Mag-log inContrat avec le diable en costume
Chapitre 8: Le baiser répété
— Kiara
Le bruit de la réception me parvient par vagues, étouffé, lointain, de l’autre côté des grandes portes-fenêtres. Mes doigts glacés agrippent la rambarde en fer forgé du balcon. La nuit parisienne, indifférente à mon désastre, déploie ses lumières comme si de rien n’était. J’ai tout gâché. Encore. La gaffe monumentale, la phrase qu’il ne fallait pas lâcher devant ces journalistes aux yeux de fouine. J’ai vu le visage de notre attachée de presse se décomposer, j’ai vu les sourires se figer. Et puis sa main à lui. Rayan. Chaude, ferme, une main de pianiste aux doigts impérieux qui s’est refermée sur mon bras.
— Ton petit numéro d’improvisation, c’était quoi exactement ?
Sa voix. Un velours qui claque comme un fouet. Je ne me retourne pas. Je sens sa présence massive dans mon dos, une tension qui mange tout l’espace et rend l’air soudain plus rare.
— Une erreur, je murmure.
— Une erreur qui pourrait nous coûter le contrat avec la maison de luxe. Tu le sais, ça ?
Son souffle est près de ma nuque maintenant. Il s’est approché sans un bruit, une ombre élégante dans son smoking qui a dû coûter plus cher que mon loyer. Bien sûr que je le sais. La boule de honte qui me comprime la gorge m’empêche de l’admettre. Je me contente de hocher la tête, misérable.
— Il faut arranger ça, reprend-il. Et vite. Le journaliste de Voici n’a rien raté. Il est en bas, dans le jardin. Il mitraille.
Mon sang se fige. Un paparazzi. De dos, appuyé contre un marronnier, l’objectif braqué sur nous. La partie d’échecs s’accélère et je suis le pion vulnérable que Rayan va devoir sacrifier ou sauver. Il choisit de sauver les apparences.
— Retourne-toi.
Un ordre. Un ordre qui m’électrise l’échine. J’obéis, le cœur battant trop vite, et je me retrouve face à lui. Le dos collé à la pierre froide du garde-corps, je suis prisonnière de son regard d’ambre, illisible et brûlant. La lune dessine le dessin parfait de ses lèvres. Il est trop près. Beaucoup trop près.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Ce que nous sommes censés faire. Jouer.
Il n’ajoute rien. Sa main quitte mon bras, ses doigts frôlent ma mâchoire avec une lenteur délibérée. Un déclic d’objectif crépite au loin. Il relève mon menton. Son pouce effleure ma lèvre inférieure et j’ai un frisson que je ne peux pas contrôler, une réaction viscérale qui doit être une humiliation supplémentaire, un signe de faiblesse qu’il va forcément exploiter.
— Détends-toi, Kiara. Un couple heureux ne ressemble pas à une otage face à son ravisseur.
— Je ne suis pas une bonne actrice, tu te souviens ? C’est toi qui le dis.
— Alors, sens. Ne joue pas.
Et il m’embrasse.
Ses lèvres se posent sur les miennes avec une précision parfaite, un contact froid, calculé, un baiser de scène calibré pour la galerie et l’objectif braqué sur nous. Pas de passion, juste une technique irréprochable. Je dois offrir le tableau attendu : la fiancée énamourée, suspendue au cou de son homme mystérieux. Alors je ferme les yeux. J’appuie mes paumes contre son torse, le tissu soyeux de sa veste, la chaleur inattendue qui émane de lui.
Et là, quelque chose bascule.
