تسجيل الدخولCHAPITRE 25 : LA PORTE S'OUVREÉliseLa porte claque derrière lui, et le silence retombe sur mon bureau comme un couvercle de plomb.Je reste debout, immobile, les yeux rivés sur cette porte fermée, comme si j'attendais qu'il revienne, qu'il pousse à nouveau le battant, qu'il prononce les mots que je n'ai pas voulu entendre. Mais la porte reste close. Le couloir est silencieux. Gabriel est parti.Je m'assois, ou plutôt je m'effondre sur ma chaise, les jambes coupées, le cœur en charpie. Mes mains tremblent. Mes mains qui ne tremblent jamais, qui tiennent un scalpel avec une précision millimétrique, qui réparent des cœurs malades sans l'ombre d'une hésitation. Ces mains-là tremblent comme des feuilles sous l'orage.Je les regarde, ces mains. La droite porte encore la cicatrice de cette nuit de pluie, quand j'ai fui la propriété des Mercier, quand je suis tombée sur le gravier, quand le sang a coulé sans que je sente rien d'autre que la douleur de mon âme qui se déchirait. Sept ans. Sep
CHAPITRE 24 : L'ATTENTEÉliseLe nom s'affiche sur l'écran de mon ordinateur, et le monde s'arrête.Gabriel Mercier. Quatorze heures trente. Consultation de cardiologie. Motif : douleurs thoraciques.Je fixe ces quelques lignes comme si elles étaient écrites dans une langue étrangère, comme si mon cerveau refusait d'en comprendre le sens. Gabriel Mercier. Ici, dans mon hôpital, dans mon service. Gabriel Mercier, que je n'ai pas revu depuis sept ans, depuis cette nuit de pluie où il m'a chassée de sa vie.Mon cœur s'emballe. Ma respiration se bloque. Mes mains se mettent à trembler, ces mains qui ne tremblent jamais, ces mains qui ont valu au docteur Élise Morel le surnom de « scalpel de glace ». Je les pose à plat sur le bureau, je les regarde, je les force à se calmer.Je devrais refuser. Je devrais dire à mon assistante d'annuler ce rendez-vous, de l'orienter vers un confrère, de trouver un prétexte. Je suis chirurgienne cardiaque, pas généraliste. Je n'ai pas à recevoir des patient
CHAPITRE 23 : LE RÊVE PRÉMONITOIREÉliseCette nuit, je rêve de la plage.La plage de Port-Margot, déserte sous un ciel d'encre, balayée par un vent glacé qui soulève le sable en tourbillons furieux. Les vagues s'écrasent sur le rivage avec une violence inhabituelle, comme si la mer elle-même était en colère. Je marche pieds nus, les chevilles enfoncées dans le sable mouillé, et je ne sais pas pourquoi je suis là. Je ne sais pas ce que je cherche.Et puis je le vois.Gabriel.Il est debout au bord de l'eau, immobile, le regard fixé sur l'horizon. Ses cheveux sont ébouriffés par le vent, ses vêtements trempés par les embruns. Il ne semble pas sentir le froid, ni la pluie, ni la morsure du sel sur sa peau. Il est là, simplement, comme une statue, comme un fantôme.Je m'approche, le cœur battant. Quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va vraiment pas.— Gabriel ?Il se retourne lentement, et je retiens un cri.Son visage est en sang. Une blessure béante lui barre la tempe, une blessur
CHAPITRE 22 : LA TRAQUE DE CLAIREClaireJe n'ai jamais aimé rester les bras croisés.C'est un défaut, je sais. Mes professeurs de droit me le répétaient sans cesse : « Maître Fontaine, un bon avocat sait attendre son heure. » Mais je ne suis pas une bonne avocate. Je suis une excellente avocate. Et l'excellence, ça se gagne à la force du poignet, en remuant ciel et terre, en fouillant dans les poubelles si nécessaire, en ne dormant jamais tant que la vérité n'est pas établie.Alors quand Élise m'a raconté l'histoire de sa mère, quand j'ai vu dans ses yeux cette détresse qu'elle refuse d'admettre, j'ai su que je ne pourrais pas rester les bras croisés. J'ai commencé à enquêter. Discrètement d'abord, pendant mon temps libre. Puis de plus en plus obsessionnellement, à mesure que je découvrais l'ampleur des crimes d'Armand Mercier.Aujourd'hui, je suis assise dans un café crasseux de la banlieue de Genève, en face d'un homme qui pourrait faire basculer toute l'affaire.Il s'appelle Marce
CHAPITRE 21 : L'AGRESSION DE GABRIELGabrielJe n'aurais jamais dû confronter mon père seul.Cette phrase tourne en boucle dans ma tête tandis que je suis allongé sur ce lit d'hôpital, le corps endolori, la tête enveloppée dans un bandage qui gratte. Les néons du plafond m'agressent les yeux, le bip du moniteur cardiaque scande ma défaite. Je suis vivant, c'est déjà un miracle. Mais à quel prix ?Tout est ma faute. J'ai été trop impatient, trop imprudent, trop sûr de moi. Après des mois d'enquête, après avoir rassemblé des preuves accablantes contre mon père, j'ai voulu le confronter. J'ai voulu voir son visage quand je lui annoncerais que j'avais tout découvert. J'ai voulu savourer l'instant où il comprendrait que son empire était sur le point de s'écrouler.Quel imbécile j'ai été.Je me souviens de tout. Chaque détail est gravé dans ma mémoire avec une précision chirurgicale. C'était il y a trois jours, dans le parking souterrain de Mercier Industries à Genève. La nuit était tombée
CHAPITRE 20 : GABRIEL DANS L'OMBREGabrielJe ne sais pas par où commencer.Les mots se bousculent dans ma tête, se heurtent, se contredisent. J'ai passé sept ans à répéter ce discours, à imaginer ce moment, à préparer chaque phrase, chaque excuse, chaque explication. Et maintenant qu'elle est là, en face de moi, avec ses yeux sombres qui me transpercent et ses bras croisés qui m'intiment de ne pas l'approcher, tout s'efface.Je respire profondément. Je ferme les yeux une seconde. Puis je me lance.— Après ton départ, j'ai découvert la vérité.— Quelle vérité ?— La vérité sur mon père. Sur ce qu'il a fait à ta mère. Sur ce qu'il m'a fait à moi.Elle ne dit rien. Elle attend, immobile, impénétrable. Je poursuis, encouragé par son silence.— Le soir où tu es partie, mon père est entré dans mon bureau. Il était triomphant. Il m'a tout avoué. Le mensonge de la demi-sœur, le sabotage de la voiture de ta mère, tout. Il m'a raconté comment il avait payé quelqu'un pour trafiquer les freins,







