Se connecterChapitre 170
Ludovica
Je ne sais pas depuis combien de temps nous roulons. Mes poignets sont en sang, les cordes trop serrées, mes chevilles engourdies par la position. Chaque cahot du fourgon est un coup de poing dans mes os, une douleur qui remonte le long de ma colonne vertébrale, qui s'installe dans ma nuque, qui emplit mes tempes. Je n'ai plus de repères. J'ai perdu le compte des virages, des arrêts, des heures.
Chapitre 170LudovicaJe ne sais pas depuis combien de temps nous roulons. Mes poignets sont en sang, les cordes trop serrées, mes chevilles engourdies par la position. Chaque cahot du fourgon est un coup de poing dans mes os, une douleur qui remonte le long de ma colonne vertébrale, qui s'installe dans ma nuque, qui emplit mes tempes. Je n'ai plus de repères. J'ai perdu le compte des virages, des arrêts, des heures.Le fourgon s'arrête.Les portes s'ouvrent. La lumière blanche m'aveugle. Une main m'attrape par les cheveux. Mes doigts s'accrochent au plancher métallique, mais ils sont trop faibles, trop glacés._ Sortez, dit une voix rauque.Je suis traînée. Mes genoux heurtent le sol, des cailloux s'enfoncent dans ma peau. La douleur n'a plus de sens. Elle est une compagne familière.
Chapitre 169DragoLa nuit est froide, mais je ne la sens pas.Je suis debout sur la plage, là où les vagues viennent mourir sur le sable. Le vent soulève mes cheveux, fouette mon visage, mais je ne le sens pas. Mes yeux sont fixés sur l'endroit où elle était. Sur les traces de lutte. Sur le sang. Son sang. Le sable a gardé sa marque, comme un témoin silencieux. Comme une accusation.Je ferme les yeux. Je la revois. Elle marchait ici, il y a quelques heures. Le soleil brillait sur ses cheveux, la mer dansait à ses pieds. Elle souriait. Elle était libre. Elle était vivante.Et moi, je l'ai laissée seule. Je lui ai accordé cette liberté. Je lui ai fait confiance. Je lui ai offert un privilège. Et je l'ai perdue._ C'est de ma faute, dis-je à voix bass
Chapitre 168DragoLe bureau est plongé dans la pénombre. Seule la lumière de l'écran d'ordinateur éclaire mes doigts crispés sur le clavier. Les heures défilent. L'horloge murale marque deux heures du matin, puis trois, puis quatre. Aucune nouvelle. Rien. Le silence est un couteau planté entre mes côtes.Je suis assis, immobile, mes yeux fixés sur le téléphone posé devant moi. Il ne sonne pas. Il ne vibre pas. Il ne dit rien. Les informateurs sont muets. Les alliés sont impuissants. Les hommes de Greco savent se faire oublier. Et moi, je ne peux rien faire. Rien d'autre qu'attendre. Attendre qu'elle souffre. Attendre qu'on la touche. Attendre qu'elle ait peur.Le silence est insoutenable. Je me lève, je fais les cent pas dans le bureau. Mes jambes sont lourdes, mais je ne peux pas m'arrêter.
Chapitre 167DragoLe bureau est devenu un quartier général. Des écrans, des cartes, des téléphones, des hommes qui vont et viennent sans faire de bruit. Russo a déployé tous ses contacts. Les informateurs sont sur le qui-vive. Les alliés ont été prévenus. Une chasse à l'homme s'organise autour de moi, et je suis son centre, son cœur, sa rage.Je suis debout devant la carte dépliée sur le mur. Des épingles rouges marquent les positions. Des routes, des ports, des planques. Des noms d'hommes qui pourraient savoir quelque chose. Des visages que je devrais peut-être menacer. Mes doigts effleurent les villes, les chemins, les gares. Où es-tu ?Tommaso entre sans frapper, son visage grave, ses yeux noisette plongés dans les miens. Il porte une veste noire, les cheveux en d&eac
Chapitre 166DragoLe téléphone vibre dans ma poche alors que je traverse le hall. Russo. Sa voix est tendue, hachée. Des mots que je n'arrive pas à comprendre tout de suite. Le sable. La plage. Elle a disparu.Mon cœur s'arrête.Je ne me souviens pas avoir traversé le jardin. Je ne me souviens pas avoir descendu les marches qui mènent à la plage. Le sable est mou sous mes chaussures, trop mou, comme si le sol lui-même se dérobait sous moi. Mes jambes avancent sans que je les contrôle. La mer est calme, trop calme. Les vagues viennent mourir sur le rivage dans un murmure indifférent. Elles ne savent pas. Elles ne savent pas que je cherche une trace, une ombre, un souffle.La plage est vide.Je m'arrête. Mes yeux parcourent l'horizon, les rochers, l'écume. Rien.
Chapitre 165LudovicaLa conscience revient par vagues. Des fragments de lumière, des éclats de douleur.Mon corps est lourd, inerte, comme si mes os avaient été vidés de leur moelle. Une voix grave et rauque flotte au-dessus de moi, des mots que je n'arrive pas à comprendre, des ordres que je n'arrive pas à suivre. Je sens des mains sur mes bras. Mes bras, mes jambes, on me tire, on me soulève, mes pieds traînent dans le sable, des cailloux s'enfoncent dans mes chevilles nues, une brûlure froide qui monte le long de mes mollets.Le linge a disparu. Je respire. J'ouvre les yeux.La lumière du soleil me frappe, douloureuse, aveuglante. Des silhouettes se découpent à contre-jour. Des masques. Des armes. La plage défile autour de moi, le sable glisse sous mes pieds, la mer scintille au lo
Chapitre 3LudovicaLe marbre est une plaque de glace sous mes genoux. Le froid a depuis longtemps traversé le tissu de ma jupe, puis ma peau, puis mes muscles ; il s'est logé dans mes os comme un hôte indésirable. Mes mollets sont ankylosés, mes cuisses tremblent d'un effort continu, et pourtant je
Chapitre 2DragoJe suis debout devant la fenêtre de mon bureau depuis que le guetteur a signalé le fourgon. Un verre de whisky trente ans d'âge dans la main droite, la gauche enfoncée dans la poche de mon pantalon, je regarde la route en lacets qui serpente au flanc de la falaise. La fourgonnette n
Chapitre 1LudovicaLe fourgon s'arrête dans un grincement de freins qui me secoue jusqu'aux os. L'obscurité de la cellule arrière pue le métal, le gasoil et ma propre peur, cette sueur froide qui colle mon chemisier à ma colonne vertébrale depuis que les hommes silencieux m'ont jetée à l'arrière, à
Chapitre 5DragoLe contrat est lourd dans ma main, pas à cause du papier quelques feuilles à en-tête notarié mais à cause de ce qu'il représente. Un père qui vend sa fille. Une dette de sept cent mille euros transformée en acte de propriété. La signature de Giuseppe Sarri, tracée au Montblanc, su







