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last update publish date: 2026-04-07 06:46:57

Quand je rouvre les yeux, tout est silencieux.

Le plafond blanc au-dessus de moi me semble étranger. Il me faut quelques secondes pour comprendre où je suis. L’odeur antiseptique, la lumière trop nette, le léger bourdonnement d’un appareil quelque part dans la pièce… tout me revient d’un coup.

L’hôpital.

Ma gorge est sèche. J’essaie d’avaler, mais le geste est douloureux. Mon corps est lourd, engourdi, comme si chaque muscle refusait de m’obéir. Lentement, je tourne la tête.

Mes vêtements sont posés sur une chaise. Mon sac est là aussi.

Je ferme les yeux un instant, mais les images reviennent aussitôt. La chambre. Matteo. Son regard. Ses mots.

“Avec toi… je me sens étouffé.”

Une pression se forme dans ma poitrine, mais aucune larme ne vient. C’est comme si quelque chose en moi s’était vidé en même temps que… le reste.

Ma main glisse lentement sur le drap, jusqu’à mon ventre.

Je m’arrête avant de le toucher.

Un frisson me traverse.

Il n’y a plus rien.

Je retire ma main brusquement, comme si le simple contact pouvait me brûler.

— Madame ?

Je sursaute légèrement. Une infirmière se tient dans l’encadrement de la porte, son regard doux mais attentif.

— Vous êtes réveillée, c’est bien. Comment vous sentez-vous ?

Je cherche mes mots quelques secondes.

— Fatiguée.

Ma voix est faible, presque étrangère.

Elle hoche la tête.

— C’est normal. L’intervention s’est bien passée. Vous devrez vous reposer aujourd’hui.

Je la regarde sans vraiment la voir.

— Je peux partir ?

— D’ici une heure ou deux, oui. Nous devons simplement vérifier que tout est stable.

Je hoche la tête sans discuter.

— Merci.

La porte se referme doucement derrière elle.

Le silence revient. Plus lourd qu’avant.

Me lever du lit est une douleur insupportable. C’est une douleur qui semble vouloir me rappeler à chaque seconde ce que je viens de faire.

Je m’assois au bord du lit.

Mes pieds touchent le sol froid.

Je reste là un moment, immobile, les mains posées de chaque côté de moi, à fixer le vide.

Je devrais ressentir quelque chose…

Mais il n’y a que ce calme étrange. Ce vide.

Est-ce que c’est ça… toucher le fond ?

On frappe à la porte.

Je tourne la tête, surprise.

— Entrez.

La porte s’ouvre lentement.

Et immédiatement, quelque chose change dans l’air. Je reconnais sa silhouette avant même de lever complètement les yeux. Costume sombre, parfaitement ajusté. Posture droite. Démarche lente, maîtrisée.

Il n’a pas besoin de se présenter.

Je le reconnus.

Vittorio De Santis.

Mon cœur accélère malgré moi.

Il s’arrête à quelques pas de moi, son regard se posant sur mon visage avec une précision presque dérangeante. Il ne parle pas tout de suite. Il observe.

— Elena.

Sa voix est grave, posée, sans la moindre hésitation.

Je me redresse légèrement, instinctivement sur la défensive.

— Monsieur De Santis. Venez-vous pour votre fils ?

Je marque une courte pause.

— Je ne m’attendais pas à vous voir ici.

Un léger silence s’installe. Il incline à peine la tête, comme s’il accusait réception de mes mots sans vraiment s’y attarder.

— Non.

Son regard glisse brièvement vers mon ventre, puis revient au mien. Le geste est rapide, presque imperceptible. Mais je le remarque et ça me glace.

— Comment… avez-vous su que j’étais ici ? demandé-je, incapable de masquer complètement la tension dans ma voix.

Il ne répond pas immédiatement. Il fait quelques pas dans la pièce, observant l’espace comme s’il lui appartenait déjà.

— Disons que j’ai mes moyens.

Je serre les dents.

— Évidemment.

