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CHAPITRE 66 — LA PRISONNIÈRE 2

Auteur: Déesse
last update Date de publication: 2026-07-15 08:44:37

Je me relève. Il faut que je me relève. Rester par terre, c'est laisser Reik gagner. Rester par terre, c'est offrir à Aris exactement l'image qu'il attend , la fille effondrée, coupable ou innocente ça n'a pas d'importance, l'important c'est qu'elle soit effondrée, l'important c'est qu'elle soit petite et manipulable et brisée. Je me relève. Mes jambes tremblent. Je m'appuie au mur. Je marche jusqu'à la salle de bains. J'allume la lumière. Je me regarde dans la glace.

Je ne
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  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 111 – CENDRES

    Mais l'empire ne fonctionne plus. L'empire est un truc en ruine, un squelette, un cadavre qui bouge encore par habitude. Et moi, je ne suis plus un chef qui calcule. Je suis un homme qui cherche. Et ces trois hommes, ces trois Morano à genoux, ils ne sont pas des ressources. Ils ne sont pas des atouts. Ils sont des Morano. Des Morano comme ceux qui ont emporté Althéa, comme ceux qui l'ont effacée, comme ceux qui l'ont renommée. Des Morano comme Vincenzo. Comme les frères. Comme le médecin. — Chef ? Je baisse les jumelles. Je regarde Ravel. Et je vois dans ses yeux quelque chose que je n'avais pas vu avant — pas de la peur, pas du respect, pas de la loyauté. De l'inquiétude. L'inquiétude d'un homme qui suit un chef qu'il ne reconnaît plus, qui fait des choses qu'il ne comprend plus, qui donne des ordres qu'il ne prévoyait plus. Et cette inquiétude, je la note, je l'enregistre, quelque part dans un recoin de mon cerveau qui fonctio

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 110 – LA HAINE 2

    Elles ne tremblent plus parce que la haine les a stabilisées. La haine est un anesthésique. La haine est un plâtre. La haine immobilise ce que le chagrin disloquait. Et mes mains, maintenant, sont immobiles, calmes, sûres, et elles sont les mains d'un homme qui va détruire quelque chose, et qui le sait, et qui le veut, et qui ne s'arrêtera pas. — Ravel. Une chose de plus. — Oui, chef. — Celui qui l'a touchée — le médecin, le spécialiste, celui qui a effacé sa mémoire — je veux son nom. Je veux son visage. Je veux son adresse. Et quand j'aurai tout ça, je veux ses mains. Ravel ne demande pas pourquoi. Il hoche la tête. Il sort. La porte se ferme. Je reste seul dans le bureau. La photographie est devant moi. La jeune femme dans le jardin. Ses cheveux noirs. Sa posture penchée. Et je lui parle — pas à la photographie, pas au fantôme, pas au souvenir. À elle. À la femme v

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 109 – LA HAINE

    Althéa, dont le vrai nom est Eléa Morano, fille du patriarche, enlevée enfant, revendue, trafiquée, arrivée dans mon monde à dix-sept ans sans savoir qui elle était. Althéa, qui a pris une balle dans la poitrine, côté gauche, pour me protéger. Althéa, que les Morano ont interceptée, emportée, soignée — et qui est maintenant chez eux, sous le nom d'Eléa, leur fille revenue, leur héritière retrouvée. Et le monde bascule. Tout bascule. Le sol, le plafond, les murs, l'air, le temps. Tout ce qui était en place se déplace, tout ce qui était fixe bouge, tout ce qui avait un sens en perd un et en trouve un autre. Elle n'est pas morte. Je le savais. Je l'ai toujours su. Je l'ai crié, je l'ai hurlé, je l'ai dit à des hommes qui ne me croyaient pas, et j'avais raison. J'avais raison. Elle est vivante. Elle est de l'autre côté, chez les Morano, chez mes ennemis, chez ceux qui m'ont pris la moitié nord de mon port, chez ceux qui m'ont pris ma guer

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 108 – L'AUTEL FUNÈBRE 2

    Je reste assis. Les bougies brûlent. La cire coule, forme des stalactites sur les plateaux, durcit, s'accumule. Le temps passe. Je ne sais pas combien de temps je reste ici — des heures, peut-être. Le temps n'existe pas dans cette pièce. Dans cette pièce, il n'y a pas d'An 1, pas d'année, pas de mois, pas de jours. Il n'y a que le présent éternel d'un homme assis devant une photographie, et le passé qu'il porte, et le futur qu'il a promis, et le vide entre les deux. Et puis je me lève. Je souffle les bougies. Une par une. Et chaque bougie éteinte est une petite mort, un petit effacement, un petit retour de l'obscurité, et quand la dernière est éteinte, la pièce est noire, totalement noire, et je reste debout dans le noir, les yeux ouverts, et je ne vois rien — rien que le noir, rien que le néant, rien que le blanc inversé, le négatif du voile qui l'a prise — et je respire, et ma respiration est la seule chose qui existe dans ce noir, le seul son, la seule

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 107 – L'AUTEL FUNÈBRE

    Le drap. Le drap de son lit, celui de la fièvre, celui sur lequel elle avait transpiré pendant trois nuits, celui que j'avais gardé — je ne l'avais pas fait laver, je ne l'avais pas changé, je l'avais plié et enfermé, et parfois, dans les premières semaines, je le dépliais et j'y posais mon visage et je respirais, et l'odeur de sa fièvre, de sa sueur, de sa peau malade, me revenait, me remplissait, me rendait à elle pour quelques secondes. Maintenant le drap ne sent plus rien. Mais je le garde quand même. Un cheveu. Un seul. Trouvé sur l'oreiller, après. Un cheveu noir, long, que j'ai enfermé dans un petit écrin de métal, un cheveu qui est la chose la plus précieuse de la pièce, plus précise que la robe, que le verre, que le drap, parce que c'est elle, c'est littéralement elle, un fragment de son corps, une cellule de sa matière, une particule de l'existence d'Althéa conservée dans une boîte comme on conserve une sainte relique dans une église.

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 106 – LE DEUIL IMPOSSIBLE 2

    Et je sors. Et la porte se ferme derrière moi. Et dans le couloir, seul, appuyé contre le mur, je laisse ma tête basculer en arrière et je regarde le plafond et je respire, et ma respiration est un truc cassé, un mécanisme qui a oublié son rythme, et mes yeux brûlent mais les larmes ne viennent pas, parce que les larmes viennent quand on a de l'espoir, quand on a du chagrin, quand on a quelque chose à exprimer, et moi je n'ai rien à exprimer. Ce que je porte n'est pas exprimable. Ce que je porte est un vide qui a la forme exacte d'une femme de vingt ans qui s'appelait Althéa et qui portait un bracelet de cuir noir et qui prenait des balles pour moi. Ce vide ne s'exprime pas. Ce vide se porte. Et je le porte. Et je le porterai. Et je le porterai jusqu'à ce que mes os craquent sous son poids, jusqu'à ce que ma colonne se courbe, jusqu'à ce que mes genoux cèdent, jusqu'à ce que je tombe, et même en tombant je le porterai, et même au sol je le porterai, et mê

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