تسجيل الدخولChapitre 4 : Les unes du scandale (1)
À l'autre bout de la ville, dans une tour d'habitation ultrasécurisée qui surplombe les quartiers chics, une silhouette masculine émerge lentement du sommeil.
La chambre est plongée dans la pénombre, rideaux occultants tirés sur les fenêtres, et l'air y est lourd, chargé d'une odeur de champagne éventé, de parfum capiteux et de transpiration.Miguel Perrin ouvre un œil, puis l'autre. Sa tête est un bloc de douleur. Son palais est un désert. Sa nuque le lance comme si on l'avait frappé avec une barre de fer.
Il se redresse péniblement sur les coudes. Le lit est défait, les draps enchevêtrés. Par terre, une bouteille de vodka vide côtoie une coupe de champagne renversée et des vêtements éparpillés en désordre.
Des vêtements qui ne sont pas tous à lui.
Il tourne la tête vers la droite. Une forme dort à côté de lui, enfouie sous la couette. Des cheveux blonds dépassent de l'oreiller, étalés en éventail. Il ne se souvient pas de son prénom. Il ne se souvient pas de son visage. Il ne se souvient même pas du moment où il l'a rencontrée.
La scène est d'une banalité écrasante. Une nuit de plus. Une conquête de plus. Un trou noir de plus dans sa mémoire.
Il se lève en titubant, enfile un boxer et se dirige vers la salle de bains. Les miroirs lui renvoient l'image d'un homme jeune mais marqué, les traits tirés par l'alcool et l'insomnie, les cheveux bruns en bataille, une ombre de barbe qui noircit sa mâchoire carrée. Il a vingt-quatre ans, mais ses yeux en paraissent trente.
Il ouvre le robinet et se passe de l'eau froide sur le visage. Le contact glacé lui fait du bien. Il reste là, les mains agrippées au rebord du lavabo, la tête penchée, respirant lentement.
Combien de fois a-t-il juré que c'était la dernière ? Combien de matins s'est-il réveillé avec cette même promesse aux lèvres ?
Trop. Beaucoup trop.
Il se redresse et s'essuie le visage avec une serviette. Dans le miroir, son reflet le nargue. Beau, riche, privilégié. Tout ce que les gens envient. Tout ce qui ne sert à rien quand l'intérieur est en ruine.
La fille dans le lit s'agite. Elle émerge à son tour, les paupières lourdes, et lui adresse un sourire ensommeillé qui se veut aguicheur mais ne produit qu'un effet de pitié.
« Hé, toi. Tu es déjà debout ? »
Il ne répond pas. Il cherche son téléphone dans le fatras de la chambre, le trouve sous un coussin, et l'allume. L'écran affiche trente-sept notifications. Appels en absence. Messages vocaux. Emails. Alertes de réseaux sociaux.
Et en tête de liste, un SMS de Darius, son meilleur ami :
« T'as vu les news ? Ton père va te tuer. »
Miguel fronce les sourcils. Il ouvre le navigateur web et tape machinalement le nom de sa famille dans la barre de recherche. Les résultats s'affichent instantanément.
« Le fils Perrin frôle la catastrophe en boîte de nuit »
« Miguel Perrin : la dérive d'un héritier sans limites »
« Photos exclusives : la nouvelle frasque du play-boy milliardaire »
Il clique sur le premier lien. L'article est accompagné d'une série de clichés pris la veille au soir. On le voit à la sortie d'un club, le col de chemise ouvert, les yeux vitreux, un bras passé autour d'une blonde la même, sans doute, que celle qui dort dans son lit. Sur une autre photo, il titube sur le trottoir. Sur une troisième, il échange un baiser avec une autre femme.
Les commentaires sont ouverts, et comme toujours, ils sont impitoyables :
« Un fils à papa qui n'a jamais travaillé de sa vie. »
« Sa pauvre mère doit se retourner dans sa tombe. »« Xavier Perrin devrait le déshériter une bonne fois pour toutes. »
Miguel sent la colère monter, familière et brûlante. Pas contre les journalistes – il les méprise trop pour leur accorder cette importance. Pas contre les commentateurs anonymes – leur avis ne vaut pas un clou. Non, la colère est dirigée contre lui-même, exclusivement contre lui-même, comme toujours.
Il jette le téléphone sur le lit. La blonde se redresse, enfin consciente de sa présence, et tente de lui caresser le bras.
« Tu veux qu'on prenne un petit-déjeuner ? »
« Non. Rhabille-toi et pars. »
Elle ouvre de grands yeux outragés. « Pardon ? »
« Tu as très bien entendu. Prends tes affaires et va-t'en. Laisse ton numéro sur la table si tu veux, mais ne compte pas sur moi pour appeler. »
Elle le fusille du regard, se lève avec une dignité froissée, et ramasse ses vêtements éparpillés. En moins de cinq minutes, elle est habillée et se dirige vers la porte.
« Tu es vraiment un salaud, tu sais ça ? »
« Oui. On me le dit souvent. »
La porte claque. Miguel se retrouve seul dans l'appartement silencieux. Il s'assied sur le bord du lit et prend sa tête dans ses mains.
