule nuit suffit à laisser une empreinte indélébile que ni l'un ni l'autre ne peut oublier. Des mois plus tard, Elowen intègre le groupe Ashford sous la fausse identité d'Elena Cross, déterminée à infiltrer l'entreprise de l'intérieur. Elle découvre bientôt que l'homme de cette nuit inoubliable n'est autre que Torin Ashford, le jeune héritier et PDG qu'elle a juré d'anéantir. Torin ne se souvient pas tout à fait d'elle, mais Elena dégage quelque chose d'étrangement familier. À mesure qu'il se rapproche d'elle, Elowen lutte pour garder sa véritable identité secrète, tout en combattant une attirance qu'elle n'avait jamais anticipée. Mais plus Elowen enquête sur la mort de ses parents, plus la vérité commence à se fissurer. Les preuves contre les Ashford sont bien réelles, mais quelqu'un les a soigneusement orchestrées pour les rendre coupables. Alors que l'amour naît entre Elowen et Torin, des alliances secrètes, des mystères familiaux et un dangereux cerveau de l'ombre émergent. Lorsque Torin découvre enfin qui est réellement Elowen, la femme qu'il aime devient la personne qu'il a toutes les raisons de haïr. Désormais, Elowen doit choisir entre la vengeance qui a forgé sa vie et l'homme qui l'a transformée, et révéler la vérité avant que l'instigateur qui l'a manipulée ne les détruise tous les deux.
View MoreLa bague fut la première chose qu’Elowen Redmond vit lorsqu’elle se réveilla.
Les armoiries des Ashford. De l’argent, dont les arêtes s’étaient adoucies sous l’usure des années.
Elle avait traqué ce sceau précis à travers les registres judiciaires, les notes d’acquisition divulguées et les dossiers de succession numérisés jusqu’à ce qu’il lui brûlât les paupières.
Son souffle se bloqua. Elle se figea contre le matelas, à demi vêtue de sa robe émeraude, aux aguets dans la lueur grise de l’aube naissante.
À ses côtés, l’homme bougea contre les draps froissés et marmonna dans son oreiller.
Un Ashford.
Il n’était pas un cadre dirigeant ou un invité de passage. Il était l’un des leurs.
Elle reposa la bague à l’endroit exact où elle l’avait trouvée, son pouls cognant violemment à ses oreilles tandis qu’elle ramassait ses escarpins et se glissait vers la porte.
Son estomac plongea dans une chute libre vertigineuse, sans fin.
Elowen venait de passer une nuit entière à abandonner chaque parcelle d’elle-même à la lignée qu’elle avait été forgée pour anéantir.
Quatre heures plus tôt, elle ignorait encore son nom.
Le gala de bienfaisance à la Fondation St. Jude était bruyant, étouffant, saturé de monde.
Elowen s’était tenue près du périmètre en acajou, un verre de mousseux bon marché tiédissant entre ses doigts, comptant les trois portes de service au fond et gardant son épaule orientée vers la terrasse.
Une simple reconnaissance. Recueillir des noms, mémoriser l’organisation de leur équipe des relations publiques, et disparaître avant minuit.
« Vous allez briser le pied du verre. »
Elle sursauta, manquant de renverser le champagne.
Un homme s’était accoudé au bar de marbre, tout près d’elle. Il s’était déjà délesté de sa veste de smoking.
Sa chemise blanche était déboutonnée au col, les manches retroussées sur des avant-bras noueux. Des cheveux sombres retombaient sur son front, jetant une ombre sur des yeux qui la détaillaient posément.
« Pardon ? »
« Soit vous vous imposez un exercice de discipline, soit vous vous méfiez de ce que contient la bouteille. »
« Ni l’un ni l’autre. » Elle força un rire sec. « La cuvée est médiocre, rien de plus. »
« Mensonge. »
Ses doigts se resserrèrent autour du verre.
« Vous l’utilisez comme point d’ancrage. » Il jeta un coup d’œil vers la terrasse. « Sans rien entre les doigts, vous avez l’air prête à piquer un sprint vers les portes de la terrasse. »
Elle posa le verre.
« Mieux ? »
Le barman déposa deux verres à fond épais entre eux, les glaçons tintant contre la liqueur ambrée.
« Du bourbon. » Il poussa un verre vers elle. « Ce que la maison sert ici est une horreur, mais celui-ci est décent. »
« Et qu’est-ce qui vous fait croire que j’en boirais ? »
« Parce que vous avez l’air d’avoir grand besoin d’une distraction. »
Il la regarda fixement.
« Allez-y. À moins que vous ne craigniez ce qu’il contient. »
Elle hésita avant de le saisir. Une gorgée, lente.
« Alors ? »
« C’est... convenable. »
Ses épaules s’affaissèrent malgré elle.
