LOGINLilith
Le pouvoir nouvellement acquis est un vin épais dans mes veines. Chaque âme que je prends pour Azazel laisse en moi un résidu de puissance, une énergie noire qui aiguise mes sens et affûte ma volonté. Mais comme il l'avait prédit, un seul goût rend accro. La petite reine de sang d'une ville ? C'était hier. Aujourd'hui, je veux un trône à l'épreuve des balles et des lois.
Mes nouveaux sens, affinés par la magie noire du pacte, me guident vers les faiblesses du monde. Je traque non plus avec un couteau, mais avec une intuition démoniaque. Et je la sens, de loin, la faille la plus prometteuse : le Président Valerius.
Je l'étudie. Veuf. Charismatique. Assoiffé de stabilité après un premier mandat tumultueux. Il est entouré d'une cour de sycophantes, mais son âme crie sa solitude et sa peur de l'effondrement. Une peur que je peux apaiser. Une faille que je peux combler.
Je ne le rencontre pas dans un salon mondain. Trop prévisible. Je crée une situation. Une attaque terroriste simulée, assez crédible pour semer la panique lors d'un déplacement public, assez violente pour que ses gardes du corps soient débordés. J'ai choisi le lieu, le moment. Je suis là, par "hasard".
Quand l'explosion retentit et que la foule hurle, je ne fuis pas. Je me précipite vers lui. Non pas pour le sauver, mais pour être vue. Je neutralise deux agresseurs à moi, payés pour l'occasion, avec une brutalité et une efficacité qui ne laissent place à aucun doute. Je me place devant Valerius, faisant rempart de mon corps, mon regard braqué sur le chaos, un pistolet à la main que je n'avais pas une seconde auparavant.
Dans le vacarme, nos yeux se croisent. Les siens, pleins du choc et de l'adrénaline du pouvoir menacé. Les miens, d'un calme et d'une détermination absolus. Je suis l'ancre dans sa tempête. Le roc.
— Qui êtes-vous ? halète-t-il, tandis que ses gardes se ressaisissent.
— Quelqu'un qui déteste le désordre, réponds-je, la voix basse mais parfaitement audible.
C'est tout. C'est le premier acte.
Les jours suivants, l'accès à lui est verrouillé. Mais j'ai planté une graine. Je use de mon influence occulte sur des membres subalternes de son cabinet, des âmes faibles que je tords avec un simple regard. Des rapports filtrent, détaillant mon "héroïsme", mon sang-froid. On me présente comme une femme mystérieuse, riche, indépendante, au passé trouble mais aux connexions utiles.
Notre première rencontre officielle a lieu dans son bureau ovale. La pièce est immense, chargée d'histoire et de pouvoir terrestre. Il me remercie, avec la distance protocolaire d'un homme d'État. Mais je sens son regard qui me dissèque, mélange de curiosité et de fascination.
— Le désordre semble vous suivre, mademoiselle, dit-il, un sourire crispé aux lèvres.
— Je l'attire pour mieux le dompter, monsieur le Président, rétorqué-je. Comme vous.
Je ne souris pas. Je le fixe, et j'applique une légère pression, un frémissement de l'énergie que m'a donnée Azazel. Je ne pénètre pas son esprit, je l'effleure. Juste assez pour qu'il se sente compris, vrai, en ma présence. Juste assez pour éveiller un désir confus, celui d'une force qui puisse le soutenir.
Les semaines suivantes sont un jeu délicat. Je me rends indispensable. Une information cruciale sur un rival, obtenue par des moyens qu'il ne questionne pas. Une grève qui s'éteint mystérieusement après que j'ai "parlé" avec les meneurs. Je deviens son fantôme, son atout secret. Je suis la solution à ses problèmes, toujours à la lisière de son champ de vision.
Et puis, il y a Azazel. Il rôde, un spectre impatient.
Tu joues avec ta nourriture, Lilith. C'est fastidieux.
Sa voix dans ma tête est un grattement constant. Une nuit, alors que je quitte une réception où j'ai manœuvré pour me trouver à côté de Valerius à plusieurs reprises, Azazel m'attire dans l'ombre d'un porche. Sa main se referme sur mon bras. La douleur est immédiate, un arrachement d'essence qui me plie en deux.
— Tu me distrais de ma chasse, grogné-je, la sueur perlant à mon front.
— Ta chasse est ma distraction, rétorque-t-il, son visage proche du mien. N'oublie pas l'objectif. Le faire tomber amoureux est une chose. L'épouser en est une autre. Accélère le rythme.
