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CHAPITRE 6 — La Forêt des Ombres 2

Autor: Dledition
last update Data de publicação: 2026-09-20 19:22:52

Ambre

Trois jours ont passé depuis que j'ai trouvé refuge dans ce village. Trois jours que je me terre dans cette grange poussiéreuse, sortant uniquement la nuit pour voler quelques fruits dans les jardins voisins. Je ne suis pas fière de moi. Mais je n'ai pas le choix. Je n'ai pas d'argent, pas de nourriture, pas de vêtements de rechange.

La femme du puits , elle s'appelle Marta, j'ai fini par l'apprendre , ne m'a pas posé de questions. Elle m'apporte parfois un morceau de pain, un bol de soupe. Elle ne me demande rien en retour. Je me demande pourquoi. Peut-être qu'elle reconnaît en moi quelque chose. Peut-être qu'elle a connu la même chose. Peut-être qu'elle est juste bonne.

Je n'ose pas lui parler. Je n'ose parler à personne. Ma voix est encore trop fragile. Mes pensées encore trop chaotiques. Je passe mes journées allongée sur le foin, les yeux fixés sur les poutres du plafond, à ressasser les mêmes questions sans jamais trouver de réponses.

Pourquoi ?

Ce mot est devenu mon compagnon. Mon bourreau. Il me suit partout, s'immisce dans chaque pensée, chaque rêve, chaque réveil. Pourquoi Damien m'a-t-il rejetée ? Pourquoi avec cette froideur ? Pourquoi ne m'a-t-il rien dit ?

Je n'ai pas de réponses. Juste ce vide dans ses yeux, cette indifférence glaciale qui me hante.

Mais quelque chose d'autre me trouble. Quelque chose que je n'arrive pas à identifier. Une sensation étrange, comme un picotement sous ma peau, une chaleur qui monte parfois sans prévenir. Cela a commencé après la cérémonie. Au début, j'ai cru que c'était le contrecoup de l'émotion. Le choc, la douleur, la fatigue. Mais cela ne ressemble à rien de ce que j'ai connu.

Parfois, la nuit, je me réveille en sursaut, le cœur battant, la peau brûlante. Comme si quelque chose remuait en moi. Quelque chose d'ancien. Quelque chose de puissant.

Je n'en parle à personne. Je n'ose pas. Je ne veux pas attirer l'attention. Je ne veux pas qu'on me prenne pour une folle.

Ce soir-là, je décide de m'aventurer plus loin. Marta m'a parlé d'une rivière, à quelques kilomètres du village. L'eau y est pure, dit-elle, et les baies qui poussent sur les rives sont comestibles. J'ai besoin de me laver, de me sentir propre. J'ai besoin de faire le plein de provisions.

Je quitte la grange à la tombée de la nuit. Le village est calme, silencieux. Les lumières s'éteignent une à une. Je marche vite, rasant les murs, évitant les rares passants. Je ne veux pas être vue. Je ne veux pas être questionnée.

La forêt commence à la lisière du village. Une forêt dense, sombre, qui s'étend à perte de vue. On dit qu'elle est hantée — par des esprits, des démons, des créatures de la nuit. Mais je n'ai plus peur des fantômes. J'ai connu pire. J'ai connu le rejet. J'ai connu la trahison. Rien ne peut être pire que ça.

Je m'enfonce entre les arbres, suivant un sentier à peine visible. La lune est voilée par les nuages, plongeant la forêt dans une obscurité presque totale. Je trébuche sur les racines, me griffe les mains sur les ronces, mais je continue. La rivière ne doit plus être très loin.

Un bruit me fait m'arrêter net. Un craquement de branche, quelque part sur ma droite. Je tends l'oreille, le cœur battant. Le silence retombe. Un animal, sans doute. Un cerf, un sanglier. Rien de dangereux.

Je reprends ma marche. Mais l'angoisse ne me quitte pas. J'ai l'impression d'être suivie. J'ai l'impression que des yeux m'observent dans l'obscurité. Je presse le pas, serrant les poings, prête à me défendre si nécessaire.

Je n'ai jamais eu à me battre. Je n'ai jamais appris. Mais quelque chose me dit que je pourrais. Quelque chose me dit que je pourrais faire mal, si je le voulais.