Un silence s’étire. Je sens son regard revenir sur moi, plus appuyé cette fois.

— Tu es seule.

Ce n’est pas une question.

Je détourne légèrement les yeux.

— Ça ne vous concerne pas.

— Au contraire.

Sa réponse tombe sans hésitation.

Je relève brusquement les yeux vers lui.

— Pardon ?

Il s’approche encore d’un pas. Pas assez pour envahir totalement mon espace, mais suffisamment pour que sa présence devienne difficile à ignorer.

— Tout ce qui touche à cette famille me concerne.

Je laisse échapper un souffle bref, presque un rire sans joie.

— Cette famille ?

Je secoue la tête.

— Je ne fais plus partie de votre famille.

Son regard ne vacille pas.

— C’est là que tu te trompes.

Un frisson me traverse.

Je me lève, malgré la douleur, malgré la faiblesse qui tente de me retenir.

— Je vais partir.

Ma voix est plus ferme maintenant.

— Et vous devriez faire pareil.

Je fais un pas vers mes affaires, mais sa voix me stoppe net.

— Ta mère a besoin d’une opération.

Je me fige.

Lentement, je me retourne.

— Quoi ?

— Son état est plus grave que ce qu’elle t’a dit.

Mon cœur se met à battre plus fort.

— Non… elle m’a dit que c’était juste—

— Elle ne voulait pas t’inquiéter.

Chaque mot est posé calmement, comme une vérité déjà vérifiée.

Je secoue la tête, refusant.

— Vous mentez.

— Ton père est endetté.

Il continue, imperturbable.

— L’entreprise est au bord de la faillite.

Ma respiration se coupe.

— Arrêtez…

— Et toi…

Il marque une pause.

— Tu n’as plus rien.

Le silence qui suit est brutal. Je le fixe, incapable de répondre. Parce qu’une partie de moi sait ... sait qu’il dit vrai.

Mes mains se crispent légèrement.

— Pourquoi vous me dites tout ça ?

Ma voix est plus basse maintenant.

Il soutient longuement mon regard.

— Parce que je peux régler tous tes problèmes.

Un rire nerveux m’échappe.

— Bien sûr.

Je secoue la tête.

— Et en échange ?

Cette fois, il ne détourne pas le regard.

— Je ne donne jamais rien gratuitement.

Je ferme les yeux une seconde.

Évidemment…

Quand je les rouvre, il est toujours là. Immobile. Patient.

— Alors dites-le clairement.

Un léger silence.

Puis, sans la moindre hésitation :

— Épouse-moi.

Je le regarde, certaine d’avoir mal entendu.

— Pardon ?

— Devient ma femme.

Son ton ne change pas.

Comme s’il venait de proposer quelque chose de parfaitement banal.

Je laisse échapper un souffle incrédule.

— Vous êtes sérieux…

— Très.

Je recule d’un pas.

— C’est… complètement absurde.

Mon cœur bat trop vite.

— Je n’ai même pas encore divorcer de votre fils.

— Justement.

Sa réponse est immédiate.

Je le fixe, déstabilisée.

— Vous êtes malade.

— Peut-être.

Il se redresse légèrement.

— Mais je suis aussi le seul homme capable de sauver ta mère.

— Vous n’avez pas le droit de—

— J’ai tous les droits.

Sa voix ne monte pas mais elle écrase tout. Le silence retombe.

Je sens mon cœur cogner dans ma poitrine, mes pensées se bousculer.

— Pourquoi moi ?

La question m’échappe avant même que je puisse la retenir.

Il me regarde comme s’il pesait la réponse.

Puis :

— Parce que tu es exactement là où j’avais besoin que tu sois.

Un frisson glacé me traverse.

Qu’est-ce que ça veut dire… ?

Mais il ne développe pas.

— Réfléchis.

Il se tourne vers la porte.

— Je ne répéterai pas mon offre.

Il s’arrête une seconde, sans me regarder.

— Et je ne t’offrirai pas une deuxième chance.

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