登入Chapitre 131
Isabelle
La lumière du feu danse sur les murs de pierre, projetant des ombres mouvantes qui semblent vivantes, qui semblent me juger. Je suis assise sur cette chaise depuis des heures, les poignets liés aux accoudoirs par des cordes rugueuses, les chevilles entravées par des liens qui scient ma peau à chaque mouvement. Le froid de la pièce s'insinue sous ma robe déchirée, colle le tissu &ag
Chapitre 141IsabelleLa chambre où je repose est un écrin de silence et de pénombre, un refuge suspendu hors du temps. Les murs sont tapissés d'un papier peint à fleurs délavé, dont les roses pâlies semblent s'incliner sous le poids des années. Une petite fenêtre aux carreaux embués donne sur un jardin enseveli sous la neige, et la lumière du matin qui filtre à travers les rideaux de dentelle est douce, presque irréelle, comme si le monde extérieur appartenait déjà à un autre âge. L'air sent la cire d'abeille, la lavande séchée, et cette odeur particulière des vieilles maisons de campagne, faite de poussière, de bois ancien et de secrets bien gardés.Je suis allongée dans un lit aux draps de lin blanc, un lit trop grand, trop moelleux, qui avale mon c
Chapitre 140EliotLe 4x4 bondit sur la piste verglacée comme un animal sauvage, ses pneus cloutés mordant la neige avec un bruit de déchirure. Marco est au volant, les mains crispées, le visage tendu, les yeux fixés sur la route qui défile dans la lumière des phares. À l'arrière, deux de mes hommes, des anciens des forces spéciales, vérifient leurs armes en silence, leurs visages graves éclairés par la lueur rouge des gyrophares qui dansent sur la carrosserie. L'atmosphère est électrique, chargée d'une urgence que je n'ai pas ressentie depuis mes années de service actif. La radio crépite, des voix lointaines échangent des coordonnées, des ordres, des mises en garde.— On approche, chef, dit Marco. L'incendie est visible sur la crête. Putain, regardez-moi ça.
Chapitre 139SophiaLe monde est trop sombre, trop silencieux, trop vaste pour que deux corps puissent s'y cacher éternellement. Ils sont là, quelque part, tapis dans l'ombre des sapins, grelottant sous la neige, espérant que la nuit les protège. Mais la nuit est ma complice. La nuit est mon royaume. Et je connais toutes les façons d'en chasser les proies qui s'y terrent.Je suis debout sur la crête qui domine la vallée, enveloppée dans mon manteau de fourrure blanche, les cheveux dénoués fouettés par le vent glacé. La lune, voilée par les nuages, diffuse une clarté laiteuse qui transforme le paysage en une gravure ancienne, un tableau en clair-obscur où chaque ombre semble vivante. La neige crisse sous mes bottes, et mon souffle forme de petits nuages de vapeur qui s'évanouissent aussitôt da
Chapitre 138IsabelleLa forêt est devenue un brasier. Les flammes courent sur les branches, bondissent d'un arbre à l'autre, dévorent les aiguilles de pin avec un crépitement vorace qui ressemble à un rire démoniaque. La chaleur est si intense qu'elle fait fondre la neige autour de nous, transformant le sol en une boue glacée qui colle à nos pieds et ralentit notre course. Des gerbes d'étincelles jaillissent des troncs qui s'effondrent, des volutes de fumée noire s'élèvent vers le ciel invisible, et l'air lui-même semble brûler, chargé de cendres incandescentes qui se déposent sur nos cheveux, nos vêtements, notre peau.Lucas me tient par la main, et sa poigne est la seule chose qui m'empêche de m'effondrer. Il court, le dos courbé, les poumons brûlés par la fumée, les yeux
Chapitre 137EliotLe centre de commandement improvisé est plongé dans une semi-obscurité que trouent seulement les écrans des ordinateurs et le voyant rouge des radios. Dehors, le vent hurle entre les sapins, secouant les volets du vieux relais de chasse, et la neige continue de tomber, épaisse, obstinée, comme si la montagne elle-même voulait nous empêcher d'avancer. Mais rien ne m'empêchera d'aller jusqu'au bout. Pas la neige, pas le froid, pas la fatigue qui me ronge les os depuis trois jours. Rien.Je suis penché sur une carte topographique, les doigts crispés sur le bord de la table, quand la radio émet un crépitement. Une voix, faible, hachurée par la distance et les parasites. Une voix que je reconnaîtrais entre mille.— Eliot... Ici Lucas... Tu m'entends ?Mon c&oel
Chapitre 136SophiaLe verre se brise contre le mur de pierre, explosant en mille éclats qui volent à travers la pièce comme des étoiles de cristal. Le vin rouge ruisselle sur la tapisserie défraîchie, traçant des sillons sombres qui ressemblent à des larmes de sang. Je hurle. Un cri primal, animal, qui monte du plus profond de mes entrailles et emplit la vieille ferme tout entière. Les murs tremblent, les hommes sursautent, Rodrigo recule d'un pas, le visage blême.— Disparus ? Comment ont-ils pu disparaître ?— Le garde a été assommé, balbutie Rodrigo. Ils se sont enfuis par la porte de service. Ils ont dû s'enfoncer dans la forêt.— La forêt ? Avec ce froid, cette neige ? Ils mourront de toute façon !— Peut-ê
Chapitre 6 Point de vue de LucasDerrière mes lunettes noires… je vois tout.Absolument tout.Salutations.Les expressions.Les vérités que les mots tentent de cacher.Et en cet instant précis… je vois **elle**.Sophia.La femme avec qui j'échange depuis des semaines.La femme que j'avais… peut-êt
Chapitre 5Point de vue de LucasJe suis assis dans un taxi.Un simple taxi.Le genre de véhicule dans lequel je ne suis jamais monté… du moins, pas de cette manière. Habituellement, ce sont des voitures de luxe, des chauffeurs privés, des vitres teintées… un monde à part.Mais aujourd’hui…Je sui
Chapitre 4Point de vue de Sophia VasconcelosJe suis installée dans mon lit, comme toujours.Mon lit… mon royaume.Les draps en satin glissent contre ma peau, frais, délicats, luxueux. Tout autour de moi respire le confort et l’élégance. Les rideaux sont tirés à moitié, laissant passer une lumièr
Chapitre 3Point de vue de Victoria MonténégroJe suis assise dans le canapé, les mains croisées sur mes genoux, observant notre unique fils, **Lucas**, parler avec cette détermination qui lui est propre. Depuis tout à l’heure, il ne cesse de nous détailler ce plan fou qu’il a élaboré pour… trouver







