Mag-log inDevon
Devon Parfait. Mon petit tour de passe-passe avait parfaitement fonctionné. Son amie était partie sans poser de questions. Je m'installai sur le tabouret en face d'elle, fis signe à Drake de remplir mon verre, puis pris une gorgée du liquide ambré sans jamais la quitter des yeux. Elle me regardait comme si j'étais cinglé. Ça m'amusait. — Alors, Calie, le club te plaît ? Je sentais qu'elle était déstabilisée. Après avoir évincé son employée comme si de rien n'était, j'avais décidé de continuer sur ma lancée et de la tutoyer. — Pas vraiment le genre d'endroit que je fréquente, répondit-elle en buvant une gorgée de vin avant de détourner le regard. Évidemment. Une petite reine de la beauté comme elle devait trouver ce genre de lieu bien trop sombre. Quel dommage. Elle pourrait pourtant s'y amuser. — J'ai réfléchi à ta proposition, Devon. Elle entrait dans mon jeu. Elle me rendait mon tutoiement, m'appelait par mon prénom. Ça promettait d'être intéressant. — Et alors ? — Malheureusement, ça ne va pas être possible. Merde. Je ne m'attendais pas à ça. — Pourquoi ? — Pour plusieurs raisons, répondit-elle. Nous n'avons tout simplement pas le temps. Je te l'ai dit, nos agendas sont complets. Nous ne prenons pas de nouveaux clients. — Et les autres raisons ? insistai-je, intrigué. Si je ne fais pas durer la conversation, elle va juste s'enfuir pour retrouver son amie. Elle jouait nerveusement avec le pied de son verre. Un instant, je m'arrêtai pour observer ses mains parfaitement manucurées. Un rose clair, souligné d'un fin liseré blanc. Elle avait une grâce naturelle qui me frappa sans prévenir. — L'autre raison, c'est que cela empiéterait sur nos jours de congé. Et pour conclure, même si vous payiez double, je n'ai pas besoin d'argent. Néanmoins, je te remercie pour ta proposition. Elle s'était déjà levée pour partir. Sans trop comprendre pourquoi, j'attrapai son poignet. À court d'argument. Son regard se posa d'abord sur ma main, puis remonta jusqu'à moi. — Lâche-moi ! grogna-t-elle. Je la lâchai. Je la regardai franchir les deux grandes portes de mon club, sans comprendre ce qui m'avait pris. Et, en prime, elle venait de refuser mon offre. Encore. Je fis signe au barman de me resservir avant de retourner m'asseoir, d'une humeur de chien, à côté de mon frère qui s'amusait avec une danseuse. — Alors, elle a accepté ? lança Matt, tandis que la danseuse se frottait à lui comme une chatte en chaleur. — Non, lâchai-je sèchement. Il dut sentir que je n'étais pas d'humeur, parce qu'en moins de deux, il se retrouva à côté de moi, pendant que Kim, la danseuse, retournait sur scène avec un air vexé. — Qu'est-ce qui s'est passé ? Raconte. Je lui résumai ma brève conversation avec Calie, sans évoquer mon geste que je ne comprenais toujours pas moi-même. — Je crois qu'elle se tape ce crétin des logiciels de vidéosurveillance. — Scott ? Tu crois qu'il lui a parlé de nous ? — J'en sais rien, répondis-je. Je ne savais même pas pourquoi cette situation m'agaçait autant. Je n'avais pas l'habitude qu'on me dise non. Je devais tenter autre chose. Et si elle refusait encore... peut-être que j'appellerais Scott. Et puis quoi encore ? Putain, je m'égare complètement. Mon frère m'observait comme si je racontais n'importe quoi. — Je ne comprends pas pourquoi tu as l'air aussi déçu par son refus, ni pourquoi tu insistes autant. Il y a plein d'autres instituts, Devon. Il avait raison. Et pourtant... c'était avec elle que je voulais travailler. Elle était intrigante. Rares étaient les femmes qui m'avaient déjà dit non. D'habitude, c'était plutôt moi qui refusais. — Je vais y aller, conclus-je, plus sec que je ne l'aurais voulu. On se retrouve demain soir. Appelle-moi s'il y a quoi que ce soit. Je récupérai ma veste en cuir et mon casque dans mon bureau, puis sortis par la porte du personnel. Dès que j'enfourchai ma bécane, le besoin de m'éloigner s'imposa. Je roulai comme un fou jusqu'à mon appartement, non loin du centre-ville, sans même penser au nombre de verres que j'avais bus. J'ouvris la porte comme un ado mal luné et la refermai d'un coup de pied sec. Quelle réaction stupide. Mais j'étais trop perturbé par le refus de Calie pour m'en soucier. Je jetai mes clés sur le meuble de l'entrée, accrochai ma veste sans ménagement, retirai mes bottes à la va-vite. Puis j'attrapai mon téléphone et lui envoyai un message. Devon 23:45 Je te propose un essai. Un mois. Si c'est trop pour toi, on laisse tomber. En attendant une réponse, j'allai prendre une douche. L'eau chaude n'apaisa rien de ma frustration. Dix minutes plus tard, une serviette autour des hanches, je vérifiai mon téléphone. Rien. Je