تسجيل الدخولElle se lève, contourne la table, s'assoit sur mes genoux. Ses bras entourent mon cou, son front touche le mien.
— Alors on échouera ensemble. Mais au moins, on aura essayé.
Je l'embrasse.
C'est doux, lent, différent de la fièvre d'hier soir. C'est un baiser qui goûte le risque et la promesse. Un baiser qui dit je ne sais pas mais je veux essayer.
Ses mains se glissent dans mes cheveux, les miens trouvent
Elle se jette dans mes bras, et je la rattrape, je la serre, je respire son odeur. C'est comme revenir à la vie après des jours d'apnée.— Tu m'as manqué, je murmure dans ses cheveux.— Toi aussi. Tellement.On reste là, au milieu de la foule, à s'enlacer comme si on ne s'était pas vus depuis des années. Les gens nous contournent, certains sourient, d'autres s'en foutent. Moi, je ne vois qu'elle.— Viens, dit-elle en prenant ma main. J'ai préparé à manger.Dans la voiture, elle conduit, et ma main est posée sur sa cuisse. Juste posée. C'est tout. Mais c'est tout.— Ça s'est bien passé ? demande-t-elle.— Oui. Mais j'étais ailleurs tout le temps.— Où ça ?— Dans ton lit. À imaginer que j'y étais avec toi.Elle rit, rougit
Il reste figé un long moment. Puis il sourit, un sourire tremblant, incertain, magnifique.— Moi aussi, je t'aime, Lysandre. Je crois que je t'aime depuis le premier jour où tu m'as rembarré.— Je ne t'ai pas rembarré.— Si. Complètement. Et c'est pour ça que je suis tombé.On rit, on pleure un peu, on s'embrasse. Et on fait l'amour, doucement, patiemment, comme pour célébrer cette première fois des "je t'aime".La fissure d'hier est refermée. Pour l'instant.LysandreIl est parti y a trois heures.Un déplacement professionnel imprévu. Lyon, un client qui refuse de signer sans le voir en personne. Il a hésité, cherché des solutions, voulu annuler. Je l'ai poussé vers la porte.— Vas-y, j'ai dit. C'est ton travail. Je ne vais pas m'envoler.
LysandreJe lui envoie un message : "Bonne journée ?"Il répond une heure plus tard : "Désolé, journée de ouf. Je t'appelle ce soir."Ce soir. Il a dit ce soir.Je rentre chez moi, prépare à manger pour deux, par habitude. Je mets la table, allume une bougie, comme une idiote. Puis je regarde la télé en attendant.Vingt et une heures. Vingt-deux heures. Vingt-trois heures.Il n'appelle pas.Je lui envoie un autre message, plus léger : "Toujours en vie ?"Pas de réponse.À minuit, je vais me coucher, le téléphone sur la table de nuit, la sonnerie au maximum. Je tourne, je me retourne, je guette l'écran dans le noir.Rien.Léo23h47Je regarde mon téléphone.Son message est là, tout simple : "Toujours en vie ?"
On parle encore un peu, de choses et d'autres, et quand je raccroche, je me sens plus légère. Partager, même un peu, ça allège le poids de ce que je ressens.Mais au fond, je sais que le vrai poids, c'est lui. C'est nous. C'est cette chose fragile et précieuse qu'on est en train de construire, brique par brique, nuit après nuit.LéoMathias m'attend dans notre bar. Celui où on se retrouve depuis quinze ans, où le patron nous connaît par nos prénoms, où on a nos tabourets attitrés.Il est déjà installé, une bière devant lui, l'air sérieux.— Te voilà, dit-il quand je m'assois. Le revenant.— Arrête ton cinéma.— Je ne fais pas de cinéma. Tu as disparu pendant trois jours. Tu n'as pas répondu à mes messages.
Elle se lève, contourne la table, s'assoit sur mes genoux. Ses bras entourent mon cou, son front touche le mien.— Alors on échouera ensemble. Mais au moins, on aura essayé.Je l'embrasse.C'est doux, lent, différent de la fièvre d'hier soir. C'est un baiser qui goûte le risque et la promesse. Un baiser qui dit je ne sais pas mais je veux essayer.Ses mains se glissent dans mes cheveux, les miens trouvent sa taille. On reste comme ça, à échanger des baisers légers, des effleurements, à apprendre la tendresse après avoir connu la tempête.— Reste ce soir, murmure-t-elle contre mes lèvres.— J'allais te le demander.Cette nuit, on fait l'amour différemment. Lentement. En explorant, en découvrant. Il n'y a pas cette urgence de la première fois, ce besoin de se consumer. Il y a juste deux cor
LéoDehors, l'air est froid et ça me fait du bien.Je marche sans savoir où je vais, les mains dans les poches, le souffle visible dans l'atmosphère glaciale. Mon corps est léger, étrangement léger, comme si j'avais laissé quelque chose dans cet appartement. Un poids. Une armure.Son odeur est encore sur ma peau.Je lève la main, celle qui a touché sa joue, et je la regarde. Ridicule. Je suis ridicule. Je me comporte comme un adolescent après son premier baiser, et j'ai trente-quatre ans, bordel.Mon téléphone vibre.Mathias.— Alors ? demande-t-il sans préambule.— Comment ça, alors ?— Ne joue pas au con. La fille. La libraire. Tu es resté chez elle ?Je marche plus vite, comme si je pouvais échapper à ses questions.— Oui.— Et ?







