LOGINLuna
Il m'explique, me montre. Je dois rester à genoux, le dos droit, les mains sur les cuisses, le regard baissé. Je ne dois pas bouger, ne pas parler, ne pas lever les yeux tant qu'il ne m'y autorise pas.Je prends la position. Le parquet est dur sous mes genoux, mais je ne bouge pas. Je regarde le sol, j'écoute ses pas qui s'éloignent, qui reviennent. Le silence est pesant, excitant.
— Tu peux parler, dit-il au bout
LunaIl m'attache. Les menottes en cuir sont douces, mais fermes. Mes bras sont levés au-dessus de ma tête, fixés à la poutre par une chaîne assez longue pour que je puisse bouger un peu, mais pas assez pour que je puisse me libérer. Je suis là, debout, les bras en l'air, offerte.Alex recule, me contemple.— Tu es magnifique, murmure-t-il. Vraiment magnifique. Cette pose, cette attente, cette soumission... C'est pour ça que je te garde, Luna. Parce que personne d'autre ne pourrait être aussi parfaite que toi.Il s'assoit dans son fauteuil, allume son ordinateur, commence à travailler. Comme si de rien n'était. Comme si je n'étais pas là, suspendue à cette poutre, les bras qui commencent à tirer, le corps qui s'engourdit.Les minutes passent. Dix minutes. Vingt minutes. Il tape sur son clavier, répond à des m
LunaIl m'embrasse sur le front, doucement.— Maintenant, lève-toi. Remets-toi en ordre. Et retourne travailler. Sois gentille avec Camille. Sois son amie.Je me lève en tremblant. Je rajuste mes vêtements, je passe une main dans mes cheveux. Je regarde Alex qui est déjà retourné derrière son bureau, absorbé par ses papiers. Déjà ailleurs. Déjà loin de moi.— Tu peux disposer, dit-il sans lever les yeux.Je sors. Dans l'open-space, Camille est à son poste. Elle me sourit timidement quand je passe. Je lui rends son sourire, un sourire mécanique, forcé.— Ça va ? demande Clara à côté de moi. T'as l'air bizarre.— Ça va, dis-je en m'asseyant.Je regarde Camille du coin de l'œil. Elle est en train de lire quelque chose sur son écran, concentrée, un cray
LunaLes semaines passent. L'automne s'installe, les feuilles jaunissent dans les rues, et ma vie a pris un rythme étrange, une double existence entre mon appartement avec Thomas , doux, aimant, aveugle et le cabinet avec Alex , exigeant, possessif, omniprésent.Les soirées comme celle du loft se sont reproduites. Pas souvent, juste assez pour que je m'habitue. Juste assez pour que cela devienne presque normal. Alex m'emmène dans des endroits différents, rencontre des gens différents, et parfois, très souvent, je finis entre les mains d'autres. Des hommes, des femmes, des couples. Je fais ce qu'on me dit, je tais ce que je ressens, je rentre ensuite me blottir contre Thomas en faisant semblant que tout va bien.Une partie de moi s'est habituée. Une partie de moi a même appris à aimer ça , le regard d'Alex pendant que je suis avec d'autres, sa satisfaction silencieuse, ses ré
LunaSon pouce caresse l'intérieur de mon coude, un geste doux, apaisant. L'homme se tient derrière moi maintenant, je sens la chaleur de son corps contre mon dos.— Personne ne te forcera, ajoute-t-il. C'est une invitation, pas un ordre.Mais c'est un ordre. Je le sais. Alex regarde. Alex attend. Et si je refuse, si je ne fais pas ce qu'il veut, il y aura des conséquences. La clé USB. Les vidéos. La fin de tout.— D'accord, dis-je dans un souffle.Le sourire de la femme s'élargit. Elle prend ma main, m'entraîne vers un coin plus sombre du loft, un renfoncement avec un grand canapé circulaire. L'homme nous suit. Je regarde une dernière fois vers le bar. Alex a levé sa coupe, très légèrement. Un toast silencieux. À ma perte. À mon abandon.Dans le coin sombre, la femme s'assoit sur le canapé et m'attire à c&o
LunaJe me lève, je vais dans la chambre. Je fouille dans mon armoire, derrière une pile de pulls que je ne mets jamais. Je cache la clé tout au fond, dans une vieille boîte à chaussures. Puis je retourne dans la cuisine, j'efface mes larmes, je bois un verre d'eau.Quand Thomas rentre, une heure plus tard, je suis devant les fourneaux, en train de préparer des pâtes. Il m'embrasse dans le cou.— Ça va ? demande-t-il. T'as l'air fatiguée.— Ça va, dis-je en souriant. Juste une longue journée. Le stage, tu sais.Le mensonge est devenu ma seconde nature. Mais ce soir, en m'endormant dans ses bras, je sens le poids de cette clé USB cachée dans mon armoire, comme une bombe à retardement. Et je sais que ma vie avec Alex vient d'entrer dans une nouvelle phase. Une phase sans retour possible.LunaLes jours qui suiv
LunaC'est un mardi ordinaire. Enfin, ordinaire selon les nouveaux standards de ma vie, ceux où l'ordinaire inclut des photos intimes envoyées sur commande, des heures à genoux sous un bureau, et ce collier que je n'enlève jamais, pas même pour dormir.Je rentre du travail, épuisée, les épaules lourdes. Thomas n'est pas là, il a une réunion qui finit tard. L'appartement est silencieux, vide. Je pose mon sac sur la table de la cuisine, je me sers un verre d'eau, je bois à même la bouteille comme une adolescente.C'est en rangeant mon sac que je la trouve.Je fouillais machinalement à la recherche de mon chargeur de téléphone, mes doigts tâtonnant dans le chaos habituel – tickets de métro froissés, stylos sans capuchon, un paquet de mouchoirs entamé – quand ils rencontrent un objet dur, plat, inconnu. Je
LunaJe tremble encore.Tout mon corps pulse au rythme de mon cœur, comme si chaque battement résonnait sous ma peau. Le bruit autour de moi revient par vagues : murmures étouffés, respirations lentes, pas feutrés sur le tapis épais. Le monde reprend forme petit à petit, comme si je remontais à la
LunaQuatorze heures. Je n'en peux plus. Je ne peux plus attendre une minute de plus. J'entre dans la demeure , il m'a indiqué un passage secret, je monte les escaliers quatre à quatre. L'ascenseur est trop lent. Je veux sentir mes muscles travailler, mon souffle s'acc&
LunaJ'ouvre les yeux.La lumière est douce, filtrée par des rideaux que je ne reconnais pas. Pendant une fraction de seconde, mon cerveau cherche à comprendre où je suis. Puis tout me revient.Et un sourire immense étire mes lèvres.Mon corps tout entier est un territoire de souvenirs. Chaque musc
LunaLes cours, le matin, sont interminables. Je regarde les chiffres défiler sur les tableaux sans les voir, j'entends la voix du professeur sans l'écouter. Mes doigts tapotent sur la table, impatients. Mon téléphone vibre de temps en temps, et ch