MasukLe réveil a sonné à sept heures le lendemain matin. Scott était déjà levé et avait préparé le petit déjeuner : des pancakes dorés, des croissants, des fruits frais et du café fumant qui embaumait la cuisine.
Il savait vraiment comment me faire me sentir spéciale. Je souris malgré moi. L'institut n'ouvrait qu'à dix heures. J'avais donc le temps. J'en avais profité pendant qu'il s'affairait dans la cuisine pour aller me préparer. Chez Scott, tout était simple. J'avais laissé pas mal d'affaires ici, histoire d'éviter les allers-retours avant le travail. D'ailleurs... il faudrait que je commence à les récupérer petit à petit, si je voulais vraiment clore cette histoire, autant ne rien laisser derrière moi. Pas même un prétexte pour revenir et subir une énième conversation embarrassante. Après une douche rapide, je me sentis immédiatement plus légère, comme si l'eau avait emporté avec elle les dernières traces de fatigue. Je choisis un jean slim noir, un top beige en maille côtelée, puis enfilai un blazer noir à manches trois-quarts. Les escarpins rouges vinrent trancher avec le reste, une touche parfaitement assumée, presque provocante. Je relevai mes cheveux en une queue-de-cheval haute, volontairement imparfaite laissant quelques mèches s'en échapper et encadrer mon visage. Le reste tombait bas dans mon dos, oscillant entre ondulations et désordre, avec ce petit côté sauvage que je ne cherchais même plus à dompter. Un trait d'eye-liner, du mascara, un rouge à lèvres rouge — parfaitement accordé à mes talons. Quelques gouttes de parfum et j'étais prête. Prête à affronter une nouvelle journée. En arrivant dans la cuisine, Scott me tendait mon café, noir sans sucre. L'odeur riche et réconfortante remplissait l'air. — Je ne comprends toujours pas comment tu fais pour boire ça comme ça, me dit-il, un sourire amusé aux lèvres. — C'est comme ça que je l'aime, répondis-je en haussant les épaules, un petit geste qui cachait une certaine fierté. Après avoir englouti mon petit déjeuner, je jetai un œil à l'heure. Huit heures trente passées. Il était temps d'y aller. J'arriverais en avance, histoire de préparer la journée. Je consultai rapidement mon emploi du temps sur mon téléphone, glissai une viennoiserie dans mon sac, puis récupérai les clés de ma voiture sur l'îlot central. Je fis une bise rapide sur la joue de Scott en lui disant : « À plus. » Son regard s'attarda sur moi, un mélange de tendresse et de mélancolie dans les yeux. C'était ça, notre relation. Chaque fois qu'on se quittait au petit matin pour reprendre nos vies respectives, on ne se disait jamais quand on se reverrait. Ce silence à la fin de chaque rencontre, comme une promesse non dite, me laissait toujours un goût amer. Dans l'ascenseur, je consultai une seconde fois l'emploi du temps. Rien d'inhabituel : des manucures, des massages. Pourtant, un rendez-vous avec un client inconnu entre midi et deux me titillait l'esprit. Le type avait demandé un rendez-vous avec la gérante. Pourquoi un client mystérieux voudrait-il parler de vive voix ? Il était resté vague, disant simplement qu'il voulait discuter en personne. C'était étrange. Nos clientes étaient généralement régulières, et celles qui ne l'étaient pas revenaient pour des occasions précises : mariages, baptêmes, anniversaires. L'institut marchait bien, et nous savions comment fidéliser notre clientèle. Mon employée, plutôt mon amie, Lisa, était géniale, avec des doigts de fée qui faisaient des merveilles. Au fil des ans, nous avions vraiment construit quelque chose de solide. Certaines venaient pour les ongles, d'autres pour les massages, parfois les deux, mais toutes avaient leurs préférences en ce qui concernait la praticienne. Nous avions trouvé notre rythme. Aller travailler n'avait jamais été une corvée. J'avais bossé dur pour ouvrir l'institut, pour qu'il fonctionne et devienne rentable, et je ne voulais pas que cela change. J'arrivai à l'institut à neuf heures et quart. L'odeur familière des huiles essentielles et des produits de beauté flottait dans l'air. Lisa avait déjà ouvert la boutique. À peine avais-je passé la porte qu'elle me sauta presque dessus, le sourire aux lèvres. — Tu as l'air de bonne humeur, fis-je remarquer en lui rendant son sourire. Je savais déjà que je l'avais lancée. — J'ai passé une soirée dingue ! s'empressa-t-elle de dire, les yeux pétillants. J'ai été dans ce nouveau club. — Le truc qui a l'air louche, là ? De Devon, sans nom de famille ? Victoria m'en a parlé. — Hé bien ça ne l'est pas. Comment ça Victoria t'en a parlé ? Peu importe. Je ne connais pas le nom du propriétaire, mais c'est sexy et décontracté à la fois. J'attendais qu'elle m'en dise plus, mais elle se contenta d'un clin d'œil, me laissant sur ma faim. Son enthousiasme était