m'allongeai sur mon lit, l'esprit encore occupé par Calie et son refus. Elle devait dormir... ou être en train de baiser avec ce crétin de Scott. Elle te ghost, pauvre con. Tu l'as fait flipper. L'idée m'agaçait plus que je ne voulais l'admettre. Dans l'obscurité de la chambre, une question revenait sans cesse. Pourquoi ça me perturbe autant ? Ce n'est qu'une femme... Ou peut-être pas. J'ai dû m'endormir peu après. En éteignant mon réveil, je constatai que Calie n'avait jamais répondu à mon message. Bon sang...Cette fille avait le don de mettre ma patience à rude épreuve. Ok, ma belle. Tu veux jouer ? On va jouer. Je cherchai son site internet sur mon téléphone, cliquai sur le lien des réservations et parcourus les créneaux disponibles pour un massage dans la journée. Bingo. Je remplis le formulaire, validai un massage complet du corps, histoire de la mettre encore plus mal à l'aise, choisis un faux nom et attendis le mail de confirmation. Il était neuf heures. Mon rendez-vous était fixé à dix heures trente. L'e-mail ne se fit pas attendre. Un sourire satisfait étira mes lèvres tandis que je posais mon téléphone sur la table de nuit avant de me diriger vers la douche. Je m'habillai rapidement : jean noir, t-shirt sombre, veste en cuir. J'avais un peu de temps à tuer avant le rendez-vous. Café. Toast aux œufs. Brossage de dents. Quarante minutes plus tard, j'enfourchai ma bécane en direction de H&B. Je me garai à quelques mètres de l'institut pour éviter que le grondement du moteur ne trahisse mon arrivée. Une cigarette. Une pastille à la menthe puis j'entrai, un sourire soigneusement contenu aux lèvres. — Mesdemoiselles. lançai-je, de mon plus beau sourire. Les deux levèrent la tête de leurs tâches. Calie s'approcha du comptoir et consulta l'agenda sur son écran. — Laisse-moi deviner... Madame Harris ? Tu es mon rendez-vous de dix heures trente, dit-elle, légèrement agacée mais toujours professionnelle. Je haussai un sourcil. — C'était si évident que ça ? — Je crois que je commence à cerner le personnage. Tu as réservé un massage complet, c'est un soin très agréable, tu verras. Suis-moi, on va s'installer.Calie Je me réveillai avant lui et restai quelques secondes à l'observer dormir, étendu sur le ventre, un bras abandonné de mon côté du lit, l'autre coincé sous l'oreiller. Il avait l'air détendu et plus serein, peut-être parce que nous étions chez lui et que n'était pas seulement la nuit qui l'avait apaisé, mais le lieu où il se trouvait. Je me glissai délicatement hors du lit sans le réveiller, attrapant un de ses T-shirts au passage. La cuisine était silencieuse, baignée par cette ambiance un peu floue des débuts de journée. Je lançai la machine à café et m'appuyai contre le plan de travail, encore à moitié endormie. Des bruits de pas nus sur le carrelage attirèrent mon attention. Sa machine à café faisait un bruit de Boeing 720 en plein essai. — Tu fuis ? marmonna-t-il, la voix encore rauque. Je souris sans me retourner. Je l'entendis approcher, puis ses mains se posèrent sur mes hanches, son visage vint se nicher dans mon cou. Son corps était encore chaud de sommeil, sa barb
19 h 20. Institut fermé. Lisa s'affala sur la chaise en face de moi en soupirant bruyamment. — Bon, verdict ? Je relevai les yeux de mon planning. — Verdict de quoi ? — De ta reprise, de vous, de tout, quoi. — Verdict : je vais bien. Très bien, même. Elle plissa les yeux pas convaincue. Ma réponse semblait trop mince et peu détaillée, pourtant, elle était plus honnête que jamais. — C'est louche, tu commences à faire des monosyllabes comme Devon. Il a une mauvaise influence sur toi, si tu veux mon avis. — Tu devrais t'y faire, répondis-je en haussant les épaules prenant sa remarque comme un compliment. Le pire, c'est qu'elle devait probablement avoir raison. Sur le trajet du retour, deux options s'offraient à moi : le rejoindre au club ou rentrer chez moi. Devon 19:42 Je vais finir tard, ne m'attends pas. Club plein. Matt fait n'importe quoi, j'ai été absent trop longtemps, je crois. Ce qui, en d'autres termes, venait de réduire mes options à une seule : rentrer chez moi, m
Calie Une semaine s'était écoulée depuis ce fameux soir. Devon avait récupéré son appartement dans un état déplorable et, depuis, j'avais interdiction d'y mettre les pieds. Il parlait de faire quelques travaux, disant simplement que l'endroit avait besoin d'un nouveau souffle. Ironique quand on y pense. Quant à moi, j'avais décidé de reprendre, doucement mais sûrement. J'étais impatiente de retrouver les bruits familiers de l'institut, le décor, la musique douce en fond, les odeurs des huiles essentielles... Tout était exactement à sa place. C'est ce que j'aimais le plus, même si moi, je n'étais plus tout à fait la même. En entrant, je déposai mon sac dans le bureau, pris une seconde pour respirer et me faire couler un café, sans tension ni angoisse prête à exploser. Juste la sensation étrange d'être revenue dans un lieu que je connaissais par cœur, avec un regard neuf. — Regardez-moi ça... Je tournai la tête. Lisa était appuyée contre le chambranle de la porte, les bras croisés
