Share

Chapitre 5

Author: KellyKarly
last update publish date: 2025-09-14 20:56:54

Chapitre 5: Les unes du scandale (2)

Darius a raison. Son père va le tuer. Ce n'est pas la première fois qu'il fait la une des tabloïds, mais cette fois, les photos sont particulièrement compromettantes. Il y a des limites à ce que le service juridique de Perrin Industries peut étouffer.

Il devrait appeler son père. Présenter des excuses. Promettre de se calmer.

Mais à quoi bon ? Il sait qu'il ne tiendra pas sa promesse. Il a essayé, tellement de fois. Les centres de désintoxication, les thérapeutes, les cures de sommeil, les retraites spirituelles tout y est passé. Rien n'a fonctionné. Rien ne fonctionne jamais.

Parce que le problème n'est pas l'alcool. Ni les fêtes. Ni les femmes.

Le problème, c'est ce vide en lui. Ce gouffre qui s'est ouvert il y a cinq ans et qui n'a jamais cessé de grandir.

Sa mère. Le souvenir de sa mère. L'image de cette femme brune aux yeux doux, aux mains de pianiste, qui sentait la lavande et le miel. 

La dernière fois qu'il l'a vue, c'était à travers une vitre de voiture, sous une pluie battante. Il avait quatorze ans. Il avait menti pour aller à une fête interdite. Et elle, sachant qu'il était en danger, avait pris le volant malgré la tempête.

L'accident. Les gyrophares. Les médecins qui secouent la tête.

Il n'a jamais pu se le pardonner.

Alors il boit. Il sort. Il collectionne les femmes. Il s'étourdit dans le bruit et la lumière pour ne pas entendre la petite voix qui lui répète, nuit après nuit, que c'est sa faute.

Le téléphone vibre. Un appel entrant. Le nom de son père s'affiche sur l'écran.

Miguel hésite. Puis il prend l'appel.

« Allô ? »

« Dans mon bureau. Dans une heure. »

La voix de Xavier est glaciale. Pas de cris, pas de reproches. Juste ce calme effrayant qui précède les pires tempêtes.

« Papa, je... »

La communication est coupée. Miguel fixe l'écran noir, puis se lève. Il enfile un jean propre, une chemise, et attrape les clés de sa voiture.

Une heure plus tard, il se gare dans le parking souterrain de la tour Perrin. L'ascenseur le mène directement au dix-septième étage. Mademoiselle Delorme l'accueille avec son expression habituelle de désapprobation silencieuse et lui ouvre la porte du bureau.

Xavier est assis derrière sa table de travail, aussi rigide qu'une statue de marbre. Il ne se lève pas pour accueillir son fils. Il ne lui propose pas de s'asseoir.

« Tu as vu les journaux ? »

« Oui. »

« Et qu'as-tu à dire pour ta défense ? »

Miguel hausse les épaules. « Rien. Je n'ai rien à dire. »

« Évidemment. Tu n'as jamais rien à dire. »

Xavier se lève lentement, et pour la première fois, Miguel remarque la fatigue sur son visage. Les rides autour de ses yeux sont plus profondes que d'habitude. Ses tempes sont plus grises. Il y a une lassitude dans sa posture qui n'était pas là avant.

« J'ai passé ma vie à construire cet empire, dit Xavier d'une voix sourde. Pour toi. Pour ta mère. Pour que notre famille ait un avenir. Et voilà ce que tu en fais : des scandales, des humiliations, des couvertures de journaux à scandale. »

« Je ne t'ai jamais demandé de me léguer quoi que ce soit. »

« Non. Mais tu es mon fils. Mon seul enfant. L'héritier de tout ce que j'ai bâti. »

Miguel détourne le regard. Il déteste ce mot. Héritier. Comme si sa seule valeur résidait dans ce qu'il recevrait à la mort de son père.

« Je ne veux pas de ton héritage. Je ne veux pas de ton entreprise. Je ne veux rien. »

Xavier accuse le coup en silence. Puis il soupire et passe une main lasse sur son visage.

