เข้าสู่ระบบChapitre 4
Alina
Le bureau de Nolan est désert à cette heure de la nuit. Je n'y entre jamais sans raison, mais ce soir, je n'ai pas le choix. La porte était entrouverte, et j'ai vu les dossiers étalés sur la table, les chiffres soulignés en rouge, les notes griffonnées dans la marge.
Je sais que je ne devrais pas regarder. Pourtant, mes doigts tournent les pages, et mes yeux parcourent les colonnes de chiffres. Ce que je découvre me glace le sang.
L'entreprise Vercourt est au bord du gouffre. Des investissements désastreux, des dettes colossales, des partenaires qui se retirent un à un. Si rien ne change dans les prochaines semaines, Nolan perdra tout. La société, la maison, la réputation. Tout.
Je m'assois dans son fauteuil, le cœur battant à tout rompre. L'odeur de son eau de Cologne imprègne encore le cuir. Je pose mes mains à plat sur le bureau, cherchant à me calmer.
Comment a-t-il pu me cacher cela ? Pourquoi ne m'a-t-il rien dit ?
Je connais la réponse. Il ne me parle jamais de ses difficultés. Il ne me parle jamais, tout simplement.
Je referme les dossiers et les replace soigneusement. Puis je sors du bureau, l'esprit en ébullition. Je ne peux pas rester sans agir. Je ne peux pas le regarder sombrer, même s'il ne m'aime pas. Même s'il m'ignore. Même s'il me détruit.
Parce que je l'aime. Et parce que l'amour, parfois, est plus fort que la fierté.
Je passe les jours suivants à passer des appels, à rencontrer des banquiers, à négocier avec des investisseurs. Je n'ai pas d'expérience dans les affaires, mais j'ai autre chose : des contacts. Des amis de mon père, des relations tissées par ma mère, des gens qui me doivent des services.
Je vide mes comptes personnels. Toutes les économies que j'ai accumulées depuis des années, l'héritage de mon père, les bijoux que j'ai vendus en secret. Je rassemble chaque centime et je le mets dans la balance.
— Madame Vercourt, me dit un banquier, vous prenez un risque énorme.
— Je sais.
— Votre mari ne sait pas que vous faites cela, n'est-ce pas ?
— Non. Et il ne doit pas le savoir.
Il me regarde, étonné.
— Pourquoi tant de sacrifices pour un homme qui ne vous voit pas ?
Je souris tristement.
— Parce que je ne sais pas faire autrement.
Les jours passent. Je négocie, je plaide, je m'humilie parfois. Je vais voir des créanciers, des avocats, des partenaires. Je mens, je promets, je supplie. Et peu à peu, les choses bougent. Les dettes sont restructurées, les contrats renégociés, les investisseurs rassurés.
Un soir, je rentre épuisée, les pieds en sang à cause de mes chaussures neuves. Nolan est dans le salon, un verre de whisky à la main. Il ne lève pas les yeux à mon entrée.
— Où étais-tu ? demande-t-il d'une voix distraite.
— Je suis allée voir ma mère.
— Ta mère. Évidemment.
Il ne pose pas d'autres questions. Il ne remarque pas ma fatigue, mes cernes, mon visage défait. Il ne voit rien.
Je monte dans ma chambre et je m'effondre sur mon lit. Les larmes coulent, silencieuses. Je pleure de soulagement, de peur, d'amour. J'ai sauvé son entreprise. J'ai sauvé son héritage. Mais il ne le saura jamais.
Et c'est peut-être mieux ainsi.
Quelques jours plus tard, Nolan rentre plus tôt que d'habitude. Son visage est radieux, presque incrédule.
— Alina, tu ne devineras jamais ce qui s'est passé.
Je lève les yeux de mon livre, feignant la surprise.
— Quoi donc ?
— Les créanciers ont accepté de restructurer la dette. Et un investisseur mystérieux a racheté une partie des actions. L'entreprise est sauvée.
— C'est merveilleux.
Il s'approche de moi, et pour la première fois depuis des mois, il me sourit. Un vrai sourire, chaleureux, presque enfantin.
