LOGINNina
Je sors l'enveloppe de mon sac. Une enveloppe en papier kraft, épaisse, lourde, pleine des documents que Marcello a rassemblés. Je la pose sur la table, entre nous, comme on pose une arme chargée, prête à tirer.
— Lisez, dis-je simplement.
NinaIl s'est levé brusquement, renversant sa chaise dans un grand bruit qui a résonné dans la cuisine silencieuse, qui a fait sursauter le chat du voisin dans le jardin, qui a dû réveiller Giulia dans sa chambre.— Du harcèlement ? Du harcèlement ? Tu oses me parler de harcèlement ? Mais c'est toi qui me harcèles, Nina ! Toi qui me poursuis, qui me traques, qui m'empêches de vivre, de respirer, d'exister ! Toi qui m'as volé ma fille, ma maison, mon argent, ma dignité ! Toi qui as tout manigancé, tout comploté, tout détruit ! Et c'est moi le harceleur ? C'est moi le coupable ? C'est moi le monstre ?Sa voix était montée dans les aigus, devenait stridente, hystérique, effrayan
NinaJ'ai hoché la tête, lentement, pensivement. Porter plainte. Contre Marco. Contre l'homme que j'ai aimé, que j'ai épousé, le père de ma fille. L'idée me répugnait, me faisait horreur, me semblait une trahison ultime, un point de non-retour. Mais en même temps, je savais que Marcello avait raison. Que je n'avais pas le choix. Que je devais me protéger, protéger Giulia, protéger notre vie, notre avenir, notre bonheur.— Très bien, ai-je dit enfin. Je porterai plainte. Demain matin. Je vais rassembler tout ce que j'ai. Les photos, les notes, les témoignages. Et j'irai au commissariat.Marcello s'est levé, a pris son téléphone sur la table basse, l'a glissé dans sa poche.
NinaMarcello est arrivé chez moi une heure plus tard, le visage fermé, les yeux sombres, l'allure plus menaçante que jamais. Il n'a pas dit un mot en entrant, s'est contenté de me saluer d'un bref signe de tête, puis s'est installé dans le salon, a posé son téléphone sur la table basse, a croisé les bras, et a attendu que je parle, que je raconte, que j'explique.Je lui ai tout dit. La filature, les notes, les heures de sortie et de retour consignées dans un carnet, les appels silencieux, la présence constante et oppressante de Marco dans l'ombre de ma vie, et enfin la scène de l'après-midi, l'humiliation publique, les clients qui partent, le co
NinaPuis il a éclaté de rire. Un rire faux, forcé, théâtral, qui sonnait creux et qui faisait mal à entendre, comme un sanglot déguisé, comme un cri de détresse maquillé en dérision.— Ses clients ! Ses clients ! Vous entendez ça ? Elle vous appelle ses clients ! Mais vous ne savez pas qui elle est vraiment ! Vous ne savez pas ce qu'elle a fait ! Elle a détruit ma vie, elle a volé ma fille, elle a menti, manipulé, trahi ! Et vous la payez pour redorer votre image ? Quelle ironie ! Quelle merveilleuse, délicieuse, savoureuse ironie !Les clients se sont regardés, de plus en plus gênés, de plus en plus mal à l'aise. Monsieur de Villeroy, un homme d'une soixantain
NinaJe ne pensais pas le revoir si tôt. Je ne pensais pas le revoir du tout, à vrai dire, pas comme ça, pas dans ces circonstances, pas au moment précis où j'essaie de reconstruire ma vie, de me créer une existence indépendante, une carrière, une dignité, une fierté d'être autre chose que l'ex-femme de Marco Fontana, l'ex-épouse bafouée, la victime d'un scandale familial dont les journaux à sensation ont fait leurs choux gras pendant des semaines.Le rendez-vous d'aujourd'hui était important. Capital, même. Mon premier vrai contrat depuis que j'ai décidé de me lancer comme consultante indépendante en relations publiques et gestion de crise. Une mission confidenti
MarcoElle a dit le mot. Harceleur. Le mot qui fait mal, qui fait honte, qui fait peur. Le mot qui transforme une obsession amoureuse en délit, en crime, en condamnation. Le mot qui me renvoie à ma folie, à ma misère, à ma déchéance.— Je voulais te parler, dis-je encore, bêtement, obstinément, comme si répéter cette phrase pouvait effacer la réalité de ma présence, la réalité de ma surveillance, la réalité de mon harcèlement. Je voulais juste te parler. Te dire que je regrette, que je suis désolé, que je donnerais n'importe quoi pour revenir en arrière, pour tout effacer, pour tout recommencer.— Il n'y a rien à recommencer, Ma