« Tu crois que c'est facile pour moi ? Tu crois que je ne vois pas que tu souffres ? »

« Tu ne sais rien de ma souffrance. »

« Je sais que tu te sens responsable de la mort de ta mère. »

Miguel serre les poings. Le nom de sa mère dans la bouche de son père est une forme de sacrilège. Xavier ne parle jamais d'elle. Jamais. Il a enterré sa femme le jour de l'enterrement, et depuis, c'est comme si elle n'avait jamais existé.

« Ne prononce pas son nom. »

« C'était ma femme, Miguel. Je l'aimais autant que toi. »

« Alors pourquoi tu n'as jamais rien dit ? Pourquoi tu n'as jamais pleuré ? Pourquoi tu as continué à travailler comme si de rien n'était pendant que moi je... »

Il s'interrompt, la gorge serrée. Xavier le regarde avec une tristesse muette.

« Parce que c'est ma façon de survivre », murmure-t-il. « Chacun survit comme il peut. »

Un long silence s'installe entre eux. Finalement, Miguel se passe une main dans les cheveux et se dirige vers la porte.

« C'est tout ? Tu m'as convoqué pour me faire la morale ? »

« Non. Je t'ai convoqué pour t'annoncer une nouvelle. »

Miguel se retourne, méfiant.

« Laquelle ? »

Xavier se redresse derrière son bureau. Il a retrouvé son masque de PDG impénétrable.

« Tu vas te marier. »

L'information met plusieurs secondes à atteindre le cerveau de Miguel. Quand elle y parvient, il éclate d'un rire incrédule.

« Pardon ? »

« J'ai choisi une épouse pour toi. Une jeune femme de qualité, travailleuse, digne. Elle s'appelle Christiane Bennett. Vous vous marierez dans un mois. »

« Tu es devenu fou ? »

« C'est une décision réfléchie. »

« Tu ne peux pas me forcer à épouser quelqu'un que je ne connais même pas ! Nous ne sommes pas au Moyen-Âge ! »

Xavier ne cille pas. « Si tu refuses, tu seras déshérité. Je te couperai les vivres, je retirerai ton nom de la succession, et tu seras livré à toi-même. »

Miguel blêmit. « Tu ne ferais pas ça. »

« Essaie pour voir. »

Le silence retombe, plus lourd encore qu'auparavant. Miguel fixe son père comme s'il le voyait pour la première fois. Il a toujours su que Xavier était dur. Mais pas à ce point. Pas avec lui.

« Pourquoi ? » demande-t-il d'une voix étranglée. « Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? »

« Parce que je refuse de te regarder te détruire. Parce que c'est ma dernière chance de te sauver. »

« Me sauver ? En me mariant de force avec une inconnue ? »

Xavier soutient son regard. « Parfois, les inconnus sont les meilleurs anges gardiens. »

Miguel secoue la tête, abasourdi. Puis il éclate d'un rire amer, désabusé.

« Très bien. Très bien, père. Tu veux que j'épouse ta petite secrétaire modèle ? Je vais l'épouser. Mais ne compte pas sur moi pour jouer les maris aimants. Ce sera une mascarade, rien de plus. Et le jour où elle craquera, ce sera ta faute, pas la mienne. »

Il sort du bureau en claquant la porte. Dans le couloir, il percute presque Mademoiselle Delorme, qui sursaute et laisse tomber une pile de dossiers.

« Monsieur Perrin ! »

Il ne répond pas. Il court presque jusqu'à l'ascenseur, les tempes bourdonnantes de colère. Marié. Il va être marié. À une femme qu'il n'a jamais vue, choisie par un père qui ne le comprend pas.

Le pire, c'est qu'il ne peut même pas refuser. Il n'a aucune ressource personnelle. Tout ce qu'il possède est au nom de son père. Les voitures, l'appartement, les comptes bancaires. Sans Xavier, il n'est rien.