« Meilleur que la piquette. »
Un mince sourire effleura ses lèvres.
« Comment vous vous appelez ? »
La question la prit au dépourvu.
« Claire. »
Il répéta ce prénom tout bas.
« Cela ne colle pas vraiment. »
« Et vous, quel est le vôtre ? » demanda-t-elle. « Ou l’avez-vous oublié au vestiaire avec votre veste ? »
Son visage changea.
« Faisons l’impasse sur le mien. »
Claire haussa un sourcil. « Quoi, vous êtes célèbre ou une histoire dans ce genre ? »
Il laissa échapper un rire sans joie, ses doigts se resserrant autour de son verre. Pendant une seconde, une lueur amère traversa ses traits.
« Loin de là. Je suis simplement fatigué d’être traité comme un titre plutôt que comme un être humain. »
Son regard dériva vers la salle bondée où les gens riaient et échangeaient des amabilités. Sa mâchoire se durcit.
« Passez suffisamment de temps entourée d’individus qui n’attendent qu’une chose de vous, et vous comprendrez. »
Claire l’examina, soudain intriguée par cet homme assis à côté d’elle. Quelle que fût la réalité qu’il fuyait, il n’avait visiblement aucune envie d’en parler.
« Cela semble bien solitaire », murmura-t-elle.
Il se tourna vers elle, l’expression indéchiffrable.
« Venez, fuyons cette pièce. »
Il déposa son verre inachevé sur le comptoir.
« Je ne vous connais même pas », chuchota Elowen, hésitante.
Ses yeux s’attardèrent dans les siens. « Alors faisons en sorte que cela ne change pas. »
Il s’avança, ses doigts effleurant sa mâchoire avant de glisser doucement une mèche égarée derrière son oreille.
Le contact fut si doux qu’il lui fit oublier le décompte des issues de secours.
« Et si je dis non ? »
« Alors je m’en vais. »
Son pouce caressa sa lèvre.
« Et vous retournez couver votre verre vide. »
Dans l’ascenseur, les miroirs de bronze reflétaient deux corps séparés d’à peine un souffle.
Les yeux d’Elowen dérivèrent vers le panneau du plafond, cherchant par automatisme le loquet d’évacuation.
Il le remarqua.
« Vous cherchez encore une sortie. »
Sa gorge se noua. « Je ne sais pas comment m’en empêcher. »
« Je vais vous l’apprendre. »
Ses lèvres trouvèrent les siennes avant que les portes ne s’ouvrissent au douzième étage.
Le baiser fut d’abord lent, presque précautionneux, jusqu’à ce que ses doigts à elle s’agrippassent à sa chemise. Sa main à lui s’établit sur sa taille, la serrant plus fort contre son corps.
Les battants coulissèrent, mais il ne desserra point son étreinte. Ses doigts s’entrelacèrent aux siens tandis qu’il la guidait le long du corridor, s’arrêtant une fois pour l’entraîner dans un autre baiser.
Elle sourit contre sa bouche, saisie par la facilité avec laquelle elle avait oublié toute prudence.
Pour une fois, elle cessa de calculer.
Devant la porte de la suite, il lui caressa la joue du pouce avant de la déverrouiller.
À l’intérieur, il écarta délicatement une mèche de son visage.
« Qu’est-ce qui tourne dans cette tête ? » demanda-t-il, la voix assourdie.
« Que je devrais sans doute partir. »
« Alors pourquoi restez-vous ? »
Ses lèvres s’entrouvrirent, mais aucun mot ne franchit sa gorge.
Il prit sa joue dans le creux de sa paume, cherchant son regard. Elle se pressa contre sa main avant de l’attirer à elle par sa chemise.
Sa bouche rejoignit la sienne, et cette fois, elle l’embrassa sans aucune retenue.
Elle s’abandonna à l’obscurité, oubliant les identités qu’elle portait et les dettes qu’elle devait honorer, jusqu’à ce qu’il ne restât plus rien entre eux que la peau et la brûlure des corps.
À présent, la chambre ressemblait à une fosse ouverte.
Elowen demeura pétrifiée sur le seuil, la cambrure de ses talons s’enfonçant dans ses paumes, le courant d’air froid du couloir lui cinglant la nuque.
Sur le lit, l’homme n’avait pas bougé. Il tournait le dos, masse sombre profilée contre le coton blanc, la respiration régulière.
Sur la table de nuit en acajou, le faucon d’argent gravé sur la bague luisait sous la lumière livide du matin.
Son souffle devint court.
Était-il l’héritier du conseil d’administration ? Le frère discret affecté aux opérations ? Le cousin écervelé vivant des rentes du trust familial ?
Elle n’en savait absolument rien.
Elle savait seulement que ce visage embrassé dans le noir était un visage qu’elle avait la mission d’enterrer.
