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Chapitre 3 : Sauver la demoiselle en détresse

Author: Phénix Noir
last update Last Updated: 2025-10-23 19:08:20

Aurore se réveilla d’une sieste troublée. Elle essaya d’inspirer profondément, mais ses poumons se remplirent vite d’un air humide et froid qui sentait le chêne et la moisissure. Une ampoule solitaire et faible au plafond clignotait, projetant une lumière saccadée dans la pièce.

Affalée dans un coin, poignets et chevilles liés par des cordes, Aurore se contracta contre ses entraves, la peau déjà éraflée. Elle frissonna de froid et de faim, regrettant sa veste et un plat chaud. Pourtant, ses yeux noisette brûlaient de défi, le même feu qui animait son podcast.

Son regard balaya la pièce sans fenêtre. Des murs de pierre dégoulinant de condensation, des rangées d’anciennes étagères à vin, une trappe au plafond laissant passer un souffle d’air. Cave à vin. Peut‑être un sous‑sol.

Les deux gardes à l’air dur jouaient aux cartes dans un coin, leurs voix basses. Aurore inclina la tête, à l’écoute. Ils avaient peu parlé depuis l’instant où ils l’avaient déposée ici, mais elle avait attrapé des bribes. Assez pour comprendre qu’ils attendaient quelqu’un.

«…acheteur… confirmation…», l’un d’eux avait marmonné plus tôt.

«…photo… se réveille…»

Acheteur? Confirmation? Les mots n’avaient pas de sens, mais ils la terrifiaient. Confirmation de quoi?

Ses pieds commençaient à s’engourdir. Elle se força à étirer lentement et silencieusement ses jambes. Les gardes ne levaient pas les yeux de leurs cartes.

Aurore testa les cordes autour de ses poignets, les tournant avec précaution. Le nœud était serré mais pas professionnel. Il céderait si elle s’y employait. Elle y travaillait depuis une heure, ignorant la brûlure et la façon dont la corde mordait sa peau.

La nourriture qu’on lui avait lancée plus tôt restait intacte dans un coin. Quelque chose de gris et congloméré qui lui retournait l’estomac. Même affamée, elle ne pouvait s’y résoudre.

Le téléphone de l’un des gardes vibra. Il le regarda, puis se leva brusquement.

«Changement de plan,» dit‑il à son partenaire. «Ils veulent la photo maintenant.»

Le second jura. «Elle est à peine consciente.»

«Je m’en fous. Le patron veut une preuve avant le paiement final.»

Ils s’approchèrent d’elle, et le pouls d’Aurore monta en flèche. Elle garda les mains derrière le dos, dissimulant la corde déjà desserrée, les yeux baissés.

Le garde sortit son téléphone, l’orientant vers son visage.

Un bruit étouffé venu de l’extérieur l’interrompit.

Les deux gardes se figèrent, la main vers leurs armes. L’un d’eux se dirigea vers la porte tandis que l’autre se positionnait entre Aurore et la sortie, arme levée.

La porte explosa.

Le premier garde eut à peine le temps de pousser un demi‑cri avant que des rafales ne claquent dans la cave. Son corps tomba en arrière, la porte s’ouvrant derrière lui sur des hommes en tenue tactique qui envahirent la pièce.

Le second garde se retourna vers Aurore, pour s’en servir de bouclier ou l’abattre, elle ne sut jamais. Il tomba avant d’avoir pressé la détente.

Les oreilles d’Aurore bourdonnaient des détonations. Tout son corps tremblait. Des bottes lourdes crissaient sur le béton en se dirigeant vers elle.

«Dégagé!» annonça une voix rauque.

Une haute silhouette émergea du chaos, bloquant la lumière vacillante. Son ombre découpa le visage d’Aurore.

Aurore leva les yeux, le cœur battant la chamade.

Ce visage.

Des yeux verts perçants croisèrent les siens, et quatre ans s’effondrèrent en un instant.

«Xavier?» souffla‑t‑elle, sans trop y croire.

Elle contempla le contour net de son visage, la mâchoire sculptée, les cheveux noirs comme du jais, ces cils indûment longs. C’était lui. Plus âgé, plus dur, mais indéniablement lui.

Il se baissa devant elle, et en un éclat de métal, les cordes liant ses poignets cédèrent. Puis celles de ses chevilles.

