LOGINIgnacio s'arrête. — Tes quatre fidèles de Patagonie sont les derniers, continue-t-elle. Les autres ont été arrêtés cette nuit, dans trois provinces, par la Gendarmerie. Salvatierra a tout coordonné. Tes comptes sont gelés. Tes maisons sont saisies. Tes juges te lâchent. Il n'y a plus rien, Ignacio. Il n'y a plus que toi, et cette pièce, et nous. Il la regarde. Pour la première fois, je vois quelque chose vaciller dans ses yeux. La certitude qui s'effrite. L'homme qui a tout prévu, tout calculé, tout contrôlé, et qui découvre que le monde ne lui obéit plus. Puis il se reprend. Il lève son arme plus haut. Il vise la tête de Valentina. — Alors on finit ensemble, dit-il. Et il tire. --- Chapitre 199 — Ignacio tire Ignacio Le coup part. Je ne vise pas Valentina. Je vise Balmaceda. Parce que c'est lui, c'est toujours lui, c'est le fils
Ignacio Trois heures quarante-sept du matin. Le penthouse est au trente-quatrième étage. L'ascenseur est bloqué par mes hommes depuis le parking. Les gardes de l'immeuble sont neutralisés, deux hommes attachés dans une réserve au sous-sol, vivants, je ne suis pas un monstre avec les gens qui n'ont rien demandé. Je ne suis pas un monstre du tout, d'ailleurs. Je suis un homme qui fait ce qui doit être fait. C'est différent. Nous sommes six. Quatre de mes hommes, moi, et le silence. La porte du penthouse est une porte blindée. Mes hommes posent la charge. Je recule d'un pas. Le bruit est sourd, un bouff qui résonne dans tout l'immeuble, et la porte cède, et nous entrons. Le salon est éclairé. Une seule lampe, au fond, près de la baie vitrée. Et elle est là. Valentina. Debout au milieu du salon, dans le cercle de lumière, comme une actrice su
La route est longue. Dix-huit heures. Je ne dors pas. Je regarde la steppe défiler dans le noir, les phares qui percent l'obscurité, les étoiles qui brillent au-dessus des Andes, et je pense à Isabella. Je pense à la première fois que je l'ai vue, dans un bal à Buenos Aires, en 1985. Elle portait une robe blanche, elle riait, elle avait vingt ans, et je me suis dit : celle-là, ou aucune. Je pense à la première fois que je l'ai trahie, en 1995, quand j'ai ouvert la porte aux hommes qui venaient la tuer. Je pense à la première fois que j'ai vu Valentina, dans mes bras, à la maternité, avec ses yeux verts et son cri de nouveau-né. Je pense à la première fois que je l'ai trahie, elle aussi, quand je l'ai laissée dans le fleuve. Je pense à ce que je vais faire. Le plan est simple. Il est toujours simple quand il est final. Le penthouse. Demain soir. Les enfants seront là. Elle sera là. Et moi, je serai là.
Trois hommes surgissent des portes cochères. Belasco d'un côté, Funes de l'autre, un troisième par-dessus une caisse de livraison. L'homme en noir n'a pas le temps de comprendre. Il est au sol en deux secondes, désarmé, les mains menottées dans le dos, le visage contre les pavés. Le couteau tombe avec un bruit métallique qui résonne dans la ruelle. Les deux de la fourgonnette essaient de fuir. Santiago arrive dans leur dos avec sa voiture, bloque la sortie, sort, arme levée. — Au sol. Maintenant. Ils s'exécutent. Ils n'ont pas le choix. Ils sont jeunes, eux aussi, jeunes et effrayés, et je me demande combien Ignacio a payé pour leur loyauté, et je me demande si leur mère sait ce qu'ils font, et je me demande si elles pleureront quand ils ne rentreront pas. Je m'approche de l'homme au sol. Je m'accroupis. Il me regarde, les yeux écarquillés, le nez en sang, la joue écorchée par les pavés.
Je gifle. Je le gifle fort, assez fort pour que le bruit claque dans toute la terrasse, assez fort pour que sa joue devienne rouge, assez fort pour que ma main me brûle. Il recule d'un pas. Il porte la main à sa joue. Il me regarde, et pour une seconde, une seule, je vois quelque chose de vrai dans ses yeux, quelque chose qui n'est pas du jeu, quelque chose qui dit je t'aime, je suis désolé, pardonne-moi, on va y arriver. — Ne prononce plus jamais ce nom, je dis, et ma voix n'est plus jouée, parce que ce nom-là, même dans une pièce de théâtre, je ne peux pas l'entendre sans que quelque chose en moi se dresse, une bête, une lionne, une fille qui a vu sa mère mourir et qui ne s'en est jamais remise. Puis je pars. Je descends les marches, je monte dans la voiture qui attend, et je ne me retourne pas. Je pleure dans la voiture. Je pleure pendant tout le trajet jusqu'au QG, et mes larmes c
Valentina La cérémonie n'est qu'un appât parmi d'autres. Le vrai plan, le plan qui doit faire sortir Ignacio de sa tanière pour de bon, commence le lendemain, sur les marches d'un restaurant de Puerto Madero, devant des caméras que nous avons nous-mêmes prévenues. Il faut que le monde croie que Santiago et moi nous déchirons. Il faut que Ignacio y croie surtout. C'est une idée de Santiago. Il l'a eue un soir, à trois heures du matin, alors que nous étions tous les deux assis sur le canapé de l'estancia, à fixer le plafond en essayant de trouver une faille dans le plan, un angle mort, un détail que nous aurions oublié. Il a dit, tout à coup, sans préambule : — Et si on se séparait ? Je l'ai regardé. Il avait les yeux rouges, les cheveux en bataille, une barbe de trois jours, et il avait l'air d'un homme qui vient de trouver la sol