contagieux. J'adorais travailler avec Lisa, qui était devenue bien plus qu'une simple employée au fil des ans. Elle était pétillante, pleine d'énergie, mais aussi d'une douceur et d'une gentillesse infinies. L'essayer, c'était l'adopter. Ce que j'aimais chez elle, c'était cette façon naturelle de décomplexer les choses. Tous les sujets étaient abordables. Elle ne jugeait jamais ; elle se contentait d'écouter et de balancer parfois des blagues déplacées qui me faisaient rire aux éclats. Lisa était légèrement plus grande que moi, peut-être un mètre soixante-cinq. Elle avait de longs cheveux bruns bouclés qui tombaient en cascade sur ses épaules, une peau dorée toujours lumineuse, des yeux verts incroyables et une bouche charnue, pleine de vie. Ses courbes pulpeuses attiraient indéniablement l'attention des hommes, mais elle n'en jouait jamais. C'était ce que j'aimais le plus chez elle : sa simplicité, son authenticité. On bavardait tout en préparant nos espaces de travail respectifs, l'odeur des crèmes et des huiles essentielles emplit l'institut, créant une atmosphère apaisante. Nos premières clientes arrivèrent, et chacune de nous s'affaira à sa tâche, prête à offrir un moment de bien-être. La matinée passa sans que nous nous en rendions compte. Mais ce rendez-vous... revenait sans cesse dans un coin de ma tête. Lisa encaissait sa cliente, programmait la prochaine. En la raccompagnant à la porte, elle me fit un signe de tête pour m'indiquer qu'elle allait nous chercher à manger. J'acquiesçai d'un hochement de tête tout en terminant le soin des mains de Madame Ashford, qui me parlait de son dernier voyage sur une île paradisiaque. Je n'en avais évidemment rien à faire, mais je l'écoutais, posant de temps à autre quelques questions pour l'encourager à parler et éviter les blancs gênants. Nous étions un peu les psys de ces femmes. Notre clientèle était principalement féminine, à l'exception de quelques hommes venant se faire masser. La plupart étaient des hommes d'affaires du quartier, profitant de ces moments pour se détendre entre deux rendez-vous. C'était l'avantage de la cabine de massage : on ne parlait pas pendant la prestation, laissant aux clients la relaxation pour laquelle ils payaient. Après avoir raccompagné Madame Ashford, je remis rapidement le poste en ordre. Une machine lancée. Les serviettes pliées. Les huiles rangées. Des gestes précis, des habitudes bien cadrées. Comme le reste.Quelques mois plus tard.J’avais rendu les clés de mon appartement un lundi matin, sans drame ni nostalgie excessive. Je n’aurais jamais cru être capable de le faire il y a plusieurs mois.Quelques cartons dans le coffre, un dernier regard rapide, puis j’étais repartie.La vérité, c’est que je n’y vivais déjà plus vraiment. Je passais le plus clair de mon temps chez Devon, et vivre avec lui ce n’était pas juste partager un espace.C’était accepter une intensité constante. Des chauds froids à répétitions, des nuits trop courtes, des horaires décalés, des silences et des regards qui disaient tout sans un mot.C’était vivre avec un homme qui prenait toute la place sans jamais chercher à l’imposer, mais qui vous faisait passer avant toutes choses.Et j’en étais folle.***Ce samedi-là, je rentrai de l’institut un peu fatiguée mais légère. Une bonne journée, productive, sans accroc, des rires et du fun. J’adore mon job. Quand j’ouvris la porte, je sentis immédiatement sa présence. La mus
Le bain m’avait fait un bien fou.Quand Devon rentra enfin avec les courses, j’étais enroulée dans une serviette, les cheveux encore humides, beaucoup trop détendue pour faire semblant d’être stressée par le dîner à venir.Il posa les sacs sur le plan de travail et me détailla de haut en bas sans la moindre gêne.« Tu comptes rester comme ça ou tu veux vraiment qu’on soit en retard ? »Je haussai un sourcil. « Je pensais pourtant que tu aimais quand je prenais mon temps... » Il ricana, sortant une bouteille de vin du sac.« Ce soir, je vais surtout aimer survivre à Matt et Lisa réunis dans la même pièce. »Je m’habillai pendant qu’il vidait les sacs, commentant à voix haute chaque choix.« Pourquoi on a pris trois oignons ? »« Parce que Matt mange comme s’il nourrissait une famille de six. »« Et ça ? »« C’est pour Lisa, elle adore ça. » Je levai les yeux au ciel en riant.La cuisine se transforma rapidement en champ de bataille organisé. Devon s’occupait de la viande, moi des légum