L'ascenseur descend les étages dans un silence ouaté. Miguel regarde son reflet dans les portes de métal poli et y voit le visage d'un condamné.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Amour Fortuite    Épilogue

    Chapitre 159 : Épilogue – Les cercles parfaitsUn an plus tard.L'automne avait paré le jardin de ses plus belles couleurs. Les érables flamboyaient d'or et de pourpre, les chrysanthèmes ouvraient leurs corolles généreuses dans les massifs, et les dernières roses de la saison embaumaient l'air d'un parfum entêtant et mélancolique.Sous la pergola, la table dominicale était dressée comme chaque semaine, avec la nappe blanche héritée de la mère de Xavier et les couverts en argent frappés aux armes de la famille Perrin.Mais aujourd'hui, un couvert supplémentaire avait été ajouté un minuscule couvert en argent miniature, posé à côté de l'assiette de Christiane, comme une promesse encore tenue secrète.Christiane apparut sur le seuil de la villa, et tous les regards convergèrent vers elle.Elle portait une robe de maternité en mousseline bleu pâle qui soulignait avec grâce la rondeur de son ventre.Ses cheveux, plus longs et plus brillants que jamais, cascadaient sur ses épaules, et son

  • Amour Fortuite    Chapitre 158

    Chapitre 158 : Les ailes du matinIls rentrèrent à la villa trois jours plus tard, les joues hâlées par le soleil, les cœurs gonflés de souvenirs précieux.Xavier les accueillit sur le perron, un sourire entendu aux lèvres, et Juliette, qui était venue passer quelques jours auprès de sa nièce, les serra tour à tour dans ses bras en s'exclamant sur leur mine radieuse.« Vous avez l'air d'avoir conquis le monde », remarqua-t-elle avec un clin d'œil complice à Christiane.« Nous avons conquis bien plus que cela », répondit Miguel en passant un bras autour de la taille de sa femme. « Nous avons conquis le droit d'être heureux. »Le déjeuner dominical qui suivit fut un moment de grâce simple. La table avait été dressée dans le jardin, sous la pergola de glycines que Christiane avait elle-même restaurée des mois auparavant, et les bougainvilliers en fleurs formaient un dais de pourpre et de fuchsia au-dessus de leurs têtes.Juliette, dont la santé s'était miraculeusement rétablie grâce au

  • Amour Fortuite    Chapitre 157

    Chapitre 157 : Le murmure des vaguesLe lendemain, ils prirent la route ensemble, sans destination précise.Miguel avait proposé cette escapade au réveil, alors qu'ils savouraient un petit-déjeuner tardif sur la terrasse, et Christiane avait accepté avec un empressement joyeux qui l'avait fait sourire.« Où allons-nous ? » avait-elle demandé en nouant un foulard léger autour de ses cheveux.« Là où le vent nous portera », avait-il répondu avec un clin d'œil.Ils roulèrent pendant des heures à travers la campagne, fenêtres baissées, laissant l'air chaud de l'été caresser leurs visages. Les champs de blé déroulaient leurs vagues dorées à perte de vue, ponctués çà et là de coquelicots écarlates et de bleuets timides. Des villages de pierre blonde surgissaient au détour des collines, avec leurs clochers romans et leurs places ombragées de platanes centenaires.Christiane, la tête renversée contre l'appui-tête, regardait défiler le paysage avec des yeux émerveillés.« J'ai l'impression d

  • Amour Fortuite    Chapitre 156

    Chapitre 156: La chambre nuptialeLa villa Perrin s'était parée de silence. Les derniers invités s'étaient retirés depuis longtemps, emportant avec eux les échos des rires et des musiques, et ne demeurait plus, sous la voûte étoilée de cette nuit de juin, que le souffle tiède d'un vent caressant les glycines endormies.Dans la chambre nuptiale, préparée avec un soin infini par les domestiques, des pétales de roses blanches et pourpres dessinaient un chemin vers le grand lit à baldaquin, tandis que des bougies parfumées à la vanille et au jasmin projetaient sur les murs des ombres dansantes.Christiane se tenait devant la fenêtre ouverte, les mains posées sur le rebord de pierre. Elle n'avait pas encore retiré sa robe, cette merveille de mousseline et de dentelle qu'une amie modiste avait cousue pour elle durant des semaines, chaque point portant l'empreinte d'une affection sincère.Le voile, déposé sur un fauteuil, scintillait faiblement dans la pénombre.Elle respirait lentement, le

