LOGINChapitre 77
Isabelle
Je flotte.
La lumière est partout, blanche, immaculée, sans ombre, sans fin. Elle n'éblouit pas. Elle n'aveugle pas. Elle est douce, tiède, comme un soleil de printemps après une longue pluie, comme une caresse sur une peau que je ne sens plus. Je ne sens ni la douleur, ni la peur, ni le froid. Je ne sens plus mon corps. Plus de jambes pour courir, plus de bras
Chapitre 126IsabelleLa neige est un piège. Un piège blanc, silencieux, mortel. Elle recouvre tout — les sentiers, les pierres, les racines — d'un manteau immaculé qui efface les repères et brouille les distances. Elle s'insinue dans mes chaussures trouées, gèle mes orteils, transforme chacun de mes pas en une torture. Mais je continue. Je cours. Je trébuche, je tombe, je me relève, et je continue. Lucas est devant moi, sa main serrant la mienne, sa silhouette sombre se découpant sur le rideau blanc de la tempête.Nous nous sommes échappés il y a une heure, peut-être deux. Profitant d'une dispute entre Sophia et Rodrigo, profitant de la négligence d'un garde qui avait trop bu. Lucas a réussi à le maîtriser, à lui prendre son arme, à ouvrir la porte de la cave. Et nous avons couru, sans nous retourner, dans la nuit glacée.Mais ils nous ont poursuivis. J'entends les chiens, des aboiements qui se rapprochent, portés par le vent. Des cris d'hommes, des sifflets stridents, des ordres hur
Chapitre 125EliotLe hangar désaffecté où nous avons traqué notre proie se dresse au bord d'une zone industrielle abandonnée, au nord de Naples. La nuit est tombée, froide et humide, et la lune n'est qu'un mince croissant voilé par les nuages. Les réverbères crépitent, diffusant une lumière orangée qui danse sur les flaques d'eau croupie. L'air sent le métal rouillé, le gasoil et la pisse de chat. C'est un endroit que personne ne fréquente, sauf les marginaux et les trafiquants. Un endroit parfait pour un interrogatoire discret.L'homme s'appelle Marchetti. Un ancien militaire, comme moi, reconverti dans les basses œuvres après un passage en prison pour trafic d'armes. C'est lui qui conduisait le fourgon, la nuit de l'enlèvement. C'est lui qui a oublié son portable sous la banquette. Une erreur d'amateur qui va lui coûter cher.Je l'ai fait attacher à une chaise en bois, au centre du hangar, sous la lumière crue d'une ampoule nue suspendue à un fil. Mes hommes sont postés à l'extérie
Chapitre 124RodrigoLa neige commence à tomber, fine et silencieuse, enveloppant la montagne d'un linceul blanc. Je suis debout sur le perron de la vieille ferme, les mains enfoncées dans les poches de ma veste, et je regarde les flocons tourbillonner dans la lumière grise du matin. Mes hommes sont à l'intérieur, en train de charger les armes, de préparer les sacs, de se préparer à la traque insensée que Sophia a ordonnée.Sophia. Cette femme est en train de perdre la raison. Elle l'a peut-être déjà perdue, depuis longtemps, et je n'ai rien vu, aveuglé par ma propre cupidité, par mon désir de revanche contre Lucas Silva. J'ai cru que je pourrais la contrôler, l'utiliser à mes fins, récupérer mon empire grâce à son obsession. Je me suis trompé. Lourdement.&n
Chapitre 123SophiaIls se sont enfuis. Ils se sont enfuis, et c'est de ma faute. Je les ai sous-estimés, et maintenant ils courent dans la montagne, libres, vivants, ensemble. Cette pensée est un acide qui ronge mon cerveau, une brûlure qui ne s'apaise pas.Je suis debout dans le salon de la vieille ferme, les mains crispées sur le dossier d'une chaise, le regard fixé sur la porte ouverte par laquelle ils ont disparu. Le vent glacé s'engouffre dans la pièce, fait voltiger les rideaux en lambeaux, éteint les bougies. Rodrigo est derrière moi, silencieux, ses hommes dispersés dans la maison. Je sens leur regard sur moi, empli de reproche, de mépris, de peur. Ils me jugent. Ils me condamnent. Mais aucun n'ose parler.— Sophia, dit enfin Rodrigo, la voix prudente. Il faut partir. Maintenant. La police va arriver. Ils vont
Chapitre 122LucasLa lueur grise du petit matin filtre à travers le soupirail, dessinant un rectangle pâle sur le sol de terre battue. Je suis éveillé depuis des heures, allongé sur le matelas crasseux, les membres engourdis par les liens qui me retiennent prisonnier. Isabelle dort encore, recroquevillée contre moi, sa respiration légère effleurant mon cou. Elle a réussi, cette nuit. Elle a réussi à libérer l'une de ses mains avec cette lame rouillée qu'elle a trouvée dans la pierre. Elle ne me l'a pas dit — elle n'a pas eu besoin de parler. J'ai vu ses doigts bouger, libres, caresser ma joue avant qu'elle ne cache à nouveau la lame sous sa robe, attendant le moment propice.Ce moment, je vais le créer.J'entends des pas au-dessus de nos têtes, des voix étou
Chapitre 121IsabelleLa lame est toujours là, cachée dans ma paume, minuscule et rouillée. Je l'ai gardée toute la nuit, serrée contre ma peau, et elle est devenue mon trésor le plus précieux. Cette petite lame, ce fragment de métal oublié par un précédent prisonnier, est notre seule chance de liberté.Lucas s'est rendormi, épuisé par la tension et le manque de nourriture. Son souffle est régulier, son front plissé, même dans le sommeil. Je le regarde un long moment, le cœur serré, puis je me remets au travail.Mes doigts sont engourdis, mes poignets à vif, mais je ne sens plus la douleur. Il n'y a plus que cette corde, ce chanvre rugueux qui me retient prisonnière, et cette lame qui grignote, fibre après fibre, avec une lenteur exaspérante.
Chapitre 52LucasJe n'ai pas dormi.Allongé sur le lit, je fixe le plafond comme s'il allait me livrer les secrets de l'univers. À côté de moi, Isabelle dort enfin, elle s'est endormie vers trois heures, &e
Chapitre 29Point de vue d’IsabelleJe pousse lentement un soupir fatigué en sortant enfin du bâtiment de mon entreprise.Mon Dieu…Quelle journée épuisante.Mes épaules me font mal.Mes pieds aussi.Et honnêtement…Je n’ai qu’une seule envie maintenant.Prendre un bon bain chaud.Puis m’écrouler da
Chapitre 2 Point de vue d’IsabelleJe suis à table avec toute la famille, silencieuse, tandis que ma grande sœur, **Sophia**, ne cesse de se vanter de la rencontre avec sa belle-famille dans deux jours. Ses mots sont hautains, ses gestes théâtraux, et je ne peux m’empêcher de la regarder avec un
Chapitre 1Point de vue de Lucas SilvaJe repose lentement mon téléphone sur la table basse en verre. L’écran devient noir, comme si la conversation qui vient de se terminer n’avait jamais existé. Pourtant, les mots de **Sophia Vasconcelos** résonnent encore dans mon esprit.Nous ne nous sommes jam







