INICIAR SESIÓNJe comprends que Marc n'est pas libre, qu'il ne sera jamais libre, qu'il est prisonnier de ses propres mensonges autant que je suis prisonnière de mon amour pour lui. Je comprends qu'il doit partir, qu'il doit mentir, qu'il doit faire semblant. Et je comprends que je dois rester, que je dois élever Simon seule, que je dois être forte pour deux, pour trois, pour tous ceux qui ne seront pas là.
— Je t'appellerai, dit-il en déposant un baiser suJe comprends que Marc n'est pas libre, qu'il ne sera jamais libre, qu'il est prisonnier de ses propres mensonges autant que je suis prisonnière de mon amour pour lui. Je comprends qu'il doit partir, qu'il doit mentir, qu'il doit faire semblant. Et je comprends que je dois rester, que je dois élever Simon seule, que je dois être forte pour deux, pour trois, pour tous ceux qui ne seront pas là.— Je t'appellerai, dit-il en déposant un baiser sur mon front. Je passerai dès que je pourrai.— Oui. Je sais.Il se tourne vers Simon, il le regarde une dernière fois, il pose sa main sur sa petite tête recouverte d'un duvet brun. Et puis il part, il quitte la chambre, il referme la porte derrière lui. Le bruit de la porte qui se ferme résonne dans le silence de la pièce, et je me retrouve seule, avec mon bébé dans les bras, avec cette solitude qui est mon lot d
Les contractions reprennent, plus fortes, plus rapprochées, le travail s'accélère. La péridurale atténue la douleur mais n'efface pas tout, je sens la pression, la poussée, l'envie irrépressible de faire sortir ce bébé de mon corps. La sage-femme m'explique qu'il va falloir pousser bientôt, que le col est presque complètement dilaté, que le bébé arrive.— Tu m'entends, Simon ? murmure Marc en posant sa main sur mon ventre. Tu m'entends, mon fils ? C'est ton père. Je suis là. Je suis venu.Mon fils. Il a dit mon fils. C'est la première fois qu'il dit ces mots à voix haute, la première fois qu'il reconnaît ce bébé comme le sien, la première fois qu'il assume cette paternité illégitime devant un témoin. La sage-femme ne bronche pas, elle continue son travail, elle pr&ea
La douleur passe, je me redresse, je compose le numéro du taxi. Une voix ensommeillée me répond, je donne mon adresse, on me promet une voiture dans dix minutes. Dix minutes, c'est à la fois trop long et trop court, une éternité à attendre dans ce couloir glacial, un souffle à peine pour me préparer à ce qui va suivre. Je vérifie mon téléphone une dernière fois, aucun appel manqué, aucun message. Marc n'a pas rappelé, Marc n'a pas écouté mon message, Marc est probablement endormi dans les bras de sa femme légitime en ignorant que sa maîtresse est en train d'accoucher de son deuxième fils.Le taxi arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué qui m'aide à porter ma valise sans faire de commentaires. Je m'installe à l'arrière, je respire péniblement, je fixe la
Et après-demain, et le jour d'après, et tous les jours qui suivront jusqu'à ce que tout explose, jusqu'à ce que la vérité éclate, jusqu'à ce que mon château de cartes s'effondre sur moi et m'ensevelisse sous ses décombres. Parce que c'est inévitable, je le sais maintenant, je le sais depuis le début. Un jour, une phrase de travers, un rendez-vous manqué, un message intercepté, et tout sera fini. Elsa saura pour Chloé, ou pour Brigitte, ou pour les deux. Lucas saura pour moi. Les enfants grandiront et poseront des questions. Et moi, je serai là, au milieu des ruines de ma vie, seul, vieilli, condamné à regarder en face les conséquences de mes actes.En attendant, je respire, je m'accroche, je tiens bon. Je suis Marc Lemoine, psychiatre, expert en contrôle émotionnel, champion toutes catégories de la dissimulatio
Les patients défilent dans mon bureau, les uns après les autres, avec leurs angoisses et leurs dépressions et leurs traumatismes. Je les écoute, je les conseille, je les soigne. Je suis bon dans mon métier, ça au moins personne ne peut me l'enlever. Je suis un bon psychiatre, peut-être même un excellent psychiatre, parce que je comprends la souffrance humaine de l'intérieur, parce que je sais ce que c'est que de porter un secret trop lourd, parce que je vis chaque jour avec une angoisse qui mériterait d'être elle-même prise en charge.Mais comment voulez-vous que j'aille voir un confrère ? Comment voulez-vous que je m'allonge sur un divan et que je raconte ma vie ? Bonjour docteur, je mène trois vies parallèles, j'ai deux maîtresses, trois enfants en route, et je mens à tout le monde depuis si longtemps que je ne sais même plus qui je suis vr
MarcLe réveil sonne à six heures trente, comme tous les matins, comme une condamnation à perpétuité qui se renouvelle chaque jour sans possibilité de libération conditionnelle. J'ouvre les yeux, je fixe le plafond de la chambre, je prends conscience de mon corps, de mes membres, de ma respiration. Et la première chose que je ressens, avant même d'avoir posé le pied par terre, avant même d'avoir allumé la lumière, avant même d'avoir regardé le visage d'Elsa endormie à côté de moi, c'est la fatigue. Une fatigue absolue, totale, existentielle. Une fatigue qui ne se mesure pas en heures de sommeil perdues, qui ne se compense pas par des nuits de repos, qui ne disparaîtra jamais tant que je continuerai à mener cette triple vie impossible.Le pire, ce n'est pas la fatigue elle-même. Le pire, c'est ce qu'elle fait de







