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Chapitre 5

Penulis: Roman
last update Tanggal publikasi: 2026-09-09 17:45:17

Chapitre 5

Nolan

Je fixe les documents étalés sur mon bureau, incapable de détacher mon regard des signatures. Son écriture. Fine, appliquée, reconnaissable entre mille. Alina a signé des accords, engagé des fonds, rencontré mes créanciers. Elle s'est immiscée dans mes affaires sans me consulter, sans me demander mon avis.

La colère monte en moi, brutale, incontrôlable. Je froisse une feuille et la jette contre le mur.

— Où est ma femme ? demandé-je à la domestique qui traverse le couloir.

— Dans le jardin, monsieur.

Je sors sans prendre le temps de mettre une veste. Le vent froid me frappe le visage, mais je ne ralentis pas. Je la trouve près de la fontaine, assise sur le banc de pierre, un livre posé sur ses genoux. Elle lève les yeux à mon approche, et son visage pâlit.

— Nolan ? Que se passe-t-il ?

— Que se passe-t-il ? Tu me demandes ce qui se passe ?

Je jette les documents froissés à ses pieds. Elle baisse les yeux, reconnaît les papiers, et son expression change. Elle ne dit rien. Elle ne se défend pas.

— Tu t'es permis de négocier avec mes créanciers ? De signer des accords en mon nom ? De vider tes comptes pour racheter des parts de mon entreprise ?

— J'ai fait ce que je pensais être juste.

— Ce que tu pensais être juste ?

Ma voix claque dans l'air glacé. Elle ne recule pas, mais je vois ses mains trembler sur le livre.

— Je ne t'ai rien demandé, Alina. Je ne t'ai jamais demandé de te mêler de mes affaires.

— Je sais. Mais si je ne l'avais pas fait, tu aurais tout perdu.

— Et alors ? C'était à moi de gérer cette situation. Pas à toi.

Elle se lève lentement, pose le livre sur le banc. Son regard est calme, presque résigné.

— Tu as failli perdre ton entreprise, Nolan. Tes dettes, tes investissements, tes partenaires qui se retiraient... J'ai vu les dossiers. J'ai compris la gravité de la situation.

— Tu n'as rien compris. Tu t'es mêlée de choses qui ne te regardent pas.

— Cette entreprise me regarde. C'est notre avenir. Notre maison. Notre vie.

— Ma vie, corrige-je durement. Mon entreprise. Mon héritage. Tu n'es qu'une étrangère dans cette histoire.

Les mots la frappent de plein fouet. Elle ouvre la bouche, la referme. Ses yeux s'embuent, mais elle ne pleure pas.

— Une étrangère ? répète-t-elle d'une voix blanche.

— Tu ne fais pas partie de cette famille. Tu n'as jamais travaillé, jamais géré, jamais décidé. Tu ne sais rien de la pression que je subis.

— Je sais que tu es au bord du gouffre. Et je sais que je viens de te sauver.

— Me sauver ? En t'humiliant devant mes créanciers ? En quémandant des délais ? En utilisant ton petit héritage pour colmater les brèches ?

— J'ai fait ce que je pouvais avec ce que j'avais.

— Tu n'avais rien à faire. Rien du tout.

Je m'approche d'elle, réduisant la distance entre nous. Elle ne bouge pas, ne détourne pas le regard.

— Tu crois que je vais te remercier ? Que je vais tomber à genoux parce que tu as joué les sauveuses ? Tu te trompes, Alina. Tu n'as fait qu'aggraver les choses.

— Aggraver ? Les créanciers ont accepté de restructurer la dette. Les investisseurs reviennent. L'entreprise est stabilisée.

— Grâce à toi ? Tu crois que tes petites manigances ont sauvé mon entreprise ? Tu te fais des illusions.

Elle secoue la tête, les larmes coulant enfin.

— Pourquoi refuses-tu de voir la vérité ? J'ai agi par amour. Pour toi. Pour nous.

— L'amour ? Tu appelles ça de l'amour ? Moi, j'appelle ça de la manipulation. Du mensonge. De la trahison.

— Je ne t'ai jamais trahi.

— Tu as agi dans mon dos. Tu as signé des documents en mon nom. Tu as rencontré mes partenaires sans m'en informer. C'est une trahison.

Elle éclate d'un rire amer, un rire qui me surprend par sa force.

— Une trahison ? Et toi, que fais-tu depuis cinq ans ? Tu m'ignores, tu m'humilies, tu me méprises. Tu couches avec d'autres femmes et tu rentres à l'aube. Et moi, je suis restée. Je t'ai aimé. Je t'ai attendu. Je t'ai protégé.

— Je ne t'ai jamais demandé de m'aimer.

— Non. Mais tu ne m'as jamais demandé de partir non plus.

Le silence retombe entre nous, lourd, chargé de tout ce que nous ne disons pas. Je la regarde, cette femme que je ne reconnais plus. Elle a changé. Elle n'est plus la jeune fille docile que j'ai épousée. Elle est devenue une femme blessée, mais forte. Une femme qui ose me tenir tête.

Je devrais peut-être l'admirer. Mais je ne ressens que de la colère. De la colère contre elle, contre moi, contre cette situation absurde.

— Rends-moi les documents, dis-je finalement.

— Quels documents ?

— Tous. Les accords, les contrats, les procurations. Je vais les faire annuler.

Elle pâlit davantage.

— Tu ne peux pas faire ça. Les créanciers ont signé. Les investisseurs ont versé des fonds.

— Je vais trouver une autre solution.

— Il n'y a pas d'autre solution. C'était la seule.

— Tu n'en sais rien.

— Je le sais. J'ai passé des semaines à chercher, à négocier, à supplier. J'ai tout essayé.

— Et tu crois que je vais te croire sur parole ?

Elle me fixe, désespérée.

— Je ne te demande pas de me croire. Je te demande de me laisser t'aider.

— Non.

Le mot tombe comme un couperet. Elle ferme les yeux, respire profondément.

— Très bien. Fais ce que tu veux. Mais sache que si tu annules ces accords, tu perdras tout. Et cette fois, je ne pourrai rien faire pour te sauver.

— Je n'ai pas besoin de toi pour me sauver.

— C'est ce que tu crois.

Elle ramasse son livre et s'éloigne sans se retourner. Sa silhouette fragile disparaît dans l'allée du jardin, avalée par les ombres du soir.

Je reste seul, les documents froissés à mes pieds. Le vent siffle dans les arbres, et je frissonne malgré moi.

Je ne veux pas admettre qu'elle a raison. Je ne veux pas voir la vérité en face. Mais au fond de moi, je sais que sans elle, je serais déjà ruiné.

Et cette vérité m'humilie plus que tout le reste.

Je ne supporte pas de lui devoir quoi que ce soit. Je ne supporte pas qu'elle m'ait sauvé malgré moi. Je ne supporte pas qu'elle m'aime encore, après tout ce que je lui ai fait subir.

Alors je préfère la repousser, l'accuser, la détruire. C'est plus facile que de regarder mes propres faiblesses.

C'est plus facile que de reconnaître qu'Alina est la seule personne au monde qui ne m'a jamais abandonné.

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