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CHAPITRE 6 — La preuve volée

Author: L'encre
last update publish date: 2026-09-23 17:06:30

Aurore baissa les yeux vers ses mains. Sans son diplôme de chirurgienne, traquée par la justice et manipulée par des médicaments dont elle ignorait encore la vraie nature, elle réalisait l’effrayante réalité : elle n’était pas seulement une victime, elle était leur prisonnière.

C’est alors que Séraphine se pencha doucement vers l’oreille d’Aurore. Ses doigts serrèrent son poignet avec une force inébranlable, et son murmure, brûlant de détermination, brisa l’emprise de la terreur :

— Laisse-la parler. Ne montre aucune peur... Alors on va se battre.

***

Aurore prit une lente inspiration, calquant son souffle sur la poigne ferme de Séraphine contre son poignet. L’espace d’une seconde, elle laissa ses épaules s’affaisser, feignant la soumission.

— Très bien... murmura Aurore d’une voix éteinte, en baissant le regard vers le sol. Vous avez gagné, Béatrice. Je ne peux pas lasser contre vous.

Béatrice Valcourt esquissa un sourire hautain, satisfaite de voir sa proie céder si rapidement. Elle fit un signe discret de la main aux deux gardes, qui relâchèrent légèrement leur posture d’intimidation.

— Une décision sage, Aurore. Laisse ce dossier sur le comptoir et retourne dans la chambre de Damien. Nous aviserons demain.

Béatrice se tourna vers la porte du couloir pour adresser une directive à l’un des agents. C’était l’ouverture que Séraphine attendait.

D’un mouvement d’une rapidité fulgurante, Séraphine attrapa le dossier confidentiel sur le comptoir, attrapa le bras d’Aurore et la tira violemment vers la porte de service située à l’arrière du bureau administratif — une issue de secours que seule Aurore connaissait pour l’avoir empruntée lors des livraisons de garde.

— Arrêtez-les ! hurla la voix de Béatrice, perçant le calme feutré de la clinique.

Les deux sœurs s’engouffrèrent dans le couloir de service, claquant la porte lourde derrière elles. Leurs pas résonnaient frénétiquement sur le béton brut de la cage d’escalier.

— Par ici ! haleta Aurore en descendant les marches quatre à quatre. Il y a la salle d’archivage numérique au sous-sol. Si Damien a été transféré, les journaux de transport d’urgence sont doublés sur le serveur physique !

Arrivées au niveau -1, dans la pénombre des réserves médicales, Aurore sortit le passe-partout qu’elle avait conservé de ses anciennes fonctions d’interne. La porte métallique du local informatique céda dans un déclic sec.

Pendant que Séraphine se postait près de la porte pour guetter le moindre bruit, Aurore se précipita sur le terminal d’archivage central. Ses doigts survolaient le clavier avec l’agilité retrouvée de la chirurgienne qu’elle était autrefois.

— Dépêche-toi, Aurore ! Ils descendent les escaliers ! chuchota Séraphine, le cœur battant à tout rompre.

— Encore quelques secondes...

Aurore inséra une clé USB que Séraphine lui tendit et lança la copie intégrale des logs de transfert de la chambre 412. Les données défilèrent à toute vitesse sur l’écran vert pâle :

Transfert 1 : 12 mars — Clinique privée de la Côte d’Azur (Unité VIP).

Transfert 2 : 28 mai — RÉSIDENCE VALCOURT (Merville).

Transfert 3 : 04 août — Clinique Paris-Cochin (Chambre 412).

Aurore en eut le souffle coupé. Les registres administratifs confirmaient noir sur blanc l’horrible réalité : le coma de Damien n’était qu’une comédie soigneusement entretenue. Il avait été déplacé en secret à trois reprises au cours des derniers mois. La chambre 412 n’était qu’un théâtre destiné à l’occuper, elle, pendant qu’il reprenait sa vie ailleurs.

Bip. Copie terminée à 100%.

Aurore arracha la clé USB juste au moment où la poignée de la porte du local s’agita violemment.

— Elles sont là-dedans ! Ouvrez ! retentit la voix d’un des gardes depuis le couloir.

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