Devon Elle arqua un sourcil, mais ça ressemblait davantage à une grimace. — T'es flippant, tu le sais ? — Un peu, avouai-je avec un sourire en coin. Elle se redressa complètement et s'assit sur le lit, ramenant le T-shirt pour couvrir un peu ses cuisses. — J'ai faim, dit-elle comme une petite fille boudeuse qui attend une barbe à papa à la fête foraine. — Moi aussi. Mais pas comme elle l'imaginait et elle n'avait pas encore compris la nuance. Alors je passai lentement ma main le long de sa cuisse et sa réaction fut presque immédiate. Un petit son s'échappa de ses lèvres, elle se cambra, mon corps réagit instinctivement. En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, j'étais sur elle, mon front contre le sien — Tu n'as pas vraiment faim, avoue-le ? — Je t'assure que si. Ses mains remontèrent lentement le long de mes bras jusqu'à ma nuque. J'avais envie d'une baise perverse, de la retourner violemment en lui claquant les fesses, mais son regard acheva la suite de mes pens
Devon Je coupai le contact devant son immeuble et restai immobile quelques secondes, les mains sur le volant, à la regarder dormir. Elle s'était assoupie. Là, sur le siège passager de ma M8. Mon père, lui, m'aurait dit de ne jamais fermer les yeux, de ne jamais quitter la route du regard, que c'était accorder sa confiance à quelqu'un qui pouvait vous envoyer dans le décor en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. À l'époque, j'avais pas compris. Aujourd'hui, ses paroles me percutaient plus que je ne l'aurais imaginé. Calie, elle, semblait tellement sereine à chacune de ses respirations et, putain, ça me foutait en l'air. Matt avait raison, elle était trop bien pour un type comme moi. — On est arrivés, dis-je doucement en mettant une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle s'étira timidement. Je décrochai sa ceinture et, pour la troisième fois aujourd'hui, fis le tour pour lui ouvrir la portière. Elle me lança un regard fatigué, marqué d'une pointe d'amusement, co
Calie — Et ça fonctionne ? lançai-je à brûle-pourpoint. Le prochain virage me colla presque contre la vitre, faisant crisser les pneus sur l'asphalte. Il se gara brusquement sur le bas-côté et coupa le moteur. L'air dans l'habitacle venait de faire exploser le thermostat, laissant le mercure ronger ce qui restait de notre dignité. En une fraction de seconde, il avait détaché nos ceintures et reculé son siège, sans savoir lequel des deux s'était jeté sur l'autre, je me retrouvai sur lui... ses lèvres écrasées contre les miennes dans une urgence presque viscérale. Ses doigts s'enfoncèrent dans mes cuisses, un léger mouvement de bassin pressa le tissu rêche de son jean contre ma peau. Je ne savais pas ce qui était le plus enivrant, son mouvement ou son érection dure et insistante contre ma peau. Ses mains glissèrent sous ma robe, empoignant mes fesses dans un mouvement de bassin plus affirmé, cette fois. Tout se déroulait à une vitesse frénétique, précise, mais totalement incontrôlé
Je n’ai pas très bien dormi, mais c’était à prévoir. Je me suis réveillé plusieurs fois, le cœur battant, des images de l’accident et du corps de Calie me hantait. Je ne l’avais pas encore vue, mais je savais que ce ne serait probablement pas beau à voir. Le fait que je sois dehors ne signifiait p
Point de vue de MattKarl était avec Devon, et j’espérais que ça l’aiderait à tenir jusqu’à ce qu’on puisse le sortir de là. En arrivant à l’hôpital, les infirmières me dirigèrent directement vers la salle d’attente. Je détestais l’odeur des hôpitaux ; Devon y avait passé trop de temps, et l’odeur
« Je vais aller faire des courses alors, » dis-je en me dirigeant vers la porte. J’attrapai mes clés de voiture sur le meuble à l’entrée et filai à toute vitesse, excitée comme une puce.Dans la voiture, je ressentis une bouffée d’adrénaline. J’envoyai rapidement un texto d’invitation à Lisa, qui s
Point de vue de CalieLa journée s’était étrangement bien passée. Lisa et moi avions été débordées, et les petits moments de répit que nous avions eus étaient légers et agréables. Je n’avais pas ressenti une seule fois toutes les tensions qui m’habitaient depuis ces derniers jours.J’avais été surp







