LOGINLisa arriva peu de temps après avec nos salades, l'odeur fraîche des ingrédients emplissait l'air. Nous allâmes les manger rapidement dans le bureau. Je jetai un rapide coup d'œil à l'heure. Le rendez-vous approchait. Et avec lui...Monsieur Grayson.
— Tu as une cliente ou tu participes au rendez-vous ? demandai-je. Ne me laisse pas seule. — Je n'ai rien avant quinze heures, alors je peux me joindre à toi. Une idée de ce que ce type veut ? — Absolument pas. Comme je te l'ai dit, son appel était... disons, étrange. — Pourvu que ce ne soit pas un vieux poilu bedonnant, dit-elle avec dégoût. Je déteste masser les hommes pleins de poils. Elle éclata de rire en voyant mon visage, qui, clairement, pensait la même chose. D'accord, il faut avoir la vision... disons qu'il y a mieux. La petite clochette de la porte de l'institut retentit. — Peux-tu les accueillir pendant que je ramasse...tout ça ? — Bien sûr, » répondit Lisa en se dirigeant vers notre rendez-vous mystérieux. — Messieurs, bonjour, je suis Lisa. Comment puis-je vous aider ? Ils sont deux, me dis-je en les entendant du bureau. —Monsieur Grayson, nous avons rendez-vous avec Madame Mitchel, dit l'un des deux hommes. — Bien sûr, suivez-moi, nous allons nous installer dans le bureau. J'entendis l'un d'eux murmurer à l'autre : — Ça va, c'est sympa ici. Je m'attendais à un institut à l'ancienne, qui sent Shalimar de Gerlain. L'autre rit à sa blague de mauvais goût. Putain, ils nous prennent pour de cougards ou quoi ? c'est qui ces cons ? Ce rendez-vous promettait d'être sympathique. J'enfilai mon masque de femme d'affaires. Pas question de me faire démonter par deux trous du cul machos et leurs stéréotypes à la con. — Monsieur Grayson, bonjour, dis-je en lui tendant la main. Il leva à peine les yeux de son téléphone pour me saluer ce qui m'irrita d'autant plus. Je décidai de lui faire lever les yeux en lui serrant la main de toutes mes forces. Quel crétin, pensai-je. PUTAIN DE MERDE ! Mon cœur loupa un battement quand je le reconnus. C'était lui. L'accompagnateur de Victoria. Celui sur qui mes yeux s'étaient attardés bien trop longtemps la veille au restaurant. La masterclass du plus beau cul. Il releva enfin les yeux après ma poigne un peu trop musclée. Son regard croisa le mien une fraction de seconde de plus que nécessaire, sans insistance, sans surprise visible non plus. Juste... attentif ? Comme s'il enregistrait une information sans encore savoir quoi en faire. Je ne suis pas sûre qu'il m'ait reconnue. Tant mieux. — Merci de nous recevoir, Madame Mitchel...dit-il en se dégageant de ma poigne de cowboy. — Appelez-moi Calie, le coupai-je, un peu trop brusquement. Un rictus discret se dessina au coin de ses lèvres. Pas un sourire, mais plutôt quelque chose de contenu. — Asseyez-vous, dis-je en désignant les chaises en face de mon bureau. L'espace n'était pas très grand, mais la décoration était épurée et accueillante : parquet en bois clair, meubles blancs, petites plantes vertes quelques bougies qui évoquaient à la fois sensualité et apaisement. C'était exactement ce que nous proposions ici, chez H&B. (Harmonie&beauté) — Qu'est-ce qui vous amène, Monsieur Grayson ? demandai-je en posant mes avant-bras sur le bureau, croisant les doigts comme pour me donner un air de...de quoi d'ailleurs ? — D'abord, laissez-moi vous présenter mon associé, Matt Grayson... Je le coupai, impatiente — Un lien de parenté ? Mais qu'est ce que t'en as foutre. Les deux hommes se toisèrent brièvement. L'air agacé de Monsieur Grayson face à mes interruptions contrastait avec l'expression de Matt, visiblement amusé, presque