— Tu ne comprends pas. J'étais au bord du gouffre. J'ai failli tout perdre.
— Mais tu as réussi. Tu t'es battu.
— Oui. Je me suis battu.
Il ne sait pas que c'est moi. Il ne saura jamais que derrière ce miracle se cachent mes nuits sans sommeil, mes économies sacrifiées, mes supplications secrètes.
Mais peu importe. Voir ce sourire sur son visage vaut tous les sacrifices.
— Merci, dit-il soudain.
Je le regarde, surprise.
— Pourquoi me remercies-tu ?
— Pour être restée. Même quand j'étais insupportable.
Les larmes me montent aux yeux, mais je les retiens.
— Je serai toujours là, Nolan. Même si tu ne me vois pas.
Il hoche la tête, mal à l'aise, puis s'éloigne. La distance revient déjà, cette barrière invisible qui nous sépare.
Mais cette nuit, je m'endors avec un sourire aux lèvres. Pour la première fois depuis longtemps, j'ai l'impression d'avoir fait quelque chose de bien. D'avoir été utile à l'homme que j'aime.
Et même s'il ne l'apprend jamais, même s'il ne m'aime jamais, je sais que j'ai fait mon devoir.
Je sais que j'ai été, pendant quelques jours, une épouse digne de lui.
Cette certitude vaut plus que tout l'or du monde. Elle me tient chaud dans cette maison glaciale. Elle me donne la force de continuer à espérer, à aimer, à attendre.
Mais je ne sais pas encore que ce sacrifice en cache d'autres. Que la trahison rôde dans l'ombre, prête à tout engloutir.
Et que mon amour pour Nolan finira par me coûter bien plus que de l'argent.
Chapitre 53NolanLe journal est posé sur mes genoux.Je l'ai trouvé dans le carton. Au fond. Sous les photos. Sous les lettres. Sous les souvenirs. Un petit carnet. Rouge. Usé. Son écriture. Fine. Élégante. Je l'ouvre. Lentement. Mes mains tremblent. Je tourne les pages. Une par une. Chaque ligne. Chaque mot. Chaque silence. Je lis. Je bois. Je souffre.Puis je m'arrête.Une page.Une date.Il y a trois mois. Deux semaines avant l'accident. Deux semaines avant sa mort.« Aujourd'hui. J'ai enfin eu le courage. D'écrire. Ce que je n'arrive pas à te dire. Ce que je n'ose pas te dire. Ce que je veux te dire. Depuis des semaines. Depuis que je le sais. Depuis que je le sens. Depuis que je le porte. »Je fixe la page. Longuement. Les mots dansent. Je les relis. Encore.« Je suis enceinte. De toi. De nous. De notre enfant. Je l'ai appris. Il
Chapitre 52ÉlenaJe marche dans les rayons.Sans but. Sans raison. Juste. Pour m’occuper. Pour ne pas penser. Pour ne pas me souvenir. Pour ne pas ressentir. Les courses. Les couleurs. Les bruits. Les gens. Tout. Tout ce qui peut me distraire. De moi. De mes rêves. De mes souvenirs. De ma vie.Puis je le sens.Une odeur. Douce. Chaude. Familière. Inattendue. Dans ce rayon. Entre les couches. Les biberons. Les petits pots. Les lingettes. Une odeur. De lotion. Pour bébé. Pour nouveau-né. Pour. Mon bébé. Peut-être.Je m’arrête.Mes pieds se figent. Mes mains se serrent. Mon cœur. S’emballe. Trop vite. Trop fort. Je tourne la tête. Lentement. Vers l’étagère. Vers les flacons. Vers cette odeur. Qui me hante. Qui me brise. Qui me détruit.Je saisis un flacon. Je le porte à mon nez. Je respire. Longuement
