MasukQuand je rouvre les yeux, tout est silencieux.
Le plafond blanc au-dessus de moi me semble étranger. Il me faut quelques secondes pour comprendre où je suis. L’odeur antiseptique, la lumière trop nette, le léger bourdonnement d’un appareil quelque part dans la pièce… tout me revient d’un coup.
L’hôpital.
Ma gorge est sèche. J’essaie d’avaler, mais le geste est douloureux. Mon corps est lourd, engourdi, comme si chaque muscle refusait de m’obéir. Lentement, je tourne la tête.
Mes vêtements sont posés sur une chaise. Mon sac est là aussi.
Je ferme les yeux un instant, mais les images reviennent aussitôt. La chambre. Matteo. Son regard. Ses mots.
“Avec toi… je me sens étouffé.”
Une pression se forme dans ma poitrine, mais aucune larme ne vient. C’est comme si quelque chose en moi s’était vidé en même temps que… le reste.
Ma main glisse lentement sur le drap, jusqu’à mon ventre.
Je m’arrête avant de le toucher.
Un frisson me traverse.
Il n’y a plus rien.
Je retire ma main brusquement, comme si le simple contact pouvait me brûler.
— Madame ?
Je sursaute légèrement. Une infirmière se tient dans l’encadrement de la porte, son regard doux mais attentif.
— Vous êtes réveillée, c’est bien. Comment vous sentez-vous ?
Je cherche mes mots quelques secondes.
— Fatiguée.
Ma voix est faible, presque étrangère.
Elle hoche la tête.
— C’est normal. L’intervention s’est bien passée. Vous devrez vous reposer aujourd’hui.
Je la regarde sans vraiment la voir.
— Je peux partir ?
— D’ici une heure ou deux, oui. Nous devons simplement vérifier que tout est stable.
Je hoche la tête sans discuter.
— Merci.
La porte se referme doucement derrière elle.
Le silence revient. Plus lourd qu’avant.
Me lever du lit est une douleur insupportable. C’est une douleur qui semble vouloir me rappeler à chaque seconde ce que je viens de faire.
Je m’assois au bord du lit.
Mes pieds touchent le sol froid.
Je reste là un moment, immobile, les mains posées de chaque côté de moi, à fixer le vide.
Je devrais ressentir quelque chose…
Mais il n’y a que ce calme étrange. Ce vide.
Est-ce que c’est ça… toucher le fond ?
On frappe à la porte.
Je tourne la tête, surprise.
— Entrez.
La porte s’ouvre lentement.
Et immédiatement, quelque chose change dans l’air. Je reconnais sa silhouette avant même de lever complètement les yeux. Costume sombre, parfaitement ajusté. Posture droite. Démarche lente, maîtrisée.
Il n’a pas besoin de se présenter.
Je le reconnus.
Vittorio De Santis.
Mon cœur accélère malgré moi.
Il s’arrête à quelques pas de moi, son regard se posant sur mon visage avec une précision presque dérangeante. Il ne parle pas tout de suite. Il observe.
— Elena.
Sa voix est grave, posée, sans la moindre hésitation.
Je me redresse légèrement, instinctivement sur la défensive.
— Monsieur De Santis. Venez-vous pour votre fils ?
Je marque une courte pause.
— Je ne m’attendais pas à vous voir ici.
Un léger silence s’installe. Il incline à peine la tête, comme s’il accusait réception de mes mots sans vraiment s’y attarder.
— Non.
Son regard glisse brièvement vers mon ventre, puis revient au mien. Le geste est rapide, presque imperceptible. Mais je le remarque et ça me glace.
— Comment… avez-vous su que j’étais ici ? demandé-je, incapable de masquer complètement la tension dans ma voix.
Il ne répond pas immédiatement. Il fait quelques pas dans la pièce, observant l’espace comme s’il lui appartenait déjà.
— Disons que j’ai mes moyens.
Je serre les dents.
— Évidemment.
Un silence s’étire. Je sens son regard revenir sur moi, plus appuyé cette fois.
— Tu es seule.
Ce n’est pas une question.
Je détourne légèrement les yeux.
— Ça ne vous concerne pas.
— Au contraire.
Sa réponse tombe sans hésitation.
Je relève brusquement les yeux vers lui.
— Pardon ?
Il s’approche encore d’un pas. Pas assez pour envahir totalement mon espace, mais suffisamment pour que sa présence devienne difficile à ignorer.
— Tout ce qui touche à cette famille me concerne.
Je laisse échapper un souffle bref, presque un rire sans joie.
— Cette famille ?
Je secoue la tête.
— Je ne fais plus partie de votre famille.
Son regard ne vacille pas.
— C’est là que tu te trompes.