détendu, comme s'il savourait la scène. Devon, lui, ne dit rien. Il attendait, observateur. — Comme j'allais vous le dire, Calie... Il insista légèrement sur mon prénom, comme si c'était calculé. J'arquai un sourcil, l'invitant silencieusement à poursuivre. — Voici mon demi-frère Matt, avec qui je suis associé. Ce que nous recherchons est plutôt simple. Il marqua une pause, pas pour me dominer. Mais plutôt pour jauger ma réaction. — Nous aimerions que plusieurs de nos employées bénéficient de vos services deux fois par mois. Je l'écoutai attentivement, intriguée, tout en percevant parfaitement son masque de businessman. — À intervalles réguliers. C'était une proposition inhabituelle. — Quel type de prestations exactement et dans quel but ? demandai-je aussitôt. — Ce que vous proposez : manucure, massages complets du corps toutes les deux semaines. Disons que c'est une façon généreuse de maintenir le moral des troupes. Son ton était calme et trop sûr de lui. Ça m'agaçait. — Je vais être honnête avec vous, Monsieur Grayson. Officiellement, notre agenda ne nous permet pas de prendre de nouvelles clientes. Je me levai pour signaler la fin de l'entretien, jetant un coup d'œil à ma montre. — Et officieusement ? Sa voix me fit me retourner net. Matt lança à Devon un regard surpris. Devon, lui, ne détourna pas les yeux. — Pardon ? manquai-je de me prendre la porte au passage. — Officieusement, seriez-vous disponible si nous doublons le tarif des prestations ? Voilà, le requin. — Combien d'employées ? — Quatre. Je réfléchissais déjà, même si je refusais de me l'avouer. — Je vous laisse y penser, Calie. Il me tendit sa carte sur laquelle était inscrit 'Darknight Club'. En la prenant entre son index et son majeur, je remarquai malgré moi ses mains. Grandes. Longs doigts. Ongles impeccables. Quelques veines apparentes. Son cul et maintenant ses mains, soupira ma petite voix intérieure. — Je vais y réfléchir, dis-je en me forçant à rester professionnelle alors que j'avais déjà pris ma décision. Rêve mon pote. Je les raccompagnai vers la sortie. Matt me serra la main tout en répondant déjà au téléphone. Devon, lui, s'arrêta un court instant. Il me regarda vraiment cette fois. — Au fait, moi c'est... — Devon. Je sais, j'ai reconnu vos...Je vous ai reconnus. Je l'avais encore coupé. Et j'avais failli dire vos fesses. Son regard s'assombrit légèrement, amusé, presque imperceptiblement. — Dans ce cas, dit-il simplement, à bientôt, Calie. Ce n'était ni une promesse ni une menace. Plutôt une certitude. Je retournai voir Lisa dans le bureau, le cœur un peu trop rapide. — Qu'est-ce que tu en penses ? lui demandai-je avant la prochaine prestation. — Officiellement, tu l'as dit, c'est impossible. Officieusement... ça se tente, non ? Je veux dire, c'est du fric facile. L'institut est fermé les dimanches et lundis, ça nous laisse une marge de manœuvre. J'écoutais attentivement ses remarques, pesant le pour et le contre. — Est-ce que ton salaire est trop bas ? lui demandai-je, curieuse. — Non, mon salaire est tout à fait confortable. Mais pourquoi se priver de plus, sérieusement ? Je ris, amusée. — Tu marques un point. En réalité, je n'avais aucune raison d'accepter cette offre. D'autres salons proposaient ce que Lisa et moi faisions. L'argent n'était pas un problème, et notre emploi du temps était déjà bien chargé. — Écoute, Lisa, nous n'avons aucune raison d'accepter, ni même de bouleverser nos emplois du temps pour satisfaire les leurs. Je vais décliner, de toute façon ils ne m'inspirent pas confiance. — C'est toi le boss, mais avoue quand même qu'ils sont