Ses doigts ne tiennent plus seulement ma mâchoire, ils se crispent, sa main libre s’égare sur ma hanche et m’attire, d’un coup sec, contre lui. Le baiser change de nature. Il s’approfondit. Sa bouche est soudainement fiévreuse, exigeante, sa langue cherche la mienne, la trouve, m’arrache un gémissement étouffé que le vent nocturne emporte. Ce n’est plus un rôle. Ce n’est plus rien de prévu. Un incendie se déclare au creux de mes reins, monte, pulse, efface toute pensée cohérente. Le monde extérieur se dissout. Plus de balcon, plus de paparazzi, plus de contrat. Juste lui. Le goût de son désir, flagrant, le rythme fou de son cœur contre le mien. Je réponds, Dieu, je réponds avec une avidité qui me fait peur, mes mains s’agrippent à sa nuque, je l’attire plus fort, plus près, ce baiser est un précipice et je tombe, je tombe, je veux tomber.
Il se détache brusquement.
Comme brûlé.
Il s’arrache de moi, titube d’un pas en arrière. L’air glacé s’engouffre là où sa chaleur m’enveloppait. Je reste interdite, les lèvres gonflées, le souffle court, tout mon corps en état de choc. Mon cœur, ce traître, galope dans ma poitrine et refuse de ralentir.
Rayan me tourne déjà le dos. Ses épaules se soulèvent, il respire fort, une main passée dans ses cheveux, défaisant cette perfection étudiée. Le silence qui s’abat sur nous est pire qu’une insulte. Épais. Lourd de tout ce qui vient de se produire et qu’il ne faudrait surtout pas nommer.
— Rayan...
— Tais-toi.
Sa voix est rauque, écorchée, méconnaissable. Il ne se retourne pas. Je vois ses poings se serrer et se desserrer le long de ses flancs, un combat intérieur se livre devant moi, une tempête que je ne saisis pas. Un nouveau flash crépite, loin, en bas, presque ironique. Pour la presse, pour le monde entier, nous venons d’échanger un baiser d’amoureux transis, parfait. Pour lui, pour moi, la réalité est un champ de ruines fumantes.
— Le paparazzi..., je murmure stupidement, ne sachant que dire, accrochée à notre mensonge comme à une bouée.
— Il a sa photo, coupe-t-il d’un ton glacial qui ne parvient pas à masquer le tremblement qui le trahit. Demain, notre couple fera la une. Félicitations, la mission est accomplie.
Il pivote enfin, mais son regard ne croise pas le mien. Il fixe un point au-dessus de mon épaule, sa mâchoire est un bloc de marbre contracté. L’homme capable de me consumer par un baiser a déserté son propre visage.
— La réception n’est pas finie, reprend-il, les mots comme des couperets. Reprends-toi. Et ne me refais plus jamais ça.
Il parle du baiser ? De ma gaffe ? De ce précipice où nous avons tous les deux sombré ? Je ne sais pas. Il n’attend pas ma réponse. Il rentre, silhouette rigide et hautaine, aspiré par la lumière impitoyable du salon et le brouhaha des convives. Il me laisse seule sur le balcon, une statue de chair secouée d’un vertige qui n’a rien à voir avec le vide sous mes pieds. Je lève une main tremblante vers mes lèvres. Elles brûlent encore. Le baiser était truqué. La scène, écrite d’avance. Mais dans le scénario, le feu qui a pris en moi n’était pas prévu. Et je sais, je le sais au chaos qui emporte mes certitudes, qu’il n’était pas prévu en lui non plus.