Un frisson me traverse.
Je me lève, malgré la douleur, malgré la faiblesse qui tente de me retenir.
— Je vais partir.
Ma voix est plus ferme maintenant.
— Et vous devriez faire pareil.
Je fais un pas vers mes affaires, mais sa voix me stoppe net.
— Ta mère a besoin d’une opération.
Je me fige.
Lentement, je me retourne.
— Quoi ?
— Son état est plus grave que ce qu’elle t’a dit.
Mon cœur se met à battre plus fort.
— Non… elle m’a dit que c’était juste—
— Elle ne voulait pas t’inquiéter.
Chaque mot est posé calmement, comme une vérité déjà vérifiée.
Je secoue la tête, refusant.
— Vous mentez.
— Ton père est endetté.
Il continue, imperturbable.
— L’entreprise est au bord de la faillite.
Ma respiration se coupe.
— Arrêtez…
— Et toi…
Il marque une pause.
— Tu n’as plus rien.
Le silence qui suit est brutal. Je le fixe, incapable de répondre. Parce qu’une partie de moi sait ... sait qu’il dit vrai.
Mes mains se crispent légèrement.
— Pourquoi vous me dites tout ça ?
Ma voix est plus basse maintenant.
Il soutient longuement mon regard.
— Parce que je peux régler tous tes problèmes.
Un rire nerveux m’échappe.
— Bien sûr.
Je secoue la tête.
— Et en échange ?
Cette fois, il ne détourne pas le regard.
— Je ne donne jamais rien gratuitement.
Je ferme les yeux une seconde.
Évidemment…
Quand je les rouvre, il est toujours là. Immobile. Patient.
— Alors dites-le clairement.
Un léger silence.
Puis, sans la moindre hésitation :
— Épouse-moi.
Je le regarde, certaine d’avoir mal entendu.
— Pardon ?
— Devient ma femme.
Son ton ne change pas.
Comme s’il venait de proposer quelque chose de parfaitement banal.
Je laisse échapper un souffle incrédule.
— Vous êtes sérieux…
— Très.
Je recule d’un pas.
— C’est… complètement absurde.
Mon cœur bat trop vite.
— Je n’ai même pas encore divorcer de votre fils.
— Justement.
Sa réponse est immédiate.
Je le fixe, déstabilisée.
— Vous êtes malade.
— Peut-être.
Il se redresse légèrement.
— Mais je suis aussi le seul homme capable de sauver ta mère.
— Vous n’avez pas le droit de—
— J’ai tous les droits.
Sa voix ne monte pas mais elle écrase tout. Le silence retombe.
Je sens mon cœur cogner dans ma poitrine, mes pensées se bousculer.
— Pourquoi moi ?
La question m’échappe avant même que je puisse la retenir.
Il me regarde comme s’il pesait la réponse.
Puis :
— Parce que tu es exactement là où j’avais besoin que tu sois.
Un frisson glacé me traverse.
Qu’est-ce que ça veut dire… ?
Mais il ne développe pas.
— Réfléchis.
Il se tourne vers la porte.
— Je ne répéterai pas mon offre.
Il s’arrête une seconde, sans me regarder.
— Et je ne t’offrirai pas une deuxième chance.
Je restai longtemps immobile après le départ de Vittorio.La porte venait de se refermer derrière lui mais j’avais encore l’impression que sa présence occupait entièrement la pièce. Mon cœur refusait toujours de ralentir correctement et ma peau brûlait encore à l’endroit où il avait retenu mon poignet.“Je refuse de devenir un homme qui profite d’une femme brisée.”Pourquoi cette phrase me bouleversait-elle autant ?Je laissai échapper un souffle fatigué avant de passer une main dans mes cheveux.Tout était devenu incompréhensible.Quelques semaines plus tôt encore, ma vie semblait parfaitement tracée. J’avais un mari. Un avenir. Une place dans le monde. Matteo et moi formions ce couple que tout le monde admirait.Et maintenant… je me retrouvais dans la forteresse d’un Don de la mafia italienne après avoir presque embrassé son père.Mon Dieu.Je fermai les yeux quelques secondes avant de me diriger lentement vers les immenses fenêtres du salon. Les montagnes italiennes disparaissaient
Je restai immobile près du canapé tandis que Sofia quittait discrètement la pièce derrière les hommes. Dès que la porte se referma, le silence devint encore plus oppressant.Vittorio me regardait toujours. Ce regard me troublait bien plus que je ne voulais l’admettre.Comme s’il réfléchissait déjà à plusieurs coups d’avance pendant que moi, j’essayais encore de comprendre ce qui était en train de se passer.— Qui sont exactement les Russo ? demandai-je finalement.— Une famille qui oublie parfois sa place.La simplicité de sa réponse me fit presque frissonner.— Ils ont attaqué un de vos ports…— Oui.— Et plusieurs hommes sont morts.— Oui.Il répondait avec un calme dérangeant.Comme si la violence faisait partie de son quotidien au point de ne plus provoquer la moindre émotion chez lui.Je le fixai quelques secondes avant d’oser poser la question qui me brûlait les lèvres.— Et maintenant ?Cette fois, un léger silence passa.Puis Vittorio leva enfin les yeux vers moi.— Maintenant