Elowen se faufila par l’entrebâillement de la porte et la ramena doucement vers elle jusqu’à ce que le pêne rencontrât la gâche dans un déclic feutré, sans appel.
Elle courut nu-pieds le long du couloir, son cœur martelant violemment sa cage thoracique.
Qui qu’il fût, il possédait désormais son visage.
Et la partie lui glissait déjà entre les doigts.
Kael frappa deux coups et poussa la porte sans attendre.« Monsieur. L’assemblée générale annuelle commence à midi. » Kael se tenait droit, une tablette de synthèse numérique calée sous le coude. « L’amphithéâtre de la direction est presque complet. Actionnaires, membres du conseil d’administration, journalistes. Ils vous attendent. »Torin se détourna de la fenêtre.Les bribes de la chambre d’hôtel s’éparpillèrent de nouveau dans son esprit.Il traversa la pièce jusqu’à son bureau et rajusta sa veste. Ses mains étaient fermes.« Donnez-moi deux minutes. »« La presse est déjà assise. Hendrick est en bas en train de battre le rappel. »« Évidemment », ajouta vivement Torin.Kael marqua une pause sur le pas de la porte.« Monsieur. Votre rendez-vous de onze heures attend dehors. Mademoiselle Cross. »Torin s’immobilisa.« Envoyez-la à Marta. Elle ne vient pas à l’assemblée générale. »« Elle a déjà été affectée à la logistique. Marta l’a réquisitionnée il y a vingt minutes. »Sa mâchoi
Les portes de l’ascenseur se refermèrent, et Elowen s’appuya contre la paroi. Ses genoux vacillaient. Ses mains tremblaient.Elle plaqua ses paumes à plat contre le métal frais et se força à respirer.Inspirer. Expirer.Compter quatre secondes. Bloquer quatre secondes.Son cœur ressemblait à un oiseau se débattant contre ses côtes. L’odeur de cèdre de son costume semblait encore prisonnière de sa mémoire.Son téléphone vibra dans la poche de son tailleur.Orla : Comment ça s’est passé ?Elowen fixa le message avant de taper.J’ai le poste. Je t’appelle plus tard.Elle effaça deux coquilles avant de l’envoyer.Puis elle rangea son téléphone et marcha vers le métro, son porte-documents calé sous le bras.Deux jours plus tard, Elowen s’assit en face de sa plus proche amie, Orla, dans un café tranquille. Orla était la seule personne au courant du projet d’Elowen depuis le début, et à présent, elle l’observait attentivement de l’autre côté de la table.Le dossier d’intégration d’Elowen rep
Le dernier entretien était prévu pour neuf heures quinze. Elowen arriva à huit heures cinquante-huit.Elle s’inscrivit à la réception, son stylo traçant le faux nom avec la même aisance mécanique que s’il se fût agi du véritable ; elle avait eu treize ans pour s’en assurer.Elle prit l’ascenseur pour monter quarante étages plus haut, ses doigts blanchissant autour de la lanière de son porte-documents en cuir. Lorsque les portes coulissèrent, elle franchit les battants de verre dépoli qui menaient à l’étage de la direction.Ses talons résonnèrent sur le sol en calcaire poli. Son porte-documents pesait lourd dans sa main. Son cœur battait trop vite.« Tu connais le plan du bâtiment », se dit-elle, balayant les recoins du regard et répertoriant mentalement les capteurs de sécurité au plafond. « Tu connais les chiffres. Tu as répété cela pendant douze mois. »« Mademoiselle Cross ? »Un homme vêtu d’un costume gris anthracite impeccable émergea d’une alcôve, une fine tablette glissée sous
La bague fut la première chose qu’Elowen Redmond vit lorsqu’elle se réveilla.Les armoiries des Ashford. De l’argent, dont les arêtes s’étaient adoucies sous l’usure des années.Elle avait traqué ce sceau précis à travers les registres judiciaires, les notes d’acquisition divulguées et les dossiers de succession numérisés jusqu’à ce qu’il lui brûlât les paupières.Son souffle se bloqua. Elle se figea contre le matelas, à demi vêtue de sa robe émeraude, aux aguets dans la lueur grise de l’aube naissante.À ses côtés, l’homme bougea contre les draps froissés et marmonna dans son oreiller.Un Ashford.Il n’était pas un cadre dirigeant ou un invité de passage. Il était l’un des leurs.Elle reposa la bague à l’endroit exact où elle l’avait trouvée, son pouls cognant violemment à ses oreilles tandis qu’elle ramassait ses escarpins et se glissait vers la porte.Son estomac plongea dans une chute libre vertigineuse, sans fin.Elowen venait de passer une nuit entière à abandonner chaque parcel






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