Chapitre 40 : Le Dernier ChapitreKiaraVingt-cinq ans. Vingt-cinq ans que j'ai signé ce contrat absurde qui devait faire de moi une fausse fiancée. Vingt-cinq ans que j'ai rencontré l'homme qui allait devenir mon mari, le père de mes enfants, le compagnon de toute une vie. Si quelqu'un m'avait dit, ce jour-là, où j'en serais aujourd'hui, je ne l'aurais pas cru. J'aurais ri, sans doute. Ou j'aurais haussé les épaules, incrédule.Et pourtant, me voici. Assise sur le banc de pierre de la clairière, face à la mer, le Grand Livre ouvert sur les genoux. Mes cheveux sont devenus gris, des rides creusent mon visage, et mes mains tremblent légèrement quand je tourne les pages. Mais mon cœur, lui, est toujours le même. Il bat toujours aussi fort pour l'homme qui se tient à côté de moi.Rayan a vieilli, lui aussi. Ses tempes sont entièrement blanches, ses épaules se sont un peu voûtées, et il marche avec une canne depuis que sa hanche le fait souffrir. Mais ses yeux n'ont pas changé. Ils sont t
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Chapitre 38 : Les Pages BlanchesKiaraCinq années ont passé depuis que Rayan m'a offert le Grand Livre. Cinq années que je n'ai pas vues filer, tant elles étaient remplies de vie, de rires, de petits bonheurs et de grandes émotions. Espérance a maintenant dix ans, elle est en CM2, et elle arbore un appareil dentaire qu'elle déteste mais qui, selon l'orthodontiste, lui donnera un sourire parfait. Gabriel, sept ans, est en CE1, et il passe son temps libre à démonter des objets pour comprendre comment ils fonctionnent. La dernière victime en date était le grille-pain, qui n'a malheureusement pas survécu à l'expérience.— Maman ! Gabriel a encore pris mes feutres !La voix d'Espérance résonne dans le penthouse, suivie du bruit caractéristique d'une course-poursuite dans le couloir. Je soupire, pose le dossier sur lequel je travaillais, et me prépare à jouer une fois de plus le rôle d'arbitre.— Gabriel, rends les feutres à ta sœur.— Mais j'en ai besoin ! Pour mon projet !— Quel projet
Chapitre 37 : Le Grand LivreKiaraGabriel a deux ans aujourd'hui. Deux ans que notre petit garçon est entré dans nos vies, deux ans qu'il a transformé notre famille en une joyeuse tribu où les rires et les pleurs se mêlent dans un chaos parfaitement orchestré. Pour célébrer son anniversaire, nous avons organisé une petite fête dans la clairière, comme nous le faisons chaque année pour chacun de nos enfants. Les guirlandes de fleurs sont de retour, les lanternes en verre soufflé oscillent doucement dans la brise de juin, et la longue table dressée sous les arbres croule sous les plats préparés par le traiteur qui officie à chacune de nos célébrations.Les invités sont les mêmes que d'habitude. Margaret, bien sûr, qui a tricoté un pull bien trop grand pour Gabriel "comme ça il pourra le porter l'hiver prochain". Marcus, qui a apporté un château fort en bois assez imposant pour occuper la moitié du salon. Mes parents, qui vieillissent doucement mais qui semblent rajeunir dès qu'ils pose
Chapitre 36 : Les Nouveaux ÉquilibresKiaraGabriel a six mois aujourd'hui. Six mois que notre famille s'est agrandie, six mois que nous avons appris à fonctionner à cinq, six mois de nuits écourtées, de biberons, de couches, de crises de larmes et de fous rires. L'arrivée d'un deuxième enfant a bouleversé nos habitudes bien plus profondément que je ne l'aurais imaginé. Avec Espérance, tout était nouveau, chaque étape était une découverte. Avec Gabriel, tout est familier, et pourtant rien n'est pareil. Chaque enfant est un monde en soi, avec son caractère, ses exigences, ses mystères.Gabriel est un bébé calme, observateur, presque méditatif. Là où Espérance hurlait pour un oui pour un non, lui se contente de gazouiller doucement, de suivre des yeux les mouvements de sa sœur avec une curiosité placide. Il a les yeux sombres de son père, les cheveux bruns de sa mère, et un sourire qui semble contenir toute la sagesse du monde. Parfois, je le regarde dormir dans son berceau, ses petits
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Chapitre 9 : Les Apparences TrompeusesKiaraLe claquement de la porte d’entrée résonne comme un coup de tonnerre dans le silence ouaté du penthouse. Je suis assise sur le canapé, un mug de café brûlant entre les mains, mais je ne l’ai pas porté à mes lèvres. Je l’attends. Le journal people est éta
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