canon, dit-elle avec un sourire et un clin d'œil complice. Ils ne sont pas canon, ils sont arrogants.Quelques mois plus tard.J’avais rendu les clés de mon appartement un lundi matin, sans drame ni nostalgie excessive. Je n’aurais jamais cru être capable de le faire il y a plusieurs mois.Quelques cartons dans le coffre, un dernier regard rapide, puis j’étais repartie.La vérité, c’est que je n’y vivais déjà plus vraiment. Je passais le plus clair de mon temps chez Devon, et vivre avec lui ce n’était pas juste partager un espace.C’était accepter une intensité constante. Des chauds froids à répétitions, des nuits trop courtes, des horaires décalés, des silences et des regards qui disaient tout sans un mot.C’était vivre avec un homme qui prenait toute la place sans jamais chercher à l’imposer, mais qui vous faisait passer avant toutes choses.Et j’en étais folle.***Ce samedi-là, je rentrai de l’institut un peu fatiguée mais légère. Une bonne journée, productive, sans accroc, des rires et du fun. J’adore mon job. Quand j’ouvris la porte, je sentis immédiatement sa présence. La mus
Le bain m’avait fait un bien fou.Quand Devon rentra enfin avec les courses, j’étais enroulée dans une serviette, les cheveux encore humides, beaucoup trop détendue pour faire semblant d’être stressée par le dîner à venir.Il posa les sacs sur le plan de travail et me détailla de haut en bas sans la moindre gêne.« Tu comptes rester comme ça ou tu veux vraiment qu’on soit en retard ? »Je haussai un sourcil. « Je pensais pourtant que tu aimais quand je prenais mon temps... » Il ricana, sortant une bouteille de vin du sac.« Ce soir, je vais surtout aimer survivre à Matt et Lisa réunis dans la même pièce. »Je m’habillai pendant qu’il vidait les sacs, commentant à voix haute chaque choix.« Pourquoi on a pris trois oignons ? »« Parce que Matt mange comme s’il nourrissait une famille de six. »« Et ça ? »« C’est pour Lisa, elle adore ça. » Je levai les yeux au ciel en riant.La cuisine se transforma rapidement en champ de bataille organisé. Devon s’occupait de la viande, moi des légum
Je me réveillai avant lui, mais ce n’était pas étonnant. Nos réveils risquaient eux aussi d’être décalés avec ses horaires. La lumière du matin filtrait doucement à travers les rideaux, dessinant des ombres pâles sur les murs. Devon dormait encore, étendu sur le ventre, un bras abandonné de mon côté du lit, l’autre coincé sous l’oreiller.Je restai quelques secondes à l’observer. Il avait l’air détendu et plus serein, comme si quelque chose en lui s’était enfin relâché. Et je compris que ce n’était pas seulement la nuit qui l’avait apaisé. Je me glissai délicatement hors du lit sans le réveiller, attrapant un de ses t-shirts au passage.La cuisine était silencieuse, baignée par cette ambiance un peu floue des débuts de journée. Je lançai la machine à café et m’appuyai contre le plan de travail, encore à moitié endormie. Derrière moi, j’entendis des bruits de pas nus sur le carrelage.« Tu fuis ? » marmonna-t-il, la voix encore rauque.Je souris sans me retourner.« Non. Je prends de
Point de vue de Calie Ça y est, nous y étions.Je reprenais aujourd’hui, et j’étais impatiente. Le bruit familier de l’institut m’enveloppa dès que je franchis la porte. Le décor, la musique douce en fond, l’odeur mêlée des huiles essentielles… Tout était exactement à sa place comme si rien ne s’était passé.Et pourtant, moi, je n’étais plus tout à fait la même.Je déposai mon sac dans le bureau, pris une seconde pour respirer et me faire couler un café. Mon cœur battait calmement, les angoisses avaient disparues. Pas de tension non plus, seulement la sensation étrange d’être revenue dans un lieu que je connaissais par cœur, avec un regard neuf.« Regardez-moi ça… »Je tournai la tête, Lisa était appuyée contre le chambranle de la porte, les bras croisés et un sourire beaucoup trop satisfait accroché aux lèvres.« Quoi ? » demandai-je en retirant ma veste.« Tu rayonnes ! » Elle me détailla sans la moindre retenue.« J’en connais une qui a passé une bonne nuit. »Je roulai des yeux