Chapitre 36: Nouvelles rencontres La pièce était spacieuse, plus grande que tout l'appartement de Christiane. Une fenêtre haute donnait sur les jardins, laissant entrer la lumière déclinante de cette fin d'après-midi.Le mobilier était sobre et ancien : un lit à baldaquin en fer forgé recouvert d'une courtepointe de satin beige, une armoire en bois sculpté, une coiffeuse surmontée d'un miroir au tain piqueté, un petit bureau sous la fenêtre. Un bouquet de fleurs séchées trônait sur la cheminée de marbre, vestige d'un séjour antérieur. Le parquet craquait légèrement sous les pas.C'était joli. C'était même charmant, dans un style suranné. Mais tout, du choix des meubles à l'odeur de renfermé, indiquait que cette chambre n'avait pas été habitée depuis longtemps. Très longtemps.« Cette aile était celle de Madame Héléna, autrefois, » laissa tomber madame Hawthorne, comme si elle devinait les interrogations muettes de Christiane. « Monsieur Xavier n'y a plus touché depuis son décès. »
Chapitre 35: Bienvenue à la villaVilla des Perrin, en fin d'après-midi, la limousine noire franchit le portail monumental en fer forgé avec un ronronnement feutré. De part et d'autre de l'allée, des cèdres centenaires montaient la garde, leurs branches alourdies par la brume d'automne qui descendait des collines environnantes.La demeure apparaissait au loin, majestueuse et glaciale, posée sur le sommet aménagé du domaine comme une forteresse de verre et de pierre blanche.Christiane Perrin, elle portait ce nom depuis quelques heures à peine observait le paysage par la vitre teintée, le cœur serré. Elle avait quitté son modeste appartement du centre-ville dans la matinée, après une nuit de noces passée seule dans son lit de jeune fille. Miguel n'était pas rentré.Il avait disparu après le cocktail, sans un mot, sans un regard, la laissant regagner seule son domicile, encore vêtue de sa robe de mariée qu'elle avait dû dégrafér elle-même devant le miroir de sa chambre vide.La voiture
Chapitre 34: Ils sont à présent marié Au salon de réception de la mairie, une heure plus tard. Un cocktail avait été dressé dans le salon adjacent. Champagne, petits fours, pièce montée. Rien de grandiose, mais tout était luxueux, comme l'exigeait le standing des Perrin. Les invités déambulaient, flûte à la main, échangeant des banalités sur la beauté de la mariée et l'élégance du lieu.Christiane se tenait près de la fenêtre, un verre de champagne intact à la main, les yeux perdus sur le jardin de la mairie. Personne ne lui parlait, à l'exception de Xavier qui s'était approché une fois pour lui demander si tout allait bien. Elle avait répondu oui, mécaniquement.À l'autre bout du salon, Miguel était affaissé sur une banquette, une flûte vide à la main, le visage défait. Darius tentait de lui parler, mais il ne répondait que par monosyllabes. Il n'avait pas adressé un seul mot à sa femme depuis le baiser.« Mon vieux, tu devrais au moins aller la voir, » murmura Darius. « Ne serait-c
Chapitre 33: Un baiser à la volée Elle se plaignit intérieurement pendant cinq minutes santant la honte lui traverser les veines. Soudain, un bruit de pas précipité, une porte latérale qui s'ouvre à la volée. Miguel Perrin fit irruption dans la salle, flanqué de Darius Achebe qui semblait le soutenir à moitié. Il portait un costume de cérémonie bleu nuit, une chemise blanche et une cravate dénouée qui pendait sur son torse. Ses cheveux étaient en bataille, ses yeux cernés, son teint blafard. Il empestait le whisky à trois mètres.Un hoquet collectif parcourut l'assemblée. Xavier Perrin se raidit sur son siège, les jointures blanchies sur le pommeau de sa canne.Darius, avec une efficacité discrète, ajusta la cravate de Miguel, lui glissa deux mots à l'oreille sans doute un encouragement ou une menace amicale puis le poussa doucement vers l'autel. Miguel tituba légèrement, se rattrapa, et vint se planter à côté de Christiane sans la regarder.Le maire adjoint, visiblement soulagé,
Chapitre 32: À la Mairie !À la Mairie centrale, le Samedi à 11 heures. La salle des mariages de la mairie centrale était une rotonde solennelle, tapissée de boiseries dorées et surmontée d'un plafond à caissons d'où pendait un lustre monumental en cristal de Bohême. Des guirlandes de lys blancs et de feuillage avaient été accrochées aux colonnes, des chaises en velours grenat alignées en rangées impeccables, un tapis ivoire déroulé jusqu'à l'estrade où officierait le maire adjoint.Mais la pompe du décor ne pouvait masquer le vide glaçant de l'assemblée.Vingt personnes. Vingt silhouettes dispersées dans une salle qui pouvait en contenir deux cents.Les témoins, des collaborateurs de Xavier Perrin, sanglés dans leurs costumes sombres, affichaient des sourires polis et impersonnels.Quelques membres du conseil d'administration, leurs épouses couvertes de bijoux, chuchotaient entre eux en jetant des regards furtifs vers l'autel. Un photographe officiel rôdait, l'œil vissé à son objec
Chapitre 31: La dernière nuit solitaire.Dans la villa des Perrin, Aile privée de Miguel à la même heure. À l'autre bout de la ville, dans l'immense demeure qui dominait les collines résidentielles, Miguel Perrin était affalé dans son fauteuil Chesterfield, face à la cheminée où crépitait un feu mourant.Il ne portait qu'un pantalon de costume et une chemise blanche ouverte sur son torse, la cravate pendante, les manches retroussées. À ses pieds, une bouteille de whisky entamée au trois quarts, et un verre qu'il vidait et remplissait avec une régularité mécanique.Il ne buvait pas pour le plaisir. Il buvait pour anesthésier.Demain. Demain, il serait un homme marié. Demain, il passerait l'alliance au doigt d'une femme qu'il n'avait pas choisie, devant un parterre d'inconnus et de collaborateurs de son père, sous les flashs des photographes. Le fils prodigue, le playboy déchu, le rebelle dompté.La presse en ferait ses choux gras : « Le mauvais garçon de la finance enfin rangé », « Mi







