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Chapitre 4

Author: KellyKarly
last update publish date: 2025-09-14 20:56:07

Chapitre 4 : Les unes du scandale (1)

À l'autre bout de la ville, dans une tour d'habitation ultrasécurisée qui surplombe les quartiers chics, une silhouette masculine émerge lentement du sommeil. 

La chambre est plongée dans la pénombre, rideaux occultants tirés sur les fenêtres, et l'air y est lourd, chargé d'une odeur de champagne éventé, de parfum capiteux et de transpiration.

Miguel Perrin ouvre un œil, puis l'autre. Sa tête est un bloc de douleur. Son palais est un désert. Sa nuque le lance comme si on l'avait frappé avec une barre de fer.

Il se redresse péniblement sur les coudes. Le lit est défait, les draps enchevêtrés. Par terre, une bouteille de vodka vide côtoie une coupe de champagne renversée et des vêtements éparpillés en désordre.

Des vêtements qui ne sont pas tous à lui.

Il tourne la tête vers la droite. Une forme dort à côté de lui, enfouie sous la couette. Des cheveux blonds dépassent de l'oreiller, étalés en éventail. Il ne se souvient pas de son prénom. Il ne se souvient pas de son visage. Il ne se souvient même pas du moment où il l'a rencontrée.

La scène est d'une banalité écrasante. Une nuit de plus. Une conquête de plus. Un trou noir de plus dans sa mémoire.

Il se lève en titubant, enfile un boxer et se dirige vers la salle de bains. Les miroirs lui renvoient l'image d'un homme jeune mais marqué, les traits tirés par l'alcool et l'insomnie, les cheveux bruns en bataille, une ombre de barbe qui noircit sa mâchoire carrée. Il a vingt-quatre ans, mais ses yeux en paraissent trente.

Il ouvre le robinet et se passe de l'eau froide sur le visage. Le contact glacé lui fait du bien. Il reste là, les mains agrippées au rebord du lavabo, la tête penchée, respirant lentement.

Combien de fois a-t-il juré que c'était la dernière ? Combien de matins s'est-il réveillé avec cette même promesse aux lèvres ?

Trop. Beaucoup trop.

Il se redresse et s'essuie le visage avec une serviette. Dans le miroir, son reflet le nargue. Beau, riche, privilégié. Tout ce que les gens envient. Tout ce qui ne sert à rien quand l'intérieur est en ruine.

La fille dans le lit s'agite. Elle émerge à son tour, les paupières lourdes, et lui adresse un sourire ensommeillé qui se veut aguicheur mais ne produit qu'un effet de pitié.

« Hé, toi. Tu es déjà debout ? »

Il ne répond pas. Il cherche son téléphone dans le fatras de la chambre, le trouve sous un coussin, et l'allume. L'écran affiche trente-sept notifications. Appels en absence. Messages vocaux. Emails. Alertes de réseaux sociaux.

Et en tête de liste, un SMS de Darius, son meilleur ami :

« T'as vu les news ? Ton père va te tuer. »

Miguel fronce les sourcils. Il ouvre le navigateur web et tape machinalement le nom de sa famille dans la barre de recherche. Les résultats s'affichent instantanément.

« Le fils Perrin frôle la catastrophe en boîte de nuit »

« Miguel Perrin : la dérive d'un héritier sans limites »

« Photos exclusives : la nouvelle frasque du play-boy milliardaire »

Il clique sur le premier lien. L'article est accompagné d'une série de clichés pris la veille au soir. On le voit à la sortie d'un club, le col de chemise ouvert, les yeux vitreux, un bras passé autour d'une blonde la même, sans doute, que celle qui dort dans son lit. Sur une autre photo, il titube sur le trottoir. Sur une troisième, il échange un baiser avec une autre femme.

Les commentaires sont ouverts, et comme toujours, ils sont impitoyables :

« Un fils à papa qui n'a jamais travaillé de sa vie. »

« Sa pauvre mère doit se retourner dans sa tombe. »

« Xavier Perrin devrait le déshériter une bonne fois pour toutes. »

Miguel sent la colère monter, familière et brûlante. Pas contre les journalistes – il les méprise trop pour leur accorder cette importance. Pas contre les commentateurs anonymes – leur avis ne vaut pas un clou. Non, la colère est dirigée contre lui-même, exclusivement contre lui-même, comme toujours.

Il jette le téléphone sur le lit. La blonde se redresse, enfin consciente de sa présence, et tente de lui caresser le bras.

« Tu veux qu'on prenne un petit-déjeuner ? »

« Non. Rhabille-toi et pars. »

Elle ouvre de grands yeux outragés. « Pardon ? »

« Tu as très bien entendu. Prends tes affaires et va-t'en. Laisse ton numéro sur la table si tu veux, mais ne compte pas sur moi pour appeler. »

Elle le fusille du regard, se lève avec une dignité froissée, et ramasse ses vêtements éparpillés. En moins de cinq minutes, elle est habillée et se dirige vers la porte.

« Tu es vraiment un salaud, tu sais ça ? »

« Oui. On me le dit souvent. »

La porte claque. Miguel se retrouve seul dans l'appartement silencieux. Il s'assied sur le bord du lit et prend sa tête dans ses mains.

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