ANMELDEN**** Eliza (plus tard) ****Je la trouve exactement dans cette position, brisée et minuscule au milieu de cette cellule de pierre blanche. Elle est assise à même le sol froid, le dos désespérément arc-bouté contre le mur de soutènement, les bras enserrant ses genoux comme si elle tentait de maintenir ensemble les morceaux de son être. Son regard est totalement perdu, flottant dans le vide d'une dimension que je ne peux pas voir. Kael n’est pas là ; Damian l'a retenu de force à l'étage supérieur pour un énième débriefing stratégique sur l'état de nos frontières. Tant mieux. Sa fureur protectrice et son angoisse n'auraient fait qu'envenimer l'atmosphère. Je m’approche d’elle avec une lenteur calculée, feutrant le bruit de mes pas sur les dalles pour ne pas l'effaroucher. — Myla ? je murmure doucement, adoucissant ma voix autant que possible.Elle ne répond pas tout de suite. Le silence qui s'étire entre nous est lourd, haché uniquement par le sifflement de sa respiration superficielle.
**** Myla ****Les souvenirs que le système a tenté d'éradiquer me reviennent par vagues désordonnées, brutales, imprévisibles. Ils ne respectent aucune chronologie, aucun bon sens. Un rire d'enfant de mon passé lointain télescope la vision d'une lame de sang, qui elle-même s'efface devant le souvenir de l'odeur de la poussière des archives basses. C’est un puzzle mental dont les pièces auraient été piétinées. Mais à travers ce chaos intérieur, une certitude finit par émerger, froide et implacable : on m’a reconstruite. Lorsque j'étais prisonnière dans le sanctuaire, ils ne se sont pas contentés de m'enfermer. Ils m’ont démontée, morceau par morceau, pour analyser mes rouages, avant de me réassembler à la hâte avec des pièces qui ne m'appartiennent peut-être pas toutes. Et aujourd'hui, sous la pression du test, ces fragments épars se recollent de force, s'imbriquent avec une friction douloureuse qui me donne la nausée.Le tout premier signe de la rechute se manifeste au petit matin, a
**** Eliza ****Mila et moi, nos regards se croisent, transperçant la distance et le vide. À cet instant précis, la connexion qui nous unit dépasse la simple magie : c'est une fusion de pensées, une communion d'âmes qui s'opère dans la souffrance.Et dans un ensemble parfait, unissant nos deux voix en une seule et unique harmonique qui fait trembler les fondations mêmes de la couche d'évaluation, nous prononçons les mêmes mots :— Nous ne sommes pas deux flammes distinctes à trier.À la seconde où cette vérité est énoncée, le fil invisible qui nous reliait n'émet plus un sifflement de douleur. Il explose. Une déflagration de lumière aveuglante, d'un blanc bleuté si pur qu'elle efface le décor des fragments, sature tout l'espace disponible. L'énergie ne nous sépare plus, elle nous enveloppe, circulant en circuit fermé de ma poitrine à la sienne dans un mouvement perpétuel.— Nous sommes le feu, achevons-nous dans un souffle souverain.Le silence qui suit est total, d'une densité presqu
**** Eliza ****Au-delà de notre perception directe, dans la réalité physique du Bastion qui superpose encore notre calvaire, Kael est devenu fou de rage et d'impuissance. Il frappe de toutes ses forces, à grands coups de pommeau et de bouclier, contre la barrière invisible qui nous isole du reste du monde. Des étincelles d'énergie pure jaillissent à chacun de ses impacts, mais la membrane ne cède pas d'un millimètre.— ELIZA ! MYLA ! Entendez-moi ! hurle-t-il, la voix brisée par le désespoir, les yeux injectés de sang.Mais il ne peut strictement rien faire. Ses muscles et son acier sont inutiles contre des lois physiques fondamentales. À ses côtés, Damian observe le phénomène, debout, immobile, le visage d’une blancheur cadavérique. Ses yeux d'érudit analysent les flux de lumière qui nous entourent, et la vérité le glace d'effroi.— Ils ont activé le protocole de lecture directe… murmure-t-il, les mains tremblantes. Ils sont en train de scanner leurs âmes pour n'en garder que la mat
**** Eliza ****Mes instincts se réveillent, aiguillonnés par la colère et le refus de me laisser dicter mon droit à l'existence. Je serre les poings si fort que mes ongles s'enfoncent douloureusement dans la paume de ma main, là où la marque rougeoie.— On n’est pas des anomalies, je crache, les dents serrées, mon regard défiant le sien. Nous sommes des êtres vivants. Nous avons souffert, nous nous sommes battues pour revenir, et nous avons un nom.La femme me répond immédiatement, sans un milligramme de haine, sans une once de cruauté dans les yeux.— Si, vous en êtes.C’est cette absence totale d'animosité qui rend sa réplique si terrifiante. Elle n'est pas un bourreau qui prend plaisir à nous condamner ; elle est un artisan qui constate qu'une pièce est de trop dans son assemblage et qu'il faut la raboter. C'est juste un fait objectif pour elle. Un problème d'arithmétique divine.Soudain, le sol immatériel sous nos pieds s’illumine d’une lueur d'un bleu d'acier, si vive qu'elle no
**** Eliza ****Ils ne bougent pas pendant une heure. Puis deux. Le temps semble s’être liquéfié, étiré jusqu’à l'insoutenable sous ce ciel de tempête qui refuse d'éclater. Le Bastion tout entier demeure en état d’alerte maximale, chaque sentinelle le doigt sur la détente, chaque mage les mains prêtes à tracer des barrières d'urgence, mais rien ne vient. Absolument rien. Pas l'ombre d'une attaque frontale, pas l'esquisse d'une négociation ou d'une demande de reddition. Rien d'autre que leur présence, immense, écrasante, presque mathématique. C’est une sensation indicible, comparable à une main invisible mais d’un poids titanesque posée directement sur le tissu de notre réalité, une main qui se contenterait d’appuyer doucement, avec une patience millénaire, pour voir à quel moment précis la structure va céder et s'effondrer sous la pression.Kael n’a pas quitté d'une semelle la cour centrale, figé dans sa posture de combat comme une statue de marbre dont les yeux sombres ne cillent plu
**** Eliza ****La femme s’arrête et pose son regard sur Myla. Et pour la toute première fois depuis leur descente du ciel, son masque de contrôle absolu, cette façade de perfection divine et intemporelle, se fissure légèrement. Une ombre de tristesse, ou peut-être de lassitude millénaire, passe da
**** Eliza ****Myla recule elle aussi, les yeux écarquillés par l'effroi, serrant sa cape contre sa poitrine comme pour s'en faire un bouclier contre la réalité.— Je ne… je n’ai rien fait, murmure-t-elle, sa voix brisée par l'incompréhension. Je le saurais… Je sors à peine de ce cauchemar !Damia
(Eliza)Les jours qui suivirent furent un tourbillon d’émotions contradictoires, de tension et de confusion. Chaque instant passé avec Damian me plongeait plus profondément dans un abîme dont je ne savais pas si je voulais vraiment sortir. La guerre entre nos familles semblait inévitable, et pourta
(Eliza)Je me réveillai en sursaut, le souffle coupé, le cœur battant si fort dans ma poitrine que j’avais l’impression qu’il allait exploser. L'obscurité de la pièce était oppressante, brisée seulement par la faible lumière tremblante d'une lampe posée sur la table près du lit. La sueur perlait su