Je me réveillai avant lui, mais ce n’était pas étonnant. Nos réveils risquaient eux aussi d’être décalés avec ses horaires. La lumière du matin filtrait doucement à travers les rideaux, dessinant des ombres pâles sur les murs. Devon dormait encore, étendu sur le ventre, un bras abandonné de mon côté du lit, l’autre coincé sous l’oreiller.Je restai quelques secondes à l’observer. Il avait l’air détendu et plus serein, comme si quelque chose en lui s’était enfin relâché. Et je compris que ce n’était pas seulement la nuit qui l’avait apaisé. Je me glissai délicatement hors du lit sans le réveiller, attrapant un de ses t-shirts au passage.La cuisine était silencieuse, baignée par cette ambiance un peu floue des débuts de journée. Je lançai la machine à café et m’appuyai contre le plan de travail, encore à moitié endormie. Derrière moi, j’entendis des bruits de pas nus sur le carrelage.« Tu fuis ? » marmonna-t-il, la voix encore rauque.Je souris sans me retourner.« Non. Je prends de
Point de vue de Calie Ça y est, nous y étions.Je reprenais aujourd’hui, et j’étais impatiente. Le bruit familier de l’institut m’enveloppa dès que je franchis la porte. Le décor, la musique douce en fond, l’odeur mêlée des huiles essentielles… Tout était exactement à sa place comme si rien ne s’était passé.Et pourtant, moi, je n’étais plus tout à fait la même.Je déposai mon sac dans le bureau, pris une seconde pour respirer et me faire couler un café. Mon cœur battait calmement, les angoisses avaient disparues. Pas de tension non plus, seulement la sensation étrange d’être revenue dans un lieu que je connaissais par cœur, avec un regard neuf.« Regardez-moi ça… »Je tournai la tête, Lisa était appuyée contre le chambranle de la porte, les bras croisés et un sourire beaucoup trop satisfait accroché aux lèvres.« Quoi ? » demandai-je en retirant ma veste.« Tu rayonnes ! » Elle me détailla sans la moindre retenue.« J’en connais une qui a passé une bonne nuit. »Je roulai des yeux
« Viens, on va prendre le petit déjeuner. »Je me levai à contrecœur, attrapai un caleçon et l’enfilai avant de me diriger vers la cuisine. Elle me suivit quelques secondes plus tard, pieds nus sur le parquet, les cheveux en bataille, encore marquée par la nuit.Je lançai la machine à café pendant qu’elle s’installait sur le plan de travail, les mains posées de chaque côté d’elle, m’observant comme si j’étais un spectacle du matin.« Tu sais que tu es très sérieux le matin ? » dit-elle.Je sortis deux tasses sans la regarder.« Faux. Je suis concentré. »« Si ça te fait plaisir de le croire. »Je levai enfin les yeux vers elle. Elle avait ce petit sourire tranquille, celui qui me pousse à répondre alors que je devrais me taire.Je lui tendis une tasse.« Bois ça. »Elle prit une gorgée, puis me fixa par-dessus le bord. Son regard avait changé. Moins joueur, plus… précis. Et là, je sentis que quelque chose basculait, subtil. Elle avait quelque chose en tête.« Hier soir… » commença-t-e
J’ouvris les yeux avant elle, tandis que la lumière du matin filtrait à travers les rideaux. Une lumière douce, presque timide.Le silence était apaisant, et je n’avais pas ressenti ça depuis longtemps.Calie dormait toujours contre moi, enroulée dans mon t-shirt, une jambe passée par-dessus la mienne sans la moindre gêne.Je restai immobile un instant, observant sa respiration régulière, la façon dont ses cheveux s’éparpillaient sur l’oreiller. Elle avait l’air sereine.Et ça… ça me faisait quelque chose d’étrange dans la poitrine.Je dormais mal ces dernières semaines et pourtant, cette nuit, j’avais sombré sans lutter.Je glissai doucement ma main dans son dos. La toucher était plus fort que moi.Elle remua légèrement, grogna quelque chose d’incompréhensible et se rapprocha encore plus, comme par réflexe.Ce petit geste me fit sourire.Quelques minutes plus tard, elle entrouvrit les yeux.« Hum… il est quelle heure ? » marmonna-t-elle, la voix encore rauque.« Assez tard pour que
Point de vue de CalieEn démarrant, je connectais mon téléphone en Bluetooth à ma voiture et appelais Lisa. « Allô ? » en entendant sa voix, je me suis effondrée. Les larmes coulaient sans retenues. Les confessions de Scott m’avaient profondément remuée. J’étais complètement paniquée et acculée pa
Point de vue de Scott Je n’avais pas vu Calie depuis des semaines, et aujourd’hui serait sûrement la dernière fois. Mais je devais lui dire, elle était probablement en danger, et je ne pouvais pas rester là, les bras croisés. Ce que j’avais appris ces derniers jours était une mise en garde. J’a
Mon esprit partait dans tous les sens, ses messages m’inquiétaient. Qu’est-ce que Scott pourrait vouloir me dire qu’il ne pouvait pas faire par téléphone ? Est-ce que c’était un subterfuge pour me voir ? un piège ? D’après Devon, il pourrait être celui qui avait vandalisé ma voiture. Même si je do
Je me réveillai avant le réveil le lendemain matin. Devon dormait encore, il était tôt. J’avais envie de lui rendre la pareille, alors je me dirigeai vers la cuisine pour préparer le petit déjeuner.En ouvrant les placards et le frigo, je découvris qu’il avait tout ce qu’il fallait pour réaliser de







