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CHAPITRE 94 – LE SECRET DU SANG

Author: Déesse
last update publish date: 2026-07-28 02:22:59

Vincenzo Morano

Je la regarde depuis vingt minutes. Vingt minutes que je suis assis dans ce fauteuil que je traîne d'un bout à l'autre de mes nuits, vingt minutes que mes yeux ne la quittent pas, et je n'arrive pas à respirer normalement. Ma respiration est un truc cassé, un mécanisme qui a oublié son rythme, qui s'accélère sans raison puis s'arrête net, comme si mes poumons refusaient de croire ce que mes yeux leur transmettaient.

Elle est là. Sur cette table d'examen de fortune que mes hom
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  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 139— LA FUITE 2

    Je me lève aussi. — Oui. Il me prend contre lui. Il sent le tabac froid et l'eau de toilette de mon père, celle qu'il a piquée à quinze ans et qu'il n'a jamais quittée. Il ne pleure pas. Il tremble un peu. — Petite sœur. — Grand frère. Il me lâche. Il regarde Aris. Il ne lui tend pas la main. Aris ne fait pas mine non plus. Ils se contentent d'un signe de tête bref, l'un à l'autre. Léon sort. La porte se referme. La voiture démarre. Le gravier grince. Puis c'est le silence. Je reste debout au milieu du salon. Aris se lève doucement. — Tu ne me l'avais pas dit, murmure-t-il. — Non. — Tu pars. — Oui. — Quand. — Ce soir. — Aujourd'hui. — Aujourd'hui. Il ne bouge pas. Il se tient droit, presque en garde-à-vous, comme s'il attendai

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 138 — LA FUITE

    Althéa Léon arrive à dix heures cinquante-sept. Il est ponctuel comme mon père. Nous avons cela en commun, tous les trois. Je suis dans le salon, assise sur le canapé. J'ai mis mes propres vêtements, ceux qu'Aris m'a fait apporter tôt ce matin par un de ses hommes qui a osé aller acheter tôt en ville des choses à ma taille. Un pantalon foncé, un chemisier crème, une veste souple. J'ai les cheveux relevés. Je porte, à mon poignet gauche, le bracelet de cuir noir. C'est Aris qui l'avait sur lui. Il me l'a donné ce matin, en silence, en le posant sur la table du petit-déjeuner à côté de ma tasse. Il ne me l'a pas rattaché. Je l'ai fait moi-même. Léon a franchi la grille à cinquante à l'heure. Il coupe le moteur. Il descend. Il vérifie que la ceinture d'armes qu'il porte à la taille tombe bien sous la veste. Il regarde vers la maison. Il entre. Aris est debout à côté du canapé. Il ne bouge pas. Il n'a

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 137 — L'APPEL 2

    Un long silence. — Oui, dis-je. Tu as raison. Elle a tué Eléa. Mais elle n'a pas tué Althéa. Althéa, elle, elle a besoin que la vérité soit là. Elle a besoin qu'elle continue à venir. Elle ne supportera pas qu'on la lui reprenne. Il hoche la tête, très lentement. — Alors qu'est-ce que tu veux, précisément. — Je veux appeler Léon. Ce soir. Depuis ici. Je veux que tu me laisses lui donner rendez-vous. — Ici. — Ici. Ou ailleurs. Un endroit neutre. — Il viendra armé. — Bien sûr. — Il viendra avec des hommes. — Il viendra seul. Il ne voudra pas de témoins. Il ne voudra pas d'humiliation. Il ne voudra pas non plus de bain de sang qu'il ne contrôle pas. Je le connais, Aris. Je l'ai vécu vingt ans à côté de moi. Il viendra seul. — Il viendra avec un fusil. — Bien sûr. — Et je ne serai pas armé

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 136 — L'APPEL

    Althéa Aris rentre à la nuit. J'entends la voiture à travers la fenêtre entrouverte, puis ses pas dans le gravier, puis sa voix basse dans la cuisine avec Andriy. Ils échangent quelques mots. Andriy monte à l'étage se coucher. Aris reste en bas. Je descends l'escalier. Sans bruit. Il est dans le salon, penché sur une carte étalée sur la table basse. Une lampe unique éclaire la pièce. Il ne m'entend pas venir. Ou plutôt, il m'entend et il fait semblant de ne pas m'entendre. Il ne se retourne que quand je suis à trois mètres. — Tu ne dors pas. — Non. — Tu as mangé. — Andriy m'a nourrie. Tu peux le remercier. — Je vais le faire. Il se redresse. Il n'ose pas venir vers moi. Il attend. Je m'assois sur un fauteuil, à distance. Je replie mes jambes sous moi. Je tire la manche de ma chemise trop grande sur ma main.

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 135 — SÉQUESTRATION

    Il ne pleure pas tout de suite. Il fait ce silence de gorge, ce silence où on entend qu'il retient tout parce que si un seul mot passait ce serait un sanglot. — Elé, Elé, où tu es. Dis-moi juste que tu vas bien. — Je vais bien. — Il t'a fait du mal. — Non. — Il te tient enfermée. — La porte n'est pas fermée à clef, Matteo. J'ai un téléphone. J'ai un jardin. J'ai un homme dans la cuisine qui me sert du thé. — Elé. Reviens. Reviens à la maison. Papa te… — Non. Silence. — Elé. — Matteo. Papa savait. — Je sais. Il nous l'a dit ce matin. Léon et moi. — Ah. — Elé. Je ne savais rien. Je te le jure. Je te le jure sur maman. — Je te crois. Et je le crois, en effet. Matteo n'a jamais été fait pour tenir des secrets. Il aurait craqué. Il aurait pleuré à un dîner. Il aurait fini par se trahir. S'il n'a rien dit, c'est qu'on ne lui a rien dit. — Léon, dis-je. Silence court. — Léon te cherche. — Léon savait aussi. Silence plus long. — Oui. Voilà. Ça sort. J'inspire. — Je m'

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 134 — LA FISSURE 2

    Il ne dit rien. — Nous avons perdu il y a trois ans. Nous ne le savions pas. Nous avons cru qu'on effaçait quelque chose. On n'a pas effacé. On a enfoui. Et une chose enfouie, un jour, ça remonte. Ça a remonté cette nuit. — Que veux-tu que je te dise, Léon. — Rien. Je veux savoir ce que tu comptes faire. Il ne me regarde pas. Il regarde le bracelet. — Je ne sais pas. — Bien. Alors laisse-moi faire. — Léon… — Je ne vais pas la tuer, papa. Ni la reprendre par la force. Je vais aller la voir. Je vais aller lui parler. — Tu vas aller le voir, tu veux dire. — Elle aussi. Et lui aussi. Les deux. — Léon. Il te tuera. Je ris. Un rire court. — Papa. J'espère bien que non. Mais s'il le fait, c'est qu'il n'a pas changé, et alors il aura décidé la suite lui-même. Je ne joue plus dans une pièce où toi tu choisis les scènes. Je prends le bracelet. Je le glisse dans ma poche intérieure. Je laisse le téléphone. — Je pars ce soir. — Où. — Chercher. On a une piste. Une bâtisse dans le

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