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CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE
CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE
作者: Dledition

Chapitre 1 — La Chute

作者: Dledition
last update publish date: 2026-08-17 00:31:34

Isadora

Le cristal des lustres tremble au-dessus de ma tête, et je me demande si c'est la musique ou mon propre cœur qui fait vibrer l'air de cette salle. Les violons s'élèvent dans un tourbillon de notes joyeuses, mais je n'entends que le battement sourd de mon sang dans mes tempes. Il est trop rapide. Il est toujours trop rapide, ces derniers temps, comme si mon corps savait quelque chose que mon esprit refuse encore d'admettre.

Je me tiens près de la fenêtre, les mains croisées sur ma robe de mousseline bleue, le regard perdu sur les jardins des Villefort. Dehors, la nuit est tombée depuis longtemps. Les lanternes des allées dessinent des cercles de lumière pâle sur les graviers. Les rosiers d'hiver, taillés au cordeau, se dressent comme des sentinelles noires dans le brouillard qui monte des étangs. Dedans, tout n'est que lumière, soie et faux sourires. Je respire lentement, comme on m'a appris à le faire. Le corset serre mes côtes à chaque inspiration. Les perles de mon collier sont glacées contre ma peau, comme des larmes solidifiées.

Je ne devrais pas être ici.

Enfin, je devrais, puisque je suis la fiancée de Lucien de Villefort depuis six mois et que ce bal est donné en notre honneur. Six mois. Cent quatre-vingts jours. Quatre mille trois cent vingt heures. J'ai compté chaque heure, chaque minute, chaque seconde qui me rapprochait du moment où je deviendrais sa femme. Non pas par amour — je n'ai jamais été assez naïve pour croire à l'amour — mais par devoir. Parce que c'est ce qu'on attend de moi. Parce que c'est ce que mon père a décidé. Parce que je suis née baronne de Veyrac et que les baronnes de Veyrac ne choisissent pas leur destin.

Mais je ne devrais pas être ici au sens où je ne devrais pas exister dans cette pièce, dans cette famille, dans cette vie. J'ai dix-neuf ans. Je suis la fille unique d'un père qui ne m'a jamais regardée en face et d'une mère morte en couches. Je suis une pièce sur un échiquier, et ce soir, la partie va commencer.

Je ne le sais pas encore.

Je vois Héloïse de Sévigné s'approcher de moi avec ce sourire trop doux qu'elle réserve aux gens qu'elle s'apprête à détruire. Elle traverse la salle de bal comme une lame fend la soie, sans effort, sans bruit, sans hésitation. Sa robe rouge sombre traîne derrière elle sur le parquet ciré, et les invités s'écartent sur son passage sans même s'en rendre compte. Elle est la cousine de Lucien, belle comme une promesse empoisonnée, blonde comme le miel qui cache le poison. Je me souviens d'avoir pensé, en la voyant entrer, qu'elle ressemblait à une tache de sang sur la piste de danse. Personne d'autre ne l'a remarqué. Personne d'autre ne regarde Héloïse comme je la regarde.

— Isadora, ma chère, votre couture est défaite. Laissez-moi vous aider.

Sa voix est un filet de soie. Elle me prend par le bras avant que je puisse répondre. Ses doigts sont durs à travers le tissu de ma manche, plus durs que l'amabilité de son ton ne le laisse supposer. Je me méfie immédiatement, sans savoir pourquoi. Peut-être parce que Héloïse ne m'a jamais adressé la parole autrement que pour me rappeler ma place. Peut-être parce que son sourire n'atteint pas ses yeux, qui restent froids comme deux pierres grises. Peut-être parce que je sens en elle quelque chose de faux, de fabriqué, de dangereux.

— Ce n'est rien, je vous remercie, dis-je en reculant d'un pas.

— Allons, ne soyez pas modeste. Je ne voudrais pas que vous vous donniez en spectacle.

Le mot spectacle sonne comme une promesse. Elle me prend de nouveau par le bras, plus fermement cette fois, et m'entraîne hors de la salle de bal. Je me laisse faire. Je pourrais résister. Je pourrais planter mes talons dans le parquet, appeler à l'aide, attirer l'attention. Mais je ne le fais pas. Parce que je suis bien élevée. Parce que je suis la fiancée de Lucien. Parce que faire un scandale serait pire que tout.

Nous traversons un couloir sombre, puis un autre. Les bruits de la fête s'estompent derrière nous. J'entends encore la musique, mais lointaine, étouffée, comme si elle venait d'un autre monde. Héloïse pousse une porte et me fait entrer dans un salon isolé dont les rideaux sont tirés. Il y fait sombre. Une seule bougie brûle sur une table basse, et sa flamme vacille, projetant des ombres mouvantes sur les murs tapissés de velours rouge.

— Voilà, dit-elle en me tournant le dos. Ne bougez pas.

Je sens ses mains sur mes épaules, puis sur mon dos. Je me raidis. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale. Ses doigts s'attardent, glissent sur le tissu, s'insinuent sous la bordure de mon corsage.

— Il n'y a rien à réparer, dis-je. Vraiment, je vous assure.

— Mais si, insiste-t-elle. Une couture a craqué. Là.

Ses doigts s'attardent. Je sens un froissement d'étoffe, un glissement furtif contre mon corsage, comme un insecte qui se faufile entre les couches de tissu. Je veux me retourner, mais elle me retient d'une main ferme.

— Une seconde. Voilà, c'est fait.

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