  • Amour Fortuite    Chapitre 155

    Chapitre 155 : Le festin du cœurLe jardin de la villa s'était métamorphosé en un écrin de verdure et de lumières.De longues tables de bois brut avaient été dressées sous une tonnelle de glycines, recouvertes de nappes de lin blanc bordées de dentelle artisanale.Des bouquets champêtres, composés de lavande, de marguerites et d'épis de blé, décoraient les centres de table avec une élégance rustique.Des lanternes en papier de riz pendaient aux branches des arbres, attendant que la nuit tombe pour s'illuminer comme des étoiles captives.Des bougies parfumées à la fleur d'oranger brûlaient sur les rebords des fenêtres, mêlant leur fragrance à celle des roses du jardin.Christiane et Miguel prirent place au centre de la table principale, entourés de Xavier, Juliette, Éloïse et Darius.Les autres invités se répartirent autour d'eux dans un joyeux désordre, impatients de célébrer cette union si longtemps attendue.Le repas avait été confié aux cuisines de la meilleure auberge de la région

  • Amour Fortuite    Chapitre 154

    Chapitre 154 : Les vœux sous le ciel infiniLorsqu'ils sortirent de la chapelle, Christiane et Miguel furent accueillis par une volée de pétales de roses que les invités jetaient à pleines mains. Les pétales tourbillonnaient dans l'air tiède avant de se poser sur leurs épaules, leurs cheveux, le voile de la mariée qui flottait doucement au vent.Le soleil de midi baignait la colline d'une lumière dorée qui rendait tout irréel, comme suspendu dans un tableau de maître. Les champs de lavande ondulaient à perte de vue, exhalant un parfum entêtant qui se mêlait à celui des glycines et des roses. Des papillons blancs dansaient autour des jeunes mariés, ajoutant à la scène une touche de magie.« Regarde, murmura Christiane en désignant le ciel. Même les oiseaux nous saluent. »Une volée d'hirondelles passait à ce moment précis, leurs ailes fines découpant des arabesques dans l'azur. Miguel serra la main de son épouse.« Ce sont nos mères, j'en suis sûr. Elles sont venues nous bénir. »Ju

  • Amour Fortuite    Chapitre 4

    Chapitre 4 : Les unes du scandale (1)À l'autre bout de la ville, dans une tour d'habitation ultrasécurisée qui surplombe les quartiers chics, une silhouette masculine émerge lentement du sommeil. La chambre est plongée dans la pénombre, rideaux occultants tirés sur les fenêtres, et l'air y est lo

  • Amour Fortuite    Chapitres 28

    Chapitre 28: À l'ombre de l'exPenthouse de Madison Lombardie Minuit, cinq jours avant le mariage, elle ne dormait pas. Allongée sur son lit king-size, drapée dans un nuage de satin ivoire, elle faisait défiler son téléphone d'un pouce nerveux.La lueur bleutée de l'écran découpait son visage dans

  • Amour Fortuite    Chapitre 7

    Chapitre 7 : La colère d'un père (2) Il ne l'a pas connue sous ce nom. À l'époque, elle utilisait un nom de scène, un pseudonyme italien qu'elle trouvait plus élégant pour ses concerts. Mais il a reconnu la photo dans le dossier, une petite photo d'identité en noir et blanc où l'on voyait une jeune

  • Amour Fortuite    Chapitre 6

    Chapitre 6 : Le désespoir d'un pèreResté seul dans son bureau, Xavier Perrin reste immobile pendant de longues minutes. La confrontation avec son fils l'a épuisé, plus encore que les négociations les plus difficiles, plus que les conseils d'administration les plus houleux. Il y a une forme de fatig

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status