LOGINJe surprends Chloé en train de le fixer, intensément, longuement, comme si elle essayait de percer son masque par la seule force de sa volonté. Elle regarde Marc, puis Simon, puis Marc à nouveau. Et je vois quelque chose dans ses yeux, une étincelle, une prise de conscience, une décision qui est en train de se former derrière ses pupilles noires.La visite se termine, les adieux sont polis, les sourires sont de circonstance. Je remets le manteau de Simon, je l'installe dans son siège-auto, je hèle un taxi pour rentrer chez moi. Marc propose de me raccompagner, mais je refuse, je préfère être seule, je préfère ne pas avoir à jouer la comédie pendant les vingt minutes du trajet.Le taxi s'éloigne, la maison de Lucas disparaît derrière nous. Simon s'endort dans son siège, bercé par le ronronnement du moteur. Et moi, je regarde défiler la ville par la fenêtre, je repense à cette après-midi étrange, à ces deux bébés allongés côte à côte, à ces deux demi-frères
BrigitteTrois mois. Simon a trois mois aujourd'hui, et je l'emmène pour la première fois chez Lucas et Chloé. C'est une visite officielle, une visite de courtoisie, une visite que j'ai repoussée aussi longtemps que possible mais que je ne peux plus éviter maintenant. Lucas est mon gendre, ou plutôt mon ex-gendre, ou plutôt le père de Gabriel qui n'est pas vraiment mon petit-fils mais qui l'est quand même d'une certaine manière. Les liens familiaux sont devenus tellement compliqués dans cette histoire que je ne sais même plus comment les qualifier.Je prépare Simon avec un soin presque maniaque, je lui mets son plus joli body, celui avec les petits oursons brodés sur le col, je l'enveloppe dans une couverture douce que j'ai tricotée pendant les derniers mois de ma grossesse. Il gazouille, il sourit, il agite ses petits poings dans le vide comme s'il cherch
Je comprends que Marc n'est pas libre, qu'il ne sera jamais libre, qu'il est prisonnier de ses propres mensonges autant que je suis prisonnière de mon amour pour lui. Je comprends qu'il doit partir, qu'il doit mentir, qu'il doit faire semblant. Et je comprends que je dois rester, que je dois élever Simon seule, que je dois être forte pour deux, pour trois, pour tous ceux qui ne seront pas là.— Je t'appellerai, dit-il en déposant un baiser sur mon front. Je passerai dès que je pourrai.— Oui. Je sais.Il se tourne vers Simon, il le regarde une dernière fois, il pose sa main sur sa petite tête recouverte d'un duvet brun. Et puis il part, il quitte la chambre, il referme la porte derrière lui. Le bruit de la porte qui se ferme résonne dans le silence de la pièce, et je me retrouve seule, avec mon bébé dans les bras, avec cette solitude qui est mon lot d
Les contractions reprennent, plus fortes, plus rapprochées, le travail s'accélère. La péridurale atténue la douleur mais n'efface pas tout, je sens la pression, la poussée, l'envie irrépressible de faire sortir ce bébé de mon corps. La sage-femme m'explique qu'il va falloir pousser bientôt, que le col est presque complètement dilaté, que le bébé arrive.— Tu m'entends, Simon ? murmure Marc en posant sa main sur mon ventre. Tu m'entends, mon fils ? C'est ton père. Je suis là. Je suis venu.Mon fils. Il a dit mon fils. C'est la première fois qu'il dit ces mots à voix haute, la première fois qu'il reconnaît ce bébé comme le sien, la première fois qu'il assume cette paternité illégitime devant un témoin. La sage-femme ne bronche pas, elle continue son travail, elle pr&ea
La douleur passe, je me redresse, je compose le numéro du taxi. Une voix ensommeillée me répond, je donne mon adresse, on me promet une voiture dans dix minutes. Dix minutes, c'est à la fois trop long et trop court, une éternité à attendre dans ce couloir glacial, un souffle à peine pour me préparer à ce qui va suivre. Je vérifie mon téléphone une dernière fois, aucun appel manqué, aucun message. Marc n'a pas rappelé, Marc n'a pas écouté mon message, Marc est probablement endormi dans les bras de sa femme légitime en ignorant que sa maîtresse est en train d'accoucher de son deuxième fils.Le taxi arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué qui m'aide à porter ma valise sans faire de commentaires. Je m'installe à l'arrière, je respire péniblement, je fixe la
Et après-demain, et le jour d'après, et tous les jours qui suivront jusqu'à ce que tout explose, jusqu'à ce que la vérité éclate, jusqu'à ce que mon château de cartes s'effondre sur moi et m'ensevelisse sous ses décombres. Parce que c'est inévitable, je le sais maintenant, je le sais depuis le début. Un jour, une phrase de travers, un rendez-vous manqué, un message intercepté, et tout sera fini. Elsa saura pour Chloé, ou pour Brigitte, ou pour les deux. Lucas saura pour moi. Les enfants grandiront et poseront des questions. Et moi, je serai là, au milieu des ruines de ma vie, seul, vieilli, condamné à regarder en face les conséquences de mes actes.En attendant, je respire, je m'accroche, je tiens bon. Je suis Marc Lemoine, psychiatre, expert en contrôle émotionnel, champion toutes catégories de la dissimulatio