La voiture roulait depuis longtemps déjà lorsque j’ai aperçu les premières lumières au loin.Je regardais silencieusement le paysage défiler derrière la vitre teintée sans réussir à calmer le chaos dans ma tête. La ville avait disparu depuis plus d’une heure et les routes traversaient désormais des collines sombres où seuls les phares du convoi semblaient encore exister.Personne ne parlait.Les hommes installés à l’avant restaient parfaitement silencieux tandis que deux autres véhicules noirs nous suivaient à distance régulière. Tout respirait l’organisation, la discipline, le contrôle absolu.Et cela ne faisait qu’accentuer cette sensation oppressante qui grandissait en moi depuis plusieurs jours.Je n’étais plus dans mon monde.Depuis le soir où j’avais accepté l’offre de Vittorio De Santis, tout semblait irréel, comme si j’avançais dans une existence qui appartenait à quelqu’un d’autre.À côté de moi, Vittorio parcourait calmement plusieurs documents qu’un homme lui avait transmis
Je restai immobile plusieurs secondes après son départ.Le bruit des entraînements avait repris autour de moi, les coups, les respirations lourdes, les ordres brefs échangés entre les hommes… mais tout me semblait soudain étouffé, lointain parce que mon esprit était encore bloqué sur ses derniers mots.“Le jour où je te toucherai, tu ne devras plus penser à un autre homme quand tu fermeras les yeux.”Je déglutis difficilement.Pourquoi est-ce que cette phrase me bouleversait autant ?Je devrais le détester.Tout chez Vittorio aurait dû me faire peur. Son pouvoir. Son contrôle. Cette violence silencieuse qui semblait exister partout autour de lui.Et pourtant…Quand il s’était approché de moi, mon corps avait réagi avant même que ma tête puisse réfléchir.Cette idée seule suffisait à me mettre en colère contre moi-même.— Madame ?Je sursautai légèrement avant de tourner la tête.Bianca venait d’entrer dans la salle.— Monsieur De Santis m’a demandé de vous raccompagner.Évidemment !!!
Vittorio resta quelques secondes devant moi sans détourner le regard. Sa présence suffisait à écraser tout l’espace autour de lui. Même les hommes derrière lui semblaient attendre silencieusement le moindre de ses mouvements.Puis il recula légèrement.— Mange.Je clignai des yeux, surprise par le changement brutal de sujet.— Pardon ?— Tu n’as presque rien avalé depuis hier.Je baissai instinctivement les yeux vers la table. Des assiettes impeccablement dressées occupaient toute la longueur du marbre noir. Fruits frais, viennoiseries, café, plats chauds… assez pour nourrir une dizaine de personnes.Et pourtant, il mangeait presque rien.Je pris finalement la tasse devant moi.— Vous contrôlez toujours tout comme ça ?Il s’assit de nouveau avec ce calme insupportable qui semblait ne jamais le quitter.— Oui.— Ça doit être épuisant.— Non.Je laissai échapper un léger soupir.— Vous avez réponse à tout, c’est incroyable.— Tu apprendras rapidement que dans mon monde, hésiter peut coû
Je n’ai presque pas dormi de la nuit.Même après être retournée dans ma chambre, même après avoir verrouillé la porte derrière moi et être restée de longues minutes sous l’eau brûlante de la douche, les images continuaient de tourner dans ma tête sans me laisser le moindre répit.Cette immense salle blanche et or.Et surtout… Vittorio.Je revoyais encore ses yeux lorsqu’il m’avait aperçue sur le seuil de la porte. Cette colère glaciale qui avait traversé son regard ne ressemblait pas à de la honte. Ce n’était pas non plus de la gêne. C’était pire. Une colère froide, parfaitement maîtrisée, le genre de colère qui ne s’exprime pas par des cris mais par des décisions dangereuses.Je me retournais encore dans le lit lorsque je finis par abandonner définitivement l’idée de dormir. Une faible lumière traversait déjà les immenses rideaux de soie de la chambre, annonçant l’arrivée du matin.Je me redressai lentement.Ma tête me faisait mal. Mon ventre aussi.Chaque partie de mon corps semblai