Le bruit revient. Plus proche, cette fois. Je m'arrête, me retourne vivement. Rien. Juste l'obscurité, les arbres, les ombres qui dansent.

— Qui est là ? lancé-je, ma voix tremblante.

Pas de réponse. Juste le silence, lourd, oppressant.

Je reprends ma marche, plus vite cette fois. La rivière. Je dois atteindre la rivière. Une fois là-bas, je pourrai me laver, remplir ma gourde, et rentrer. Je ne m'attarderai pas. Je ne prendrai pas de risques.

Mais le bruit revient encore. Et cette fois, je les vois.

Des yeux. Des dizaines d'yeux. Qui brillent dans l'obscurité, tout autour de moi. Des yeux jaunes, sauvages, affamés.

Des loups.

Non. Pas des loups ordinaires. Des loups non affiliés. Des parias, comme moi. Mais eux, ils ont choisi la sauvagerie. Ils ont choisi la violence. Ils ne sont plus vraiment des lycans. Ils sont devenus des bêtes.

Je recule lentement, les mains levées en signe d'apaisement.

— Je ne veux pas de problèmes, dis-je d'une voix calme, essayant de contrôler ma peur. Je ne suis pas votre ennemie.

Un grognement me répond. Puis un autre. Puis encore un autre. Ils avancent, sortant de l'ombre, formant un cercle autour de moi. Une dizaine, peut-être plus. Des mâles, grands, musclés, les yeux luisants de faim et de cruauté.

Le chef , un loup gris, balafré, aux crocs jaunis , s'avance vers moi. Il me domine de toute sa hauteur, sa gueule ouverte, son haleine fétide me soufflant au visage.

— Une omega, dit-il d'une voix rauque. Seule. Sans protection.

Je frissonne. Comment le sait-il ? Comment devine-t-il ce que je suis ?

— Je ne cherche pas d'ennuis, répété-je, ma voix plus ferme cette fois.

Le loup rit. Un rire cruel, sans joie.

— Les omegas sont faibles. Les omegas sont faites pour être prises. C'est la loi de la nature.

Je serre les poings. La colère monte en moi, brûlante, irrépressible. Je ne suis pas faible. Je ne suis pas faite pour être prise. Je ne suis pas une proie.

— Ne me touchez pas, dis-je, les dents serrées.

Le loup s'approche encore. Sa gueule est à quelques centimètres de mon visage. Je sens son souffle chaud, son odeur de fauve. Mon cœur bat à tout rompre. Mes jambes tremblent. Mais je ne recule pas.

— Et si je te touche ? murmure-t-il. Qu'est-ce que tu vas faire ? Crier ?

Il tend la patte vers moi. Je ferme les yeux. Et quelque chose se déchire en moi.

Une vague de puissance explose depuis mon plexus, projetant le loup en arrière avec une force inouïe. Il percute un arbre avec un craquement sinistre et s'effondre au sol, gémissant. Les autres loups reculent, surpris, effrayés.

Je reste figée, les mains tremblantes, le souffle court. Qu'est-ce que c'était ? Qu'est-ce qui vient de se passer ?

Le chef se relève péniblement, les yeux fous de rage et de peur.

— Qu'est-ce que tu es ? souffle-t-il.

Je ne réponds pas. Je ne sais pas. Je ne sais plus rien.

Les loups hésitent un instant. Puis, lentement, ils reculent, disparaissant dans l'obscurité. Leurs yeux jaunes s'éteignent un à un. Le silence retombe sur la forêt.

Je reste seule, tremblante, les mains encore levées devant moi. Mon cœur bat si fort que je l'entends résonner dans ma tête. Qu'est-ce qui vient de se passer ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

Je regarde mes mains. Elles me semblent étrangères. Comme si elles appartenaient à quelqu'un d'autre. Comme si une force ancienne, endormie, venait de s'éveiller en moi.

Je tombe à genoux. Mes jambes ne me portent plus. Le sol est froid, humide. Je m'y agrippe, essayant de retrouver mon souffle.

La forêt est silencieuse. Les loups sont partis. Mais je sens encore leur présence, comme une menace latente. Je dois partir. Je dois rentrer. Je dois me mettre à l'abri.

Mais je n'arrive pas à bouger. Je reste là, prostrée, à fixer mes mains, à me demander ce que je suis devenue.

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