Sa mâchoire se contracta en voyant son état en désordre, le sang sur ses lèvres où elle s’était mordue, les hématomes naissants aux poignets. Mais ces yeux noisette brûlaient toujours du même feu qu’il se souvenait. Même terrifiée, même ligotée dans une cave, elle semblait prête à se battre.

Quelque chose se serra dans sa poitrine.

La pièce bouillonna de tension, tout et tous s’effaçaient tandis que leurs regards se verrouillaient. Dans cette fraction de seconde, les souvenirs affluèrent — son rire, sa peau contre la sienne, la façon dont elle le regardait comme s’il valait quelque chose.

Xavier se reprit, remit son masque impassible et se redressa d’un coup.

«Tu viens avec moi.»

Aurore tenta de se lever mais ses jambes fléchirent. Xavier la rattrapa avant qu’elle ne touche le sol, la soulevant sans effort.

«Je peux marcher,» protesta‑t‑elle, mais sa voix était faible.

«Non, tu ne peux pas.» Son ton ne laissait aucune place à la discussion.

Alors qu’il la portait hors de la cave, l’esprit d’Aurore s’emballa. Xavier. Ici. La sauver. Comment? Comment avait‑il su où la trouver.

Ils débouchèrent dans un entrepôt, d’autres hommes de Xavier sécurisant le périmètre. Des SUV attendaient dehors, moteurs allumés.

«Attends,» dit Aurore tandis que Xavier se dirigeait vers les véhicules. «Ces gardes, tu les as tués. On aurait pu les interroger.»

Le regard de Xavier la transperça. «Ils étaient morts dès qu’ils t’ont touchée.»

«Mais il faut savoir qui les a engagés. Pourquoi m’ont‑ils enlevée…»

«Je trouverai le pourquoi. Ces sbires n’en savent pas beaucoup, de toute façon.» Sa voix était froide. «Et je m’en occupe.»

Il la plaça sur la banquette arrière d’un SUV. Un homme à la carrure de mur prit le volant. Arturo, elle l’apprendrait plus tard. Xavier monta à côté d’elle.

Alors que le véhicule s’éloignait, Aurore aperçut l’entrepôt dans le rétroviseur latéral. D’autres hommes arrivaient, sécurisant la scène. Ce n’était pas un simple sauvetage. C’était une opération militaire.

Elle se tourna vers Xavier. «Comment m’as‑tu retrouvée?»

Sa mâchoire se serra. «Est‑ce important?»

«Oui. C’est important.» Sa voix reprit de la vigueur. «La police ne m’a pas retrouvée. Et pourtant, en vingt‑quatre heures, tu savais exactement où j’étais?»

Xavier resta silencieux un long instant. Puis : «J’ai des ressources.»

«Ce n’est pas une réponse.»

«C’est la seule que tu auras pour le moment.»

Aurore le dévisagea, cet homme qui avait disparu de sa vie sans explication et venait de réapparaître comme un ange vengeur. Rien de tout cela n’avait de sens.

«Où m’emmènes‑tu?»

«Quelque part de sûr.»

«Mon appartement est sûr. Ramène‑moi chez moi.»

«Non.» Le mot fut définitif.

«Xavier…»

«Ton appartement est compromis. Ceux qui t’ont prise pourraient savoir où tu vis, tes routines. Tu n’y retournes pas tant que je n’ai pas la certitude que tu es protégée.»

«Protégée par toi?» La colère monta malgré l’épuisement. «Tu n’as pas le droit de décider pour moi. Tu ne peux pas réapparaître après quatre ans et… »

«Et quoi?» Les yeux de Xavier étincelèrent. «Te laisser retomber dans le danger ? Permettre à ceux qui t’ont prise d’essayer à nouveau?»

«Je peux m’occuper de moi!»

«Vraiment?» Sa voix devint dangereusement basse. «Parce que de là où je suis, tu étais ligotée dans une cave, en attente d’être vendue au plus offrant.»

Ces mots frappèrent comme une gifle. Le souffle d’Aurore se coupa. «Vendue?»

L’expression de Xavier se referma. «On en parlera quand tu seras en sécurité.»

Le SUV filait dans la nuit, et Aurore réalisa avec une angoisse croissante qu’elle venait d’échanger une cage contre une autre.

Sauf que cette fois, son ravisseur était l’unique homme ayant eu le pouvoir de la briser.

Et elle n’avait aucune idée s’il était son sauveur ou simplement une autre menace.

 

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