La douleur me fouette, m'aiguillonne. Le lendemain, j'invite Valerius dans un lieu que je contrôle, un jardin privé loin des regards. Sous la lumière de la lune, je laisse tomber le masque de la conseillère froide. Je lui parle de solitude. De la peur qui ronge un leader. Je lui montre une vulnérabilité calculée, un miroir de la sienne.
— Avec vous, je me sens… en sécurité, murmure-t-il, ivre de vin et de confidence.
— Le pouvoir est lourd, réponds-je en posant ma main sur la sienne. Partageons le fardeau.
La proposition de mariage vient de lui, bien sûr. Elle est maladroite, pleine d'espoir. Il voit en moi la compagne forte, la femme fatale qui peut consolider son héritage et protéger ses arrières. Il ne voit pas le monstre. Il ne sent pas Azazel rôder, affamé, derrière chaque sourire que je lui offre.
Quand j'accepte, un frisson de triomphe me traverse, aussitôt suivi par la morsure glaciale d'Azazel dans mon esprit.
Enfin. Le piège est prêt. Maintenant, prépare-toi. Le jour de tes noces, notre pacte prendra une nouvelle dimension. Je viendrai chercher mon dû.
Je regarde la bague de fiançailles, un diamant énorme et froid. Elle scintille, promettant un pouvoir sans limite. Mais je sens déjà le poids de l'autre anneau, invisible, celui qui me lie à une faim bien plus ancienne. Le jeu est en place. La proie dorée est séduite. La vraie cérémonie va commencer.
LilithJe suis vieille, maintenant. Mes cheveux sont blancs, mes mains sont ridées, mon dos se voûte un peu quand je marche. Le temps a fait son œuvre, lentement, inexorablement, comme il le fait pour tous les mortels.Je n'ai aucun regret.Je suis assise sur la terrasse de ma villa, à Naples. La même que j'ai louée il y a trente ans, quand je fuyais le poids du choix. Je l'ai achetée, finalement. Elle est devenue mon refuge, mon port d'attache, le lieu où je viens me reposer des tempêtes.La mer est calme aujourd'hui. Le soleil est doux. Le parfum des citronniers monte du jardin, se mêle à l'odeur du sel.Dante est à côté de moi. Il a vieilli, lui aussi. Ses cheveux sont gris, ses rides profondes, mais ses yeux sont toujours les mêmes. Ces yeux sombres qui m'ont regardée avec amour, même dans les pires moments.— Tu te souviens ? dit-il.— De quoi ?— De tout. Du jour où je suis revenu d'exil. De ta tête quand tu m'as vu sur le pas de la porte. Tu avais l'air d'avoir vu un fantôme.—
LilithLa douleur est indescriptible. Une vague qui monte, qui monte, qui submerge tout. Mon corps est un champ de bataille, et je suis en train de perdre la guerre.— Respirez, madame Moretti. Respirez.La sage-femme a une voix calme, posée, rassurante. Elle en a vu d'autres. Des centaines, des milliers de femmes hurlant, suant, poussant. Mais pour moi, c'est la première fois.Dante est à côté de moi. Il me tient la main, il éponge mon front, il murmure des mots que je n'entends pas. Je vois dans ses yeux une peur immense, une peur qui n'a rien à voir avec les guerres de clans et les embuscades. La peur de me perdre. La peur de perdre l'enfant.— Poussez. Encore. Plus fort.Je pousse. Je hurle. Mes doigts s'enfoncent dans la main de Dante, mais il ne dit rien, il ne recule pas, il reste là, solide comme un roc.Et soudain, un cri. Un cri qui n'est pas le mien. Un cri aigu, perçant, furieux d'être expulsé de la chaleur du ventre maternel pour être jeté dans le froid du monde.— C'est
LilithNaples est belle au printemps. Les citronniers sont en fleurs, la mer est calme, et le soleil caresse la terrasse de notre maison comme un vieil ami.Nous sommes mariés depuis un mois. Un mois de paix, de rires, d'amour. Un mois sans réunions de crise, sans stratégies, sans menaces. Juste nous deux, le ciel bleu, les ruelles blanches, et le bruit des vagues.Dante m'a emmenée visiter les lieux de son enfance, mais aussi ceux de la mienne. Parce que mon enfance, je ne l'ai jamais vraiment eue. Mon père m'a élevée comme un soldat, pas comme une petite fille. Je n'ai jamais joué à la poupée, jamais couru après un ballon, jamais pleuré pour un genou écorché. J'ai appris à tirer avant d'apprendre à lire. J'ai appris à mentir avant d'apprendre à sourire.Alors Dante m'offre une enfance de rattrapage.Nous mangeons des glaces sur le port, comme des adolescents. Nous nous promenons main dans la main dans les marchés, goûtant les olives, le fromage, le pain tout juste sorti du four. Nou
DanteAujourd'hui, elle m'a dit oui.Pas le oui d'une alliance, d'un traité, d'une stratégie. Le oui d'une femme à un homme. Le oui d'un cœur à un autre cœur. Le oui qu'elle a refusé à un démon, et qu'elle m'offre, à moi, simple mortel.La cérémonie est intime. Rien à voir avec les fastes des mariages mafieux d'autrefois, ces parades de pouvoir déguisées en célébrations. Juste nous, nos proches, et le vieux cyprès du jardin.Lilith porte une robe blanche. Du blanc. Lilith Moretti en blanc. Si quelqu'un m'avait prédit cela il y a un an, je lui aurais ri au nez. La Dame de Fer, la veuve noire, la stratège impitoyable, vêtue comme une promise d'un autre temps.Elle est belle. Plus que belle. Elle est lumineuse. Ses cheveux sombres tombent en vagues sur ses épaules. Ses yeux, ces yeux que j'ai vus si durs, si froids, sont aujourd'hui pleins d'une douceur que je ne leur connaissais pas.Marco est mon témoin. Il se tient à côté de moi, raide comme la justice, mais je vois ses yeux briller.
