LOGINChaque mot est un coup de poignard. Chaque mot est une déclaration. Chaque mot est une reddition. Je la prends lentement, profondément, en la regardant dans les yeux. Je vois le plaisir monter en elle, vague après vague, marée après marée. Je vois ses joues rougir, ses lèvres trembler, ses yeux se voiler.
— Plus fort, murmure-t-elle.— Non.— S'il te plaît. Plus fort.— Non. Je te prends comme je veux. Pas comme tu veux.— Salaud.— Oui. TIl a raison. Je ne refuserai pas. Parce que je suis piégée. Parce que je suis sa chose. Parce que je le désire autant que je le hais.Le penthouse de Gabriel est un bijou de verre et d'acier suspendu au-dessus de la ville. Des baies vitrées du sol au plafond. Une vue à couper le souffle sur la Seine et les toits de Paris. Un intérieur minimaliste, design, froid. Des canapés en cuir blanc. Des tables en marbre noir. Des œuvres d'art contemporain aux murs. Et partout, des miroirs. Des miroirs immenses, encadrés d'acier, qui reflètent la ville, la lumière, nos corps.Il m'accueille en costume, une coupe de champagne à la main. Il me tend l'autre. Je la prends. Je bois. Le champagne est frais, pétillant, délicieux.— Tu es belle.Je porte une robe noire, simple, élégante. Rien à voir avec les robes sages du bureau. Une robe qui épouse mes formes. Une robe qui dévoile mes épaules. Une robe qui dit "je suis là pour toi".— Merci.Il po
Chaque mot est un coup de poignard. Chaque mot est une déclaration. Chaque mot est une reddition. Je la prends lentement, profondément, en la regardant dans les yeux. Je vois le plaisir monter en elle, vague après vague, marée après marée. Je vois ses joues rougir, ses lèvres trembler, ses yeux se voiler.— Plus fort, murmure-t-elle.— Non.— S'il te plaît. Plus fort.— Non. Je te prends comme je veux. Pas comme tu veux.— Salaud.— Oui. Ton salaud.Elle me gifle. Une gifle légère, presque tendre, qui claque dans le silence. Je souris. Je l'attrape par les cheveux. Je tire sa tête en arrière. J'expose sa gorge. Je mords sa peau. Je la marque. Je laisse une empreinte rouge sur sa peau claire, une marque de possession, une signature.Elle gémit. Elle gifle encore. Elle griffe mon dos. Elle me mord l'épaule. Elle se bat. Elle se débat. Elle me résiste. Et c'est cette résistance qui me rend fou. C'est cette résistan
GabrielVingt-deux heures. L'étage est désert, plongé dans une pénombre que seuls quelques néons d'urgence percent de leur lumière blafarde. Les ordinateurs sont éteints, les chaises vides, les couloirs silencieux. Le monde a déserté la tour Ashford. Le monde, sauf nous.Je l'ai convoquée sous un prétexte futile. Un dossier à réviser, un contrat à vérifier, une réunion à préparer. Des mensonges. Des prétextes. Je voulais l'avoir seule. Je voulais l'avoir à moi. Dans ce bureau où les vitres reflètent la ville illuminée, où les murs de verre nous isolent du monde, où personne ne peut nous voir, où personne ne peut nous entendre.L'air conditionné ronronne doucement, un souffle froid qui fait frissonner la peau. Les lumières de la ville dessinent des motifs mouvants sur les murs, des arabesques de jaune et de blanc qui dansent au rythme des voitures qui passent en bas, trente-deux étages plus bas. Paris respire, Paris vit, Paris ignore ce qui se pré
GabrielJe l'ai vue avec Raphaël.Dans le vestiaire. Il lui tenait la main. Il essuyait ses larmes. Il lui parlait doucement. Il la regardait avec ses yeux de chien battu, avec sa douceur de faible, avec sa bonté de perdant. Il lui a glissé une carte. Son numéro. Son email. Comme un amant transi. Comme un prétendant. Comme un rival.J'ai vu rouge.Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je l'ai convoquée dans mon bureau. Je lui ai ordonné de m'accompagner chez le tailleur. J'avais besoin d'une nouvelle chemise. C'était un prétexte. Un prétexte pour l'avoir près de moi. Pour la surveiller. Pour m'assurer qu'elle ne s'échappait pas. Pour m'assurer qu'elle ne tombait pas dans les bras de mon frère.Le tailleur est une boutique discrète du Marais. Une façade étroite, une porte cochère, un escalier en colimaçon qui monte vers un atelier baigné de lumière. Le genre d'endroit où les prix ne sont pas affichés. Où l'on entre sur rendez-vous. Où
LéaLe lendemain, je suis au bureau à sept heures. Je n'ai pas dormi. Je n'ai pas mangé. Je suis un zombie. Mon chemisier est neuf, blanc, impeccable. Ma jupe est propre, grise, professionnelle. Mes talons sont hauts, noirs, vertigineux. Mon maquillage est soigné, masquant les cernes, les rougeurs, les fissures. Mais à l'intérieur, je suis en miettes. À l'intérieur, je suis un champ de ruines. À l'intérieur, je suis une femme qui a passé la nuit à pleurer et à jouir en pensant à son bourreau.La journée est un calvaire. Gabriel me convoque dans son bureau pour une réunion. Il me traite comme si rien ne s'était passé. Il m'ordonne de prendre des notes. Il critique mon travail. Il me fait répéter une phrase trois fois parce qu'il "n'a pas compris". Il me ridiculise devant les autres. Il m'humilie avec une précision chirurgicale. Il me regarde avec ses yeux gris, froids, impénétrables, et je ne vois rien dedans. Aucune trace de ce qui s'est passé. Aucun remo
LéaJe rentre chez moi à vingt-deux heures. Le trajet en métro est un brouillard. Je suis assise, les jambes serrées, mon manteau boutonné jusqu'au menton pour cacher les lambeaux de mon chemisier. Les gens autour de moi sont flous, leurs voix sont étouffées, leurs visages sont des taches. Le bruit des roues sur les rails est un bourdonnement lointain. Les lumières des stations défilent derrière les vitres, des flashs blancs et orange qui me brûlent les yeux. Je ne vois personne. Je n'entends personne. Je suis seule avec ma honte, ma douleur, et le souvenir brûlant de ses doigts, de sa queue, de son mépris.Je pousse la porte de mon appartement. Un petit studio dans le onzième, modeste mais propre, rempli de plantes et de livres. Des étagères en pin brut chargées de romans, de recueils de poésie, de manuels d'histoire. Un canapé défoncé recouvert d'un plaid en laine. Une cuisine minuscule où s'entassent des tasses dépareillées. Mon refuge. Mon sanctuaire.