Chapitre 51NolanLe dossier est posé sur mon bureau.Je l'ai reçu ce matin. Un contact. Un ancien employé de l'hôpital Sainte-Marie. Un homme qui a travaillé aux archives. Pendant des années. Qui a vu. Qui a entendu. Qui sait. Il m'a tout envoyé. Les demandes de consultation. Les refus. Les notes. Les noms. Mais cette fois. Ce n'est pas tout. Cette fois. Il y a plus. Beaucoup plus. Des documents. Des copies. Des preuves. Que je cherchais. Que je craignais. Que je déteste. Mais que je dois voir. Que je dois savoir. Que je dois comprendre.Je lis. Page après page. Ligne après ligne. Mot après mot. Et chaque mot. Chaque ligne. Chaque page. Me détruit. Un peu plus.Puis je m'arrête.Une page.Un rapport médical.Le nom d'Alina. En haut. Son âge. Sa date de naissance. Son adresse. Puis. Les résultats. Les analyses. Les &eacu
Chapitre 50ÉlenaJe pars.Sans prévenir. Sans expliquer. Sans rien. Juste. Une valise. Quelques affaires. Je ne peux plus rester. Pas dans cette ville. Pas dans cet appartement. Pas avec ces murs. Qui me renvoient. Mes rêves. Mes souvenirs. Mes douleurs. Tout. Tout ce qui m’envahit. Depuis des semaines. Depuis toujours. Depuis. Lui.Je monte dans ma voiture. Je démarre. Je conduis. Sans but. Sans destination. Juste. Loin. Très loin. De cette ville. De ces souvenirs. De ces rêves. De tout. Je veux fuir. Les images. Les voix. Les odeurs. Les sensations. Tout. Tout ce qui me hante. Qui me brise. Qui me détruit.La route est longue. Les paysages défilent. Les champs. Les forêts. Les villages. Les villes. Je ne les vois pas. Je ne les regarde pas. Je fixe la route. Les yeux secs. Le cœur lourd. Les mains. Serrées. Sur le volant. Tremblantes. Encore. Toujours. De fatigue. De
Chapitre 49NolanLe témoin est assis en face de moi.Un homme. La cinquantaine. Des yeux fatigués. Des mains qui tremblent. Il ne veut pas être ici. Il ne veut pas parler. Mais il est là. Parce que je l'ai trouvé. Parce que je l'ai forcé. Parce que je ne lâcherai pas. Pas cette fois. Pas après tout.— Vous avez vu quelque chose. Le jour de l'accident. Vous avez vu quelqu'un. Suivre Alina.Il ne répond pas. Il fixe la table. Ses doigts s'entrelacent. Se serrent. Se desserrent. Il a peur. Je le vois. Je le sens. Il a peur de parler. Peur des conséquences. Peur de tout.— Je ne veux pas d'ennuis.— Vous n'aurez pas d'ennuis. Je vous le promets. Je veux juste savoir. Ce que vous avez vu. Ce que vous savez. Rien de plus.Il lève les yeux. Lentement. Il me regarde. Ses yeux. Fatigués. Mais lucides. Il sait. Il sait quelque chose. Quel
Chapitre 48ÉlenaJe la vois.Dans mon rêve. Encore. Toujours. La même. Une femme. Enceinte. Le ventre rond. Les mains posées dessus. Les yeux clairs. Les cheveux sombres. Le sourire. Triste. Doux. Résigné. Peut-être. Elle me regarde. Longuement. Trop longtemps. Comme si elle me connaissait. Comme si elle m'attendait. Comme si elle était. Moi.Je me réveille en sursaut.Mon cœur bat. Trop vite. Trop fort. Ma peau est moite. Mes mains tremblent. Je pose ma paume sur mon ventre. Plat. Vide. Je ferme les yeux. Une seconde. Une éternité. Je revois la femme. Son ventre. Ses mains. Ses yeux. Son sourire. Tout. Tout me revient. Par vagues. Par flashs. Par morceaux.Je la vois. Dans une chambre. Assise. Près de la fenêtre. La lumière entre. Douce. Chaude. Elle caresse son ventre. Elle murmure. Des mots. Inaudibles. Des mots. Pour lui. Pour l'enfant. P







