LOGINCHAPITRE 82 : L'ENTERREMENT DE VIE DE JEUNE FILLEÉliseClaire a tout organisé dans le plus grand secret. Elle m'a simplement dit de me faire belle, de la rejoindre à dix-neuf heures au restaurant du Grand Hôtel, et de ne poser aucune question. J'ai obéi, comme toujours quand il s'agit de Claire. Elle est la seule personne au monde à qui j'obéis sans discuter.Le restaurant est privatisé pour la soirée. Les lustres de cristal projettent des arcs-en-ciel sur les murs tendus de soie, les bougies parfumées diffusent une lumière tamisée, un pianiste joue des mélodies douces dans un coin de la salle. Et au milieu de ce décor féerique, il y a mes amies. Toutes mes amies. Claire, évidemment, rayonnante dans une robe pourpre. Lucie, la nouvelle compagne de Nathan, que j'apprends à connaître et que j'aime déjà. Quelques collègues de l'hôpital, des chirurgiennes avec qui je partage le bloc opératoire depuis des années. Et même ma tante Sylvie, qui a fait le déplacement depuis Port-Margot, le vi
CHAPITRE 81 : LA VISITE DE VICTORÉliseJe ne m'attendais pas à le revoir un jour.Victor Lemoine se tient sur le seuil de ma porte, voûté, amaigri, le visage creusé par les années et les remords. Il porte un vieux manteau élimé, une casquette enfoncée sur le crâne, et ses mains tremblent légèrement. Il n'a plus rien de l'homme de main imposant qui m'a menacée dans cette chambre d'hôtel, qui a tué ma mère sur ordre d'Armand Mercier. C'est un vieil homme fatigué, usé par la vie, rongé par la culpabilité.— Docteur Morel, dit-il d'une voix rauque. Je peux entrer ?J'hésite. Cet homme a assassiné ma mère. Cet homme a failli tuer Gabriel. Cet homme a passé sa vie à exécuter les basses œuvres d'un monstre. Mais cet homme nous a aussi aidés, à la fin. Il nous a donné les preuves, il a sauvé Nathan, il a témoigné contre Armand. Sans lui, nous n'aurions peut-être jamais obtenu justice.— Entrez, dis-je en m'effaçant.Il pénètre dans l'appartement, regarde autour de lui avec une timidité presq
CHAPITRE 80 : LES PRÉPARATIFSÉliseLe mariage aura lieu dans trois semaines, et Claire est en train de devenir folle.Je la regarde s'agiter dans mon salon, les bras chargés de catalogues de fleurs, de nappes, de menus de traiteurs. Elle a étalé sur la table basse une montagne de documents, d'échantillons de tissu, de listes interminables. Ses cheveux blonds sont relevés en un chignon approximatif, une mèche rebelle lui tombe sur le front, et elle parle toute seule en cochant des cases sur son carnet.— Alors, récapitule. Le traiteur est confirmé, le photographe aussi, l'orchestre a bien reçu la liste des morceaux, la mairie a envoyé la confirmation ce matin. Il ne manque plus que les fleurs. Tu veux des roses ou des pivoines ?— Des roses, dis-je en souriant. Des roses rouges.— Évidemment. Comme au gala. C'est romantique.— C'est symbolique.— Symbolique de quoi ?— De nous. De notre histoire. Les roses qu'il m'a offertes à l'hôpital, le jour où il est revenu.Claire s'arrête, me r
CHAPITRE 79 : LE PENDAILLON RÉPARÉÉlise---Le mariage est prévu dans trois mois, mais Gabriel n'a pas voulu attendre pour m'offrir son cadeau de fiançailles. Il m'a donné rendez-vous sur la plage de Port-Margot, à l'endroit exact où nous nous sommes rencontrés il y a neuf ans. Le soleil se couche sur la mer, le sable est encore chaud sous mes pieds nus, les vagues viennent mourir doucement sur le rivage. Tout est exactement comme dans mon souvenir. Comme si le temps n'avait pas passé.Gabriel m'attend près de l'eau, les mains derrière le dos, un sourire mystérieux aux lèvres. Il porte un jean et une chemise blanche, les manches retroussées, les cheveux ébouriffés par le vent. Il est beau, si beau, et mon cœur s'emballe rien qu'en le voyant.— Tu es magnifique, dit-il quand je m'approche.— Tu dis toujours ça.— Parce que c'est toujours vrai.Je ris, je me hisse sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Il répond à mon baiser avec une tendresse infinie, puis s'écarte légèrement, les
CHAPITRE 78 : LA DEMANDE EN MARIAGEGabrielLe vieux phare de Port-Margot n'a pas changé.Il se dresse sur la falaise, solitaire et majestueux, comme une sentinelle qui veille sur la mer depuis des siècles. La pierre est toujours aussi grise, usée par le vent et les embruns, les marches de l'escalier en colimaçon toujours aussi étroites et glissantes. Mais aujourd'hui, il n'est plus abandonné. Je l'ai fait rénover en secret, il y a quelques mois, avec l'aide de Nathan et Claire. J'ai fait réparer la toiture, consolider les murs, installer une balustrade autour de la plate-forme supérieure. J'ai même fait restaurer le graffiti que j'avais gravé dans la pierre, il y a neuf ans : « G + E ».Aujourd'hui, je vais tenir ma promesse.Élise ne se doute de rien. Je lui ai simplement dit que nous allions faire une promenade à Port-Margot, pour nous souvenir du passé, pour tourner définitivement la page. Elle a accepté, curieuse, amusée par mon air mystérieux. Elle ne sait pas que je porte dans
CHAPITRE 77 : LA VENTE DE MERCIER INDUSTRIESGabrielLa signature finale a lieu un jeudi matin, dans le bureau austère d'un notaire genevois. Le soleil entre à flots par les fenêtres, dessinant des rectangles de lumière sur le parquet ciré. Autour de la table, des hommes en costume échangent des documents, des parapheurs, des stylos. Je suis assis au bout de la table, Élise à ma droite, Claire à ma gauche, Nathan près de la fenêtre. Nous sommes venus en nombre, comme une armée pacifique venue tourner définitivement la page.Le notaire lit les termes du contrat d'une voix monocorde. « Vente des parts de Mercier Industries... Transfert des actifs... Dissolution de la société... » Chaque mot est un clou dans le cercueil de l'empire bâti par mon père. Chaque signature est une libération. Je signe, les acheteurs signent, les témoins signent. Et puis c'est fini.Mercier Industries n'existe plus.Je reste assis un moment, le stylo encore entre les doigts, les yeux fixés sur les documents éta







