MasukMills resta silencieux un instant. Lorsqu'il parla, son ton était prudent. « Somerset a un... écosystème compliqué. Des familles qui sont ici depuis des générations. Elles opèrent de façons qui ne sont pas toujours visibles, mais elles ont du poids. De l'influence. Quand quelqu'un commence à poser des questions sur de vieilles affaires, ça peut rendre les gens nerveux. »« Tu me dis d'arrêter de faire mon travail ? »« Je te dis d'être intelligent. Certaines affaires sont froides pour une raison. Certaines portes sont mieux laissées fermées. » L'expression de Mills ne changea pas. « C'est juste un conseil pratique pour quelqu'un dans ton métier. »C'était là. Pas une menace directe, mais un avertissement. L'officier Mills savait qui dirigeait Somerset. Et il savait qu'il valait mieux ne pas trop insister.« Y a-t-il autre chose que tu peux me dire ? » demanda Mills. « Des détails sur tes ravisseurs, l'endroit, quoi que ce soit ? »Aurore décrivit ce qu'elle pouvait, la camionnette, la
« Je l’ai remercié, je lui ai dit que je m’en occuperais plus tard, et j’ai commencé à remonter dans ma voiture. C’est alors que j’ai senti quelque chose appuyer contre mon dos. » Le souffle d’Aurore se coupa, sa voix tremblante. « Froid et dur. C’était une arme. Le plus jeune homme était derrière moi. Le plus âgé m’a attrapé le bras et a dit très doucement : “Monte dans la camionnette. Pas de bruit. Pas de lutte. Ou je te tire dessus ici et maintenant.” »Le stylo de Mills s’arrêta net.« Je suis montée dans la camionnette, » chuchota Aurore. « Il avait un pistolet collé à ma colonne vertébrale. Que pouvais‑je faire d’autre ? » Elle tordit ses mains sur ses genoux, ses yeux cherchant
Le commissariat de Somerset ressemblait exactement à toutes les séries policières qu’Aurore avait étudiées pour son podcast. Des néons qui donnaient à tout le monde un air un peu malade, des sols en linoléum éraflés, et l’odeur persistante de café brûlé et de stress.Natacha était assise à côté d’elle dans la salle d’attente, faisant défiler son téléphone mais visiblement en alerte maximale. Elles étaient arrivées quinze minutes en avance, toutes deux à bout de sommeil et gavées de caféine.« Souviens‑toi, » murmura Natacha. « Ta mère a appelé pour des douleurs thoraciques. Tu as paniqué. Reste simple. »« Ouais, » acquiesça Aurore. « Compris. »« Mme Cartier ? » Une voix familière appela depuis l’encadrement de la porte. L’agent Mills, le même policier qui avait été à la station‑service où sa voiture avait été retrouvée. La quarantaine bien entamée, des yeux fatigués, l’air de quelqu’un qui en avait trop vu. « Merci d’être venue. Suivez‑moi. »Aurore se leva et lissa sa blouse. Elle
Son téléphone vibra. Un texto de Xavier : Comment vas‑tu ? J’ai entendu que tu étais allée voir ta mère. Tout va bien ?Aurore fixa le message, les émotions se livrant bataille en elle. La colère que sa famille ait été détruite par la sienne. La confusion sur ce qu’il savait ou ignorait. Et, sous tout cela, cette chaleur perfide qu’elle n’arrivait pas à étouffer.Elle tapa : Tout va bien. Je devais juste vérifier qu’elle allait bien.Un mensonge. Rien n’allait. Mais elle n’était pas prête à l’affronter. Pas avant d’en savoir plus. Pas avant de comprendre quel rôle il jouait dans tout ça.Sa réponse arriva vite : Je sais que ce n’est pas bien. Mais je suis là si tu as besoin de parler.Comme si c’était vrai.Elle posa son téléphone sans répondre. Elle ne pouvait pas lui parler. Pas maintenant. Pas quand chaque instinct lui criait qu’il était à la fois la clé de ses réponses et la plus grande menace pour sa survie.Elle rouvrit les photos prises dans son bureau, examinant à nouveau les
Aurore répondit : « Oui, je peux être là à 9 heures. Merci. »Elle posa son téléphone et se replongea dans ses recherches, mais son esprit continuait à vagabonder. Demain, elle parlerait à la police. Elle ferait sa déposition au sujet de l'enlèvement. Elle essaierait d'expliquer ce qui s'était passé sans révéler tout ce qu'elle avait appris.Et ensuite ? Continuer à creuser ? Confronter Xavier au sujet des documents ? Essayer de protéger sa mère d'un passé qui la rattrapait déjà ?« Hé. » La voix de Natacha interrompit le tourbillon de ses pensées. « Regarde ça. »Aurore se pencha. Natacha avait trouvé un vieil article de journal datant de 1998.LE PROPRIÉTAIRE D'UN RESTAURANT RETROUVÉ MORT - UN ASSASSINAT MAFIEUX SUSPECTÉAlessandro Mancini, 42 ans, propriétaire du Mancini's Fine Dining, a été retrouvé mort hier soir dans ce que la police qualifie d'assassinat de type exécution. Mancini, qui aurait eu des liens avec le crime organisé, a été abattu de plusieurs balles dans son propre
« Non. Ce qui signifie... » Natacha ressortit les dates. « Tu es née après le massacre. Ta mère était enceinte lorsqu'elle s'est enfuie. Elle t'a mise au monde dans la clandestinité, puis s'est créé une nouvelle identité pour vous deux. Emily Cartier et sa fille Aurore. »— Et Sofia ?L'expression de Natacha s'assombrit. « Si ta mère croit que Sofia est morte, et qu'elle a disparu avec elle cette nuit-là... Aurore, je pense qu'il s'est passé quelque chose. Je pense qu'elles ont été séparées et que Sofia n'a pas survécu.— Ou maman pense qu'elle n'a pas survécu. » L'esprit de Aurore s'emballa. « Et si Sofia était en vie ? Et si elle était quelque part dehors ?— Après vingt-sept ans ? Comment aurait-elle survécu ? Elle avait trois ans.— Peut-être que quelqu'un l'a recueillie. Peut-être... Aurore s'interrompit, une pensée horrible lui venant à l'esprit. L'enlèvement. Les gardes ont dit qu'ils attendaient quelqu'un. Et s'ils attendaient Sofia ?— Pourquoi penses-tu cela ? C'est un sacré







