LOGINLuna Un an après le mariage , douze mois de vie à trois, douze mois de bonheur difficile mais vrai , nous célébrons notre anniversaire. La maison est décorée comme pour une fête, guirlandes lumineuses et lanternes en papier, des bougies parfumées sur chaque meuble. Le jardin resplendit dans la lumière dorée du crépuscule. Les massifs débordent de fleurs, les rosiers grimpent le long des murs, les légumes du potager sont prêts à être cueillis. Le tilleul est en fleurs, embaumant l'air de son parfum sucré et capiteux. Des guirlandes lumineuses courent le long de la terrasse, leurs petites ampoules clignotant comme autant d'étoiles tombées sur terre. Des bougies parfumées vacillent sur une table dressée pour trois, une longue nappe blanche, trois assiettes en porcelaine fine, trois verres en cristal qui tintent au moindre effleurement. Thomas a cuisiné , son risotto aux champignons, le plat qu'il réussit le mie
Luna Un soir de septembre , la rentrée, les nuits qui rafraîchissent, les premières feuilles qui commencent à rougir , alors que nous rentrions du Velours Noir, une ombre nous a suivis. La rue était calme, presque déserte. Les réverbères éclairaient par intermittence, créant des flaques de lumière jaune entre lesquelles nous marchions. J'ai senti un regard dans mon dos, une présence insistante. Un homme. Grand, brun, une fine cicatrice sur la joue. Je l’avais vu dans le club, plus tôt dans la soirée. Il avait dansé avec une fille, s’était montré insistant. Trop insistant. Il n’avait pas aimé qu’on le regarde , qu’on le juge, qu’on l'observe. Il avait croisé nos regards plusieurs fois, et le sien était chargé d'une menace sourde. Devant la porte de la maison , cette maison que nous avions transformée en foyer , il s’est approché. Son ombre massive a bloqué la lumière du réverbère. — Je vous ai
Luna Six mois passent. Une demi-année. Cent quatre-vingts jours de petits-déjeuners à trois, de nuits partagées, de repas cuisinés ensemble, de disputes et de réconciliations. Cent quatre-vingts jours à apprendre à être trois, à exister en trio, à inventer un quotidien que personne n'avait imaginé. Le temps a fait son œuvre, lentement, patiemment. Il a lissé les aspérités, poli les récifs, arrondi les angles vifs. Ce qui semblait impossible hier est devenu naturel aujourd'hui. Les réflexes s'installent, les habitudes se créent, les corps s'habituent. Nous avons appris à vivre à trois. À partager les espaces , la cuisine, la salle de bains, le lit devenu assez grand pour trois corps entrelacés. À partager les nuits , parfois deux, parfois trois, jamais seul. À partager les sourires, les peines, les joies minuscules qui font le sel de la vie. Les petits-déjeuners sont devenus un rituel. Chaque m
Luna La nuit de noces n’est pas une nuit ordinaire. L'air est doux, presque tiède, chargé des parfums du jardin , le jasmin, la rose trémière, le chèvrefeuille qui embaume la nuit. Les grillons chantent, obsédés, leurs mélodies stridentes se répondant d'un arbre à l'autre. La lune est pleine, suspendue au-dessus du tilleul comme un œil bienveillant. La maison est silencieuse, les invités sont partis depuis longtemps, les bougies que nous avions disposées pour la réception ont presque toutes brûlé, leurs dernières flammes vacillant doucement. Alex m’emmène dans l’aile Ouest , pas dans la chambre d’amis, pas dans celle où nous avons vécu nos premiers dérèglements, nos premières étreintes secrètes chargées de mensonges et de remords, mais dans sa chambre. La sienne. Celle qu’il n’avait jamais voulu partager avant nous, qu'il gardait comme un sanctuaire intime. Et ce soir, il l'ouvre. Les draps sont blancs, frai
Luna Le ciel est d’un bleu parfait, sans nuage, comme si le temps lui-même avait décidé de suspendre son vol pour nous offrir cette journée unique. Pas un souffle de vent. Les arbres sont immobiles, figés dans une contemplation silencieuse. Les oiseaux se sont tus, comme s'ils retenaient leur souffle pour ne pas troubler la cérémonie. Il règne dans le jardin une paix profonde, presque religieuse, une sérénité qui contraste avec les tempêtes que nous avons traversées. La petite cérémonie a lieu dans le jardin, sous le tilleul centenaire. Ses branches couvertes de feuilles nouvelles forment une voûte naturelle, une cathédrale de verdure que le soleil matinal traverse par endroits, dessinant des rayons d’or sur la pelouse fraîchement tondue. La lumière danse à travers les feuilles, projetant des ombres mouvantes qui semblent avoir été chorégraphiées pour l'occasion. Alex a disposé des bancs blancs en fer forgé , des bancs que
Luna La veille de la cérémonie, Alex m’emmène dans la chambre de l’aile Ouest. La pièce est éclairée aux bougies, comme aux premiers jours. Il a sorti les chandeliers en argent de la grand-mère, ceux qu'il gardait pour les fêtes, et a disposé les bougies sur toutes les surfaces , manteau de la cheminée, tables de chevet, rebord de la fenêtre. L'odeur de la cire fondue emplit l'air, douce et enivrante, mêlée à celle du bois ancien et du parfum d'Alex , ce santal boisé que je connais par cœur, que j'ai respiré des centaines de fois. Les draps sont frais, blancs, en lin. Le lit est fait avec soin, les oreillers gonflés, la couette lisse. — Je veux te la mettre, dit-il. — La bague ? — Oui. Pas devant Thomas. Pas devant témoin. Juste toi et moi. Comme un secret supplémentaire. Comme une première fois. Il ouvre l’écrin, le pose sur la table de chevet entre les deux boug







