Mag-log inChapitre 148
Ludovica
La villa est silencieuse quand nous rentrons.
Les murs de pierre semblent plus sombres, plus lourds, comme si le poids des mots de l'avocat s'était déposé sur chaque fissure, sur chaque interstice, sur chaque recoin où la lumière n'atteint pas. L'air est épais, chargé de cette tension qui suit les révélations, de cette attente qui préc&egra
Chapitre 175DragoLe commissaire est assis en face de moi, son costume bleu marine impeccable, ses doigts croisés sur la table. La lumière de mon bureau éclaire ses traits fatigués, mais ses yeux sont vifs, perçants. Il sait que je ne suis pas un homme à me laisser faire. Il sait que je prépare quelque chose._ Vous êtes sûr de vouloir faire ça ? demande-t-il.Sa voix est calme, professionnelle, mais je perçois une tension en dessous. Il a peur. Peur que ça tourne mal. Peur que je fasse une erreur._ Je suis sûr, dis-je._ Greco est dangereux. Il ne reculera devant rien._ Je le sais._ Et si elle meurt ?_ Elle ne mourra pas.Je me lève, mes doigts effleurant le bord du bureau. Mes
Chapitre 174DragoJe signe les documents sans les relire.Le stylo glisse sur le papier, l'encre noire s'étale comme une promesse de ruine. Mes doigts ne tremblent pas. Mes yeux ne quittent pas la ligne pointillée. Chaque signature est une brique que j'arrache de l'édifice que j'ai construit. Chaque paraphe est une part de moi que je donne à l'ennemi. Je ne regarde pas en arrière. Je ne me demande pas si j'ai tort. Je sais que j'ai raison.Tommaso est debout derrière moi, ses bras croisés, son visage tendu. Il regarde les pages défiler, les tampons s'imprimer, les mots qui scellent ma défaite._ Tu es en train de tout lui donner, dit-il.Sa voix est calme, mais je sens la tension en dessous. Il essaie de me raisonner. Il essaie de me faire revenir à la raison._ Je sai
Chapitre 173DragoLe téléphone sonne dans la nuit. Je décroche avant la deuxième sonnerie, mes doigts crispés sur le boîtier._ Vous avez reçu notre message, dit la voix.Elle est déformée, électronique, mais je reconnais l'accent. Greco. Il ne se cache même plus._ Je veux lui parler, dis-je._ Pas avant que vous acceptiez nos conditions._ Quelles conditions ?_ Vous cédez toutes vos parts dans l'entreprise. Toutes. Vous signez un document qui les transfère à Vittorio Greco._ Et ensuite ?_ Ensuite, elle sera libre._ Vous me prenez pour un imbécile ?Je sens ma mâchoire se serrer, mes doigts blanchir sur le tél&eacut
Chapitre 172LudovicaLa lumière de l'ampoule vacille, comme un battement de cœur. Mon souffle est court, mes lèvres sont sèches, mes doigts sont engourdis. Le silence est une présence épaisse, moite, qui pèse sur mes épaules. La douleur est une compagne familière, qui ne me lâche pas. Mes poignets saignent encore, une brûlure sourde qui monte le long de mes avant-bras.Je ferme les yeux. Le noir est une protection. Personne ne peut me voir dans le noir. Personne ne peut me prendre dans le noir. À l'intérieur de moi, une voix se lève, douce, régulière, comme une respiration, une prière, une promesse silencieuse.Drago.Je répète son nom à l'intérieur de moi. Un murmure, une caresse, une certitude. Il viendra. Il viendra me chercher. Il vi
Chapitre 171LudovicaL'ampoule vacille au-dessus de moi, projetant des ombres qui dansent sur les murs de pierre. Mes doigts sont engourdis, mes poignets saignent encore, mes genoux me brûlent. La faim est une présence sourde au fond de mon ventre, la soif une brûlure qui ne s'éteint jamais. Je compte les secondes, les minutes, les heures perdues dans ce silence de plomb. Mais je ne perds pas espoir. Je ne peux pas perdre espoir. Si je perds espoir, j'ai déjà perdu.La porte s'ouvre. L'homme au visage de chien battu entre, son pas traînant sur le sol en ciment. Il tient un verre d'eau, mais cette fois il ne m'approche pas. Il reste là, adossé au mur, ses yeux fixés sur moi comme s'il cherchait quelque chose dans les plis de mes vêtements._ Vous êtes toujours là, dit-il._ Où voulez-vous
Chapitre 170LudovicaJe ne sais pas depuis combien de temps nous roulons. Mes poignets sont en sang, les cordes trop serrées, mes chevilles engourdies par la position. Chaque cahot du fourgon est un coup de poing dans mes os, une douleur qui remonte le long de ma colonne vertébrale, qui s'installe dans ma nuque, qui emplit mes tempes. Je n'ai plus de repères. J'ai perdu le compte des virages, des arrêts, des heures.Le fourgon s'arrête.Les portes s'ouvrent. La lumière blanche m'aveugle. Une main m'attrape par les cheveux. Mes doigts s'accrochent au plancher métallique, mais ils sont trop faibles, trop glacés._ Sortez, dit une voix rauque.Je suis traînée. Mes genoux heurtent le sol, des cailloux s'enfoncent dans ma peau. La douleur n'a plus de sens. Elle est une compagne familière.
Chapitre 2DragoJe suis debout devant la fenêtre de mon bureau depuis que le guetteur a signalé le fourgon. Un verre de whisky trente ans d'âge dans la main droite, la gauche enfoncée dans la poche de mon pantalon, je regarde la route en lacets qui serpente au flanc de la falaise. La fourgonnette n
Chapitre 5DragoLe contrat est lourd dans ma main, pas à cause du papier quelques feuilles à en-tête notarié mais à cause de ce qu'il représente. Un père qui vend sa fille. Une dette de sept cent mille euros transformée en acte de propriété. La signature de Giuseppe Sarri, tracée au Montblanc, su
Chapitre 4LudovicaIl fait un pas vers moi et s'accroupit. Ce mouvement inattendu cette proximité soudaine me désarçonne. Il n'est plus la statue menaçante qui me dominait de toute sa hauteur ; il est là, à ma hauteur, son visage à quelques centimètres du mien. Le parfum de son after-shave m'envel
Chapitre 1LudovicaLe fourgon s'arrête dans un grincement de freins qui me secoue jusqu'aux os. L'obscurité de la cellule arrière pue le métal, le gasoil et ma propre peur, cette sueur froide qui colle mon chemisier à ma colonne vertébrale depuis que les hommes silencieux m'ont jetée à l'arrière, à







