登入Chapitre 156LudovicaLa lettre de Don Valenti est toujours dans ma main, ses bords cornés, son papier jauni, ses mots tracés d'une écriture tremblante qui semble vibrer sous mes doigts comme une chose vivante, comme un secret qui refuse de rester enfoui. Je la regarde sans la voir, mes yeux fixés sur les lignes qui dansent devant moi, sur les mots qui se brouillent et se reforment en un flot continu d'images et de souvenirs.Mon père est vivant. Mon père a trahi. Mon père a fui.Et Drago savait. Pas tout. Pas la trahison. Pas les affaires louches. Mais il savait que mon père était vivant. Il savait qu'il avait disparu. Il savait qu'il m'avait vendue. Et il a gardé ce secret pendant des mois, pendant des semaines, pendant des jours, comme un poids qu'il portait seul, comme une vérité qu'il ne savait pas comment partag
Chapitre 155LudovicaLa lettre de Don Valenti est encore serrée entre mes doigts, ses bords cornés, son papier jauni, ses mots tracés d'une écriture tremblante qui semble danser sous mes yeux comme une flamme qui vacille. Je la relis une fois, deux fois, trois fois, comme si je pouvais en extraire un sens différent, comme si je pouvais trouver une faille, une contradiction, une vérité moins cruelle. Mais les mots sont là, définitifs, implacables, comme une pierre tombale posée sur ce que je croyais savoir de mon père.Je lève les yeux vers Drago. Il est debout devant moi, son visage pâle, ses yeux noirs fixés sur les miens. Ses doigts sont entrelacés aux miens, et je sens la pression qu'il exerce, juste ce qu'il faut pour que je sente sa présence, pas assez pour me faire mal. Mais je sens aussi autre chose. Une
Chapitre 154LudovicaLa lettre est encore dans mes mains, ses bords cornés, son papier jauni par les années, ses mots tracés d'une écriture tremblante qui semble vibrer sous mes doigts comme une chose vivante. Les larmes ont cessé de couler, mais je sens encore leur trace sur mes joues, leur empreinte salée sur ma peau, la brûlure des sillons qu'elles ont creusés en tombant. Mes doigts tremblent sur le papier, et je sens les battements de mon cœur dans mes tempes, dans ma gorge, dans mes poignets.Je relis les mots de Don Valenti, encore et encore, comme si je pouvais en extraire un sens différent, une vérité moins cruelle, une interprétation qui épargnerait mon père, qui épargnerait ma mémoire, qui épargnerait ce qu'il me reste de lui.« Giuseppe Sarri n'a pas fui par pe
Chapitre 153LudovicaLe bureau de Don Valenti est une pièce que je n'ai jamais vraiment explorée.Depuis sa mort, la porte est restée fermée, comme un sanctuaire qu'on n'ose pas profaner, comme un tombeau qu'on laisse dans son silence. Mais aujourd'hui, Drago m'a demandé de ranger les affaires de son père, de trier les papiers, les dossiers, les objets personnels. Il ne peut pas le faire lui-même. La douleur est encore trop vive, trop présente, trop proche. Alors j'ai accepté. Je suis entrée dans cette pièce qui sent le cuir, le vieux papier, le tabac froid, et j'ai commencé à fouiller dans les tiroirs, dans les armoires, dans les cartons poussiéreux.La lumière du matin filtre à travers les rideaux de velours pourpre, projetant une clarté rougeâtre sur les boiseries sombres, s
Chapitre 152LudovicaLe silence s'étire entre nous, épais, chargé de tout ce qui n'a pas été dit, de toutes les peurs que nous n'avons pas nommées, de toutes les promesses que nous n'avons pas encore osé formuler. Je sens ses doigts entrelacés aux miens, la chaleur de sa peau contre la mienne, la pression de sa main qui serre la mienne comme si elle ne voulait plus jamais la lâcher, comme si le simple fait de relâcher cette étreinte pouvait tout faire s'effondrer.La flamme de la lampe vacille, projetant des ombres mouvantes sur les murs lambrissés, sur les boiseries sombres, sur le piano calciné dont les cordes tordues captent la lumière par instants, comme des éclairs dans la nuit. L'air est immobile, chargé de cette attente qui précède les grandes décisions, de ce poids qui s'installe dan
Chapitre 151LudovicaLa nuit est tombée sur la villa, épaisse et silencieuse, comme une couverture de plomb qui pèse sur les murs de pierre, sur les toits de tuiles rouges, sur les cyprès centenaires qui montent la garde dans le jardin. Les étoiles sont invisibles derrière les nuages bas qui courent dans le ciel, et la mer, en bas, est noire, seulement devinée au bruit des vagues qui cognent contre les rochers avec une régularité sourde et implacable.Je suis assise dans le salon de musique, les mains posées sur mes genoux, les doigts crispés sur le tissu de ma robe en coton bleu pâle. La lampe à huile est allumée, sa flamme vacillante projetant des ombres mouvantes sur les murs lambrissés, sur le piano calciné dont les cordes tordues brillent faiblement par endroits, sur les meubles anciens aux bois patinés par les années. L'odeur de la cire d'abeille, du bois ciré, des roses fanées qui se flétrissent dans un vase sur le rebord de la fenêtre flotte dans l'air, mêlée à celle, plus lé
Chapitre 3LudovicaLe marbre est une plaque de glace sous mes genoux. Le froid a depuis longtemps traversé le tissu de ma jupe, puis ma peau, puis mes muscles ; il s'est logé dans mes os comme un hôte indésirable. Mes mollets sont ankylosés, mes cuisses tremblent d'un effort continu, et pourtant je
Chapitre 2DragoJe suis debout devant la fenêtre de mon bureau depuis que le guetteur a signalé le fourgon. Un verre de whisky trente ans d'âge dans la main droite, la gauche enfoncée dans la poche de mon pantalon, je regarde la route en lacets qui serpente au flanc de la falaise. La fourgonnette n
Chapitre 5DragoLe contrat est lourd dans ma main, pas à cause du papier quelques feuilles à en-tête notarié mais à cause de ce qu'il représente. Un père qui vend sa fille. Une dette de sept cent mille euros transformée en acte de propriété. La signature de Giuseppe Sarri, tracée au Montblanc, su
Chapitre 1LudovicaLe fourgon s'arrête dans un grincement de freins qui me secoue jusqu'aux os. L'obscurité de la cellule arrière pue le métal, le gasoil et ma propre peur, cette sueur froide qui colle mon chemisier à ma colonne vertébrale depuis que les hommes silencieux m'ont jetée à l'arrière, à