« Viens, on va prendre le petit déjeuner. »Je me levai à contrecœur, attrapai un caleçon et l’enfilai avant de me diriger vers la cuisine. Elle me suivit quelques secondes plus tard, pieds nus sur le parquet, les cheveux en bataille, encore marquée par la nuit.Je lançai la machine à café pendant qu’elle s’installait sur le plan de travail, les mains posées de chaque côté d’elle, m’observant comme si j’étais un spectacle du matin.« Tu sais que tu es très sérieux le matin ? » dit-elle.Je sortis deux tasses sans la regarder.« Faux. Je suis concentré. »« Si ça te fait plaisir de le croire. »Je levai enfin les yeux vers elle. Elle avait ce petit sourire tranquille, celui qui me pousse à répondre alors que je devrais me taire.Je lui tendis une tasse.« Bois ça. »Elle prit une gorgée, puis me fixa par-dessus le bord. Son regard avait changé. Moins joueur, plus… précis. Et là, je sentis que quelque chose basculait, subtil. Elle avait quelque chose en tête.« Hier soir… » commença-t-e
J’ouvris les yeux avant elle, tandis que la lumière du matin filtrait à travers les rideaux. Une lumière douce, presque timide.Le silence était apaisant, et je n’avais pas ressenti ça depuis longtemps.Calie dormait toujours contre moi, enroulée dans mon t-shirt, une jambe passée par-dessus la mienne sans la moindre gêne.Je restai immobile un instant, observant sa respiration régulière, la façon dont ses cheveux s’éparpillaient sur l’oreiller. Elle avait l’air sereine.Et ça… ça me faisait quelque chose d’étrange dans la poitrine.Je dormais mal ces dernières semaines et pourtant, cette nuit, j’avais sombré sans lutter.Je glissai doucement ma main dans son dos. La toucher était plus fort que moi.Elle remua légèrement, grogna quelque chose d’incompréhensible et se rapprocha encore plus, comme par réflexe.Ce petit geste me fit sourire.Quelques minutes plus tard, elle entrouvrit les yeux.« Hum… il est quelle heure ? » marmonna-t-elle, la voix encore rauque.« Assez tard pour que
Point de vue de CalieNous étions à J-1 du retrait de mon plâtre, et j’étais surexcitée. Même si je commençais à m’y habituer et à bien maîtriser les béquilles, j’avais terriblement hâte de remarcher normalement. Mon corps n’était plus aussi douloureux qu’au début, même si, parfois, mes côtes me
Les derniers jours à l’hôpital sont passés plutôt vite. J’avais eu de la visite tous les jours, et je n’avais pas vu le temps passer. Scott est venu me rendre visite plusieurs fois. C’était léger, comme avec un ami de longue date. Qui l’aurait cru il y a encore peu de temps ?Lisa passait chaque s
« Lara, c’est son amour de jeunesse, la seule femme qu’il n’ait jamais aimée. Elle est morte dans un accident de voiture. »« Oh. » C’était le seul mot qui sortit de ma bouche après cette révélation. Devon n’avait jamais parlé d’elle, ni même évoqué son souvenir. Il avait brièvement mentionné son
Le médecin avait parlé de quelques heures et je voulais être là quand ils autoriseraient les visites. Je me suis rassis et Matt en a fait de même. « Est-ce que quelqu’un a prévenu ses parents ? » demandai-je soucieux. « Lisa s’en est chargée, ils sont en route mais ils n’étaient pas sur le contin







