LOGINIl se lève, docile, et l'accompagne jusqu'à la porte. Je les regarde partir. Lui, grand, voûté, marchant un pas derrière elle comme un valet derrière sa maîtresse. Elle, droite, raide, ne se retournant pas, ne lui accordant pas un regard.
Je reste seule à table, au milieu des miettes et des verres vides, de la vaisselle sale qui porte encore les traces de ce repas sinistre. Les autres clients rient, parlent, profitent
LéoLe réveil sonne. Sept heures.Je l'éteins avant qu'il ne la réveille. Ma main trouve le bouton par habitude, dans le noir, sans même ouvrir les yeux. Elle dort encore, recroquevillée contre moi, ses cheveux blonds étalés sur l'oreiller comme une rivière d'or pâle. Sa respiration est régulière, paisible, ce souffle léger qui soulève à peine sa poitrine. Elle sourit dans son sommeil. À quoi rêve-t-elle ? À des livres, peut-être, elle qui passe sa vie entre leurs pages. À nous. À des lendemains qui chantent. À des choses simples et belles.Je reste un moment à la regarder, immobile, retenant presque mon souffle pour ne pas troubler cet instant. Je pourrais faire ça toute la journée. Rester là, allongé, à regarder ses paupières frémir, ses l&egra
Il se lève, docile, et l'accompagne jusqu'à la porte. Je les regarde partir. Lui, grand, voûté, marchant un pas derrière elle comme un valet derrière sa maîtresse. Elle, droite, raide, ne se retournant pas, ne lui accordant pas un regard.Je reste seule à table, au milieu des miettes et des verres vides, de la vaisselle sale qui porte encore les traces de ce repas sinistre. Les autres clients rient, parlent, profitent de leur soirée. Autour de moi, la vie continue. Mais moi, je suis figée dans cet instant, le cœur serré, la gorge nouée.Je respire enfin. Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais retenu mon souffle pendant tout le repas.Léo revient quelques minutes plus tard. Il a l'air épuisé, vidé, comme s'il sortait d'un combat. Il se laisse tomber sur sa chaise, se prend la tête entre les mains. Ses doigts s'enfoncen
Il s'arrête, respire. Sa main cherche la mienne à tâtons sur le carrelage froid. Je la prends. Ses doigts sont glacés. Je les serre fort.— Elle n'est pas revenue. Ni ce jour-là, ni le lendemain, ni jamais. Mon père m'a dit qu'elle était partie en voyage. Un long voyage. Il ne m'a pas dit qu'elle ne reviendrait pas. Il ne m'a pas dit qu'elle m'avait abandonné. Il m'a laissé attendre. Tous les soirs, je regardais par la fenêtre de ma chambre, je guettais une voiture, une silhouette. Tous les matins, je courais dans la cuisine, le cœur battant. Pendant des mois. Des mois, Lysandre.Sa voix se brise. Il serre ma main plus fort, à me faire mal.— Elle est revenue quand j'avais quinze ans. Un jour, elle était là, dans le salon, assise sur le canapé comme si de rien n'était. Elle portait une robe élégante, des bijoux, du p
Arrivée à notre table, elle s'arrête. Elle nous observe un instant, Léo et moi, comme on observe des insectes sous une loupe. Puis elle se tourne vers son fils.Léo se lève, maladroit. Il manque de renverser son verre d'eau, se rattrape de justesse, fait trembler la table. Ses mains tremblent. Lui, Léo Marceau, l'homme qui négocie des contrats à plusieurs millions, qui tient tête aux plus grands avocats de Paris, il tremble devant sa mère.— Mère. Bonsoir.— Léo.Elle ne l'embrasse pas. Elle tend une joue, comme une reine tend sa main à baiser. Il y dépose un baiser rapide, presque protocolaire, un effleurement qui dure moins d'une seconde. Puis elle se tourne vers moi.— Et vous devez être...— Lysandre, dis-je en me levant à mon tour. Ravie de vous rencontrer, Madame.Je tends la m
Moi, je reste éveillé un moment, à regarder le plafond, à écouter les bruits de la nuit parisienne. La sirène d'une ambulance au loin. Le rire d'un passant dans la rue. Le ronronnement du frigo dans la cuisine.Mathias a raison. Elle est la meilleure chose qui me soit arrivée. Et je suis en train de tout gâcher. Pas encore, pas complètement, mais je sens la jalousie qui monte, qui me ronge de l'intérieur. Je pense à Gabriel, à son sourire calme, à ses yeux qui la regardent trop longtemps. Je pense à toutes les façons dont je pourrais la perdre.Mais cette nuit, elle est dans mes bras. Elle m'aime. Elle reste.Et je ferai tout pour ne pas la perdre.Tout.---LysandreLe restaurant est chic. Trop chic.Dès que je pousse la porte, je sens que je ne suis pas à ma place. Les nappes sont d
Le dîner est simple, joyeux, bruyant. Exactement comme je l'espérais. Mathias parle fort, rit plus fort encore, raconte des anecdotes sur notre adolescence que j'aurais préféré oublier. Il raconte comment je me suis fait arrêter une fois pour avoir escaladé la grille du lycée en pleine nuit, pour récupérer un livre que j'avais oublié dans ma case. Comment j'ai pleuré devant un film d'amour, en cachette, croyant que personne ne me voyait. Comment j'ai appris à danser, ou plutôt essayé, pour impressionner une fille qui finalement est sortie avec mon meilleur ami de l'époque.— Arrête, je dis. Tu vas lui faire peur.— Au contraire, répond Lysandre. J'adore. Raconte encore. Raconte-moi tout.Mathias raconte encore. Il raconte tout. Mes conquêtes, mes échecs, mes nuits blanches, mes lendemains difficiles. Il raconte l'homme que j'étais avant elle. Pas pour me nuire, non. Je le connais assez pour savoir qu'il ne ferait jamais ça. Il raconte pour lui mont
GabrielLa pluie a cessé. Elle a laissé la ville luisante, reflétant les lampadaires dans des flaques qui sont autant de lunes brisées. Je marche. Mes pas n’ont pas de destination, juste un besoin de mouvement, de faire circuler ce tourbillon à l’intérieur de ma poitrine.Le baiser sur sa main brûl
LysandreL’atelier est silencieux. Un silence différent. Il n’est plus rempli du bruit de mes doutes, du bourdonnement anxieux de mes pensées. Il est calme. Plein. Comme après une tempête, quand l’air est lavé et que chaque bruit devient distinct, précieux.Je regarde ma main. La peau à l’endroit o
LéoLe trottoir est humide sous mes pas, reflet des lumières de la ville. Chaque respiration forme un petit nuage pâle dans l’air froid du soir. Je marche, mais mon esprit est resté là-bas, dans la chaleur de ce café, face à elle.Son « oui » résonne encore en moi. Ce n’était pas un acquiescement à
Les jours passent.Lentement.Chaque matin,je me réveille en me demandant si aujourd’hui sera le jour.Chaque fois que la sonnette de l’atelier retentit,mon cœur fait un bond.Chaque fois que mon téléphone vibre,mes mains deviennent moites.Mais il ne vient pas.Il n’appelle pas.Il n’envoie aucun







