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Chapitre 3 – Ne pas être vue, être l’arme

Penulis: Darkness
last update Terakhir Diperbarui: 2025-11-16 18:49:31

Lys

Je l’ai vu dès qu’il est entré.

On les reconnaît vite, ceux qui n’ont jamais douté de leur pouvoir. Ils marchent comme s’ils repoussaient l’air devant eux, comme si le monde leur appartenait depuis l’enfance et que personne n’avait encore eu le courage de leur dire le contraire. Pas besoin de mots. Leurs silences sont pleins de bruit.

Je ne les aime pas. Mais je les regarde.

Par réflexe. Par lucidité.

Le bar sentait le cuir usé, les vapeurs d’alcool rassis et le bois ciré. Une odeur familière. Rassurante. Le genre de lieu où les habitués sont des ombres, et les étrangers des cibles. J’aimais ça. M’asseoir à une table reculée, dans la pénombre, les genoux croisés, un verre de whisky à portée de doigts, Pessoa entre mes mains. J’aimais ce silence volontaire. J’aimais être seule. J’aimais me faire oublier.

Mais lui, il ne m’a pas oubliée.

Léo. C’est ainsi qu’il s’est présenté à l’autre femme. Celle qui s’était déjà redressée sur sa banquette comme une fleur carnivore flairant sa proie. Il s’était à peine assis qu’elle riait. Trop fort. Trop vite. Avec cette manière de rire qui cherche à faire croire à l’intimité alors qu’ils ne s’étaient même pas encore frôlés.

Il lui a dit une phrase, je crois. Quelque chose de prétentieux et de beau. Il a le talent de ceux qui ont toujours eu des applaudissements à portée de main. Il souriait à moitié, comme s’il se savait coupable mais pardonnable, et elle buvait tout, lèvres entrouvertes, regard avide.

Moi, j’ai tourné une page. Pessoa. Mon écran de fumée.

Je ne lisais pas vraiment. Pas ce soir. Mais j’avais besoin de poser une barrière entre moi et le monde, et rien n’intimide plus qu’un livre sérieux tenu par une femme qui ne cherche pas à être distraite.

Il faisait partie de ces hommes qui aiment s’imposer là où on ne les attend pas. Pas forcément par orgueil. Par habitude. Le genre d’habitude qu’on forge quand tout vous sourit sans même qu’on le demande.

Et moi, je suis tout ce qu’il ne comprend pas.

Je suis l’ombre sur le mur qu’on oublie jusqu’à ce qu’elle bouge. La respiration qu’on n’entend pas avant qu’elle s’interrompe. Je suis la lame dans le noir, sans éclat, sans cri. J’ai passé trop d’années à me cacher pour ne plus savoir comment me fondre dans les décors. Je sais marcher sans bruit. Sourire sans chaleur. Disparaître sans fuir.

Mais ce soir, je suis restée là. Ancrée dans ce fauteuil usé, les coudes posés sur la table, le verre intact.

Parce que j’ai vu ce qu’il a tenté de cacher.

Son hésitation. Son souffle brièvement suspendu. Ce minuscule flottement dans ses pupilles, comme une onde dans une flaque calme. Une femme qui ne le regarde pas ? C’est rare. Pour lui, c’est presque une insulte.

Il a résisté quelques secondes. Assez pour ne pas paraître ridicule. Puis il s’est levé.

Elle a eu un mouvement. Un froncement de sourcils, un sursaut de lèvres comme pour retenir un mot. Elle s’est sentie trahie sans même avoir été touchée. Il l’a laissée là. Abandonnée dans un moment qui n’avait encore rien commencé.

Et lui, il a traversé la pièce. Chaque pas comme un choix. Lent, précis, sûr.

Je l’observais du coin de l’œil. Je ne bougeais pas. Même mon souffle restait calme. Il allait venir me parler. C’était une certitude. Il allait me jeter ses armes comme on jette un gant au sol pour provoquer un duel. Je pouvais partir. Me lever. L’ignorer. J’en avais l’habitude.

Mais ce soir, je restais.

Pourquoi ? Je n’en suis pas sûre. Peut-être à cause de ce frisson dans ma nuque. Peut-être parce que je n’avais rien à perdre. Peut-être parce qu’il y avait dans ses yeux un éclat que je reconnaissais.

La faim.

Pas celle qui cherche un corps à posséder. L’autre. Celle plus rare, plus dangereuse. Celle qui cherche une faille chez l’autre, une énigme, une arme.

Et moi, je suis une arme. Affûtée. Silencieuse. Tranchante dans mes silences. J’ai appris à l’être.

Je ne suis pas belle comme les femmes qu’il collectionne. Je ne suis pas faite pour les regards pressés ni pour les compliments faciles. Mon pouvoir à moi, c’est d’être oubliée trop vite, puis regrettée trop longtemps.

Il ne le sait pas encore. Il pense s’approcher d’un jeu.

Mais il ne sait pas que ce jeu, c’est moi qui l’ai écrit.

Il s’arrête devant moi. Me regarde. Trop longtemps. Je sens qu’il attend un frémissement. Un clignement. Un mouvement de recul.

Je ne lui donne rien.

Le silence entre nous est dense. Froid. Plein de ce qui pourrait être dit mais ne le sera pas. Il est là, debout, et je suis là, assise, avec ce livre entre mes doigts comme une lame déguisée.

Enfin, il parle.

Une phrase banale. Une de celles qu’il pense irrésistible.

Mais moi, je suis Lys. Et ce soir, je ne suis ni proie, ni conquête. Je suis la page qu’il n’a pas encore lue, mais qu’il brûle déjà de déchiffrer.

Et ce qu’il ignore encore, c’est qu’une fois ouverte, certaines pages ne se referment jamais.

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