LilithJe rentre chez moi. Dans ma ville, mon manoir, mon territoire. La décision est prise. Je la sens en moi, solide comme une ancre, claire comme une eau de source.Azazel m'attend dans le jardin. Il est adossé au vieux cyprès, celui que mon père a planté le jour de ma naissance. Ses yeux ambrés brillent dans la nuit tombante.— Tu as pris ta décision, dit-il.Ce n'est pas une question.— Oui.— Et ?Je m'approche de lui. Mes pas sont lents, mesurés, mais je ne tremble pas.— Je refuse.Le silence s'installe. Lourd. Dense. Chargé de tout ce qui ne sera jamais.— Pourquoi ?Sa voix est calme, mais je perçois une fêlure, une faille dans l'armure de glace.— Parce que je ne veux pas de ton éternité, Azazel. Je ne veux pas régner sur les Enfers. Je ne veux pas regarder tous ceux que j'aime mourir, encore et encore, pour toujours. Je ne veux pas devenir comme toi.— Comme moi ?— Seul. Coupé des vivants. Condamné à errer dans les ténèbres, à contempler un monde qui n'est pas le tien.Il
LilithJe ne supporte plus le manoir. Ses murs chargés d'histoire, ses pièces remplies de fantômes, ses couloirs où résonnent encore les pas de mon père. J'étouffe.Alors je pars. Seule. Sans escorte. Sans prévenir personne, sauf Vittoria.Naples m'accueille avec sa chaleur, ses odeurs, sa folie douce. La ville de mes ancêtres, celle que mon père évoquait les soirs de mélancolie, quand le cigare se consumait lentement et que son regard se perdait dans le passé. Une ville que je n'ai jamais vraiment connue, mais qui coule dans mes veines comme un sang plus ancien que celui des Moretti.Je loue une petite maison dans les hauteurs, loin du bruit, loin du chaos. Une maison blanche aux volets bleus, avec une terrasse qui donne sur la mer. Le propriétaire est un vieil homme qui ne me reconnaît pas, qui ne me demande rien. Je suis juste une étrangère de passage, une femme seule qui cherche le silence.Le premier jour, je ne fais rien. Rien du tout. Je m'assois sur la terrasse, je regarde la
LilithL'endroit sent la sueur séchée, la rouille et la pluie ancienne. Je marche sans bruit dans l'entrepôt désaffecté, mes pas absorbés par l'immensité vide. Chaque sens est en alerte. Il est là. Adossé à un pilier, comme une extension des ténèbres. Azazel. Il n'a pas l'air d'avoir été affecté pa
LilithLa puissance nouvellement acquise est un vin épais dans mes veines. Je la sens, cette énergie volée, qui couve au creux de mon être, prête à se déchaîner. Mais Azazel avait raison : un seul goût rend accro. Ce n’est jamais assez. L’ombre que je projette doit s’étendre, devenir si vaste qu’el
Lilith Il incline la tête, amusé. — Azazel, dit‑il enfin, et le nom roulé sur sa langue a quelque chose de rauque, comme une promesse et une menace. — J’ai entendu parler d’une femme qui gouverne par le sang. Je voulais voir si la légende vivait à la hauteur de sa réputation.Mon sang se glace e
LilithLa ville ronfle encore sous la pluie, mais je ne vais pas dormir. Le sang sèche dans mes ongles ; il colle comme un souvenir qu’on ne peut décoller. J’entre dans mon antre : un bar que je possède par demi-mot et violence, une arrière-salle où mes hommes parlent moins qu’ils n’obéissent. La l







