LOGINContrat avec le Diable en Costume Kiara n'avait que trois règles. Sacrées. Inébranlables. Ne jamais courber l'échine. Ne jamais pleurer devant le monde. Et ne jamais, au grand jamais, vendre son âme à un salaud en costume trois pièces. La règle numéro trois ? Elle vient de la réduire en cendres. Son nouveau bourreau porte un nom qui fait trembler tout Paris : Rayan Gomez. Trente-trois ans, PDG de Gomez Tech, un regard glacial qui bousille des carrières avant même le premier espresso. On le surnomme le Diable en Costume. Il ne sourit pas. Il ne pardonne pas. Et il congédie ses assistantes plus vite qu'il ne paraphe ses contrats. Mais quand l'hôpital appelle, tout s'effondre. Son petit frère, son seul repère, son unique famille, a besoin d'une opération vitale. Cinquante mille euros. Une montagne. Un gouffre. Alors Kiara est prête à tout. Vraiment tout. Le démon lui tend un pacte : deux mois. Dans le rôle de sa fausse fiancée. Pour qu'il conserve l'héritage de sa grand-mère. En échange, il efface la dette, sauve l'enfant, possède tout. Les termes sont gravés dans le marbre : pas de sentiments. Pas de questions. Aucun faux pas. Mais Kiara ne plie jamais. Et Rayan ne supporte pas qu'on lui résiste. Entre eux, c'est une guerre. Un duel brûlant où la haine est aussi électrique que le désir. Chaque regard est un défi. Chaque mot, une morsure. Le contrat devait être une prison. Il est devenu une poudrière. Qui craquera en premier et embrasera tout sur son passage ?
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Chapitre 1:Entretien d'embauche
Kiara
Le ciel de Paris, gris et menaçant, défile derrière la paroi transparente, mais je ne le vois pas. Je ne vois que le reflet de mes propres yeux. Deux éclats d’un marron presque noir, déterminés, brûlants, sans une once d’excuse.
Je suis en retard. Pas de quelques minutes polies. De quarante-sept minutes. Un crime de lèse-majesté pour un entretien avec un simple chef de service. Alors avec lui… Rayan Gomez. Le Diable en Costume.
Le nom résonne dans ma tête au rythme de l’ascenseur. Un bruit sourd. Mécanique. Impitoyable. Je le hais déjà. Pas pour sa réputation, ni pour les carrières qu’il a brisées avant même son deuxième espresso, comme le veut la légende. Je le hais parce que j’ai besoin de lui. C’est une sensation détestable, une brûlure froide qui me tord l’estomac. Le besoin vous met toujours à genoux. Et je ne m’agenouille devant personne.
La sonnerie de l’ascenseur retentit, une note cristalline qui me paraît obscène. Les portes coulissent sur un couloir minimaliste, d’un blanc aveuglant. Les bureaux de la direction. L’air y est plus rare, plus froid. Derrière un bureau immense, une assistante blonde, aussi stylisée et inexpressive qu’un mannequin de vitrine, lève vers moi un regard où la surprise le dispute à la réprobation.
— Mademoiselle… Kiara Vance ? L’entretien était à 9 heures. Monsieur Gomez a une patience très… limitée. Je crains qu’il ne soit trop tard.
Trop tard. Le mot est un couperet. L’hôpital a dit la même chose, avec des formules plus médicales mais le même verdict implacable. Cinquante mille euros. C’est le seul moyen. Cette pensée me donne la force d’ignorer sa sentence.
— Il m’attend.
Ma voix ne souffre aucune contradiction. Une voix qui ne demande pas, qui affirme.
Je ne lui laisse pas le temps de protester. J’ai repéré la lourde porte en bois sombre, seule tache de couleur dans cet univers aseptisé. Sans frapper, je pose la main sur la poignée et je pousse.
Le bureau est immense, baigné d’une lumière naturelle qui aurait pu être agréable si elle n’était pas aspirée par l’être qui siège derrière la table de verre fumé. Rayan Gomez. Il ne lève pas les yeux à mon entrée. Il fixe l’écran de son ordinateur, le visage partiellement dissimulé par l’angle de son fauteuil haut de gamme. Un costume trois pièces anthracite, une coupe de cheveux sombre et impeccable. Un bloc de glace taillé dans du granit.
Je m’avance jusqu’au centre de la pièce, sans y avoir été invitée. Le cliquetis de mes talons sur le parquet ciré brise le silence ouaté. Je reste debout, droite, le menton haut.
Le silence dure. Dix secondes. Vingt. Une éternité calculée pour me faire fondre, pour me noyer dans l’angoisse et l’humiliation. Il n’a toujours pas bougé, statue de pouvoir vêtue par un tailleur de génie.
Je ne fonds pas. Je sens le feu monter en moi, un incendie qui calcine la peur.
— L’heure, c’est une convention pour les gens qui ont du temps à perdre. Je n’en fais pas partie. Visiblement, vous non plus, puisque vous n’avez même pas la politesse d’accorder un regard à la personne que vous avez convoquée.
Le cliquetis de la souris cesse.
Lentement, avec une lenteur étudiée, le fauteuil pivote. Rayan Gomez me fait face.
L’impact est plus violent que je ne m’y étais préparée. Les photos dans la presse financière ne rendaient pas justice à la réalité. Il est beau, d’une beauté qui est en elle-même une agression. Des traits parfaits, une mâchoire carrée, des lèvres dures. Et ces yeux. Non pas bruns, non pas noirs, mais d’un gris sidéral, d’un gris de givre en février. Un regard qui ne se pose pas sur vous, il vous transperce, vous dissèque, vous juge, et vous congédie en une nanoseconde.
Ce regard s’ancre au mien. Je sens un frisson glacé courir le long de ma colonne vertébrale, mais je ne cille pas. Je ne détourne pas les yeux. J’y plante les miens, mes propres iris presque noirs, et je lui renvoie sa froideur au centuple. Ce n’est pas du courage. C’est de la survie.
Un long frémissement parcourt le visage de l’homme. L’espace entre ses sourcils se plisse imperceptiblement. Ce n’est pas de la colère. C’est… de la curiosité. La curiosité clinique d’un fauve qui voit une proie inconnue refuser de courir.
— Vous êtes en retard.
Sa voix est exactement comme le reste : contrôlée, grave, sans une once de chaleur. Une voix faite pour énoncer des jugements derniers.
— Et vous êtes d’une impolitesse notoire. J’ai compté. Vingt-sept secondes de silence avant que vous ne daigniez me regarder. C’est puéril, comme tactique d’intimidation.
L’assistante, restée sur le seuil, a un hoquet d’effroi. Dans le silence qui suit, j’entends le vent siffler contre les baies vitrées. Le monde extérieur, la vie, tout semble à des années-lumière de cet aquarium glacial.
Rayan Gomez se lève.
Il le fait sans hâte, dépliant sa haute silhouette avec une grâce dangereuse. Il contourne le bureau, s’approche de moi sans jamais rompre le contact visuel. Il n’est plus derrière sa forteresse de verre fumé. Il est à un mètre de moi, si proche que je peux sentir son parfum, une fragrance boisée et glaciale, comme une forêt en hiver. Il me domine de toute sa hauteur, et la pression dans la pièce chute.
— Regardez-moi bien, Mademoiselle Vance. La porte est derrière vous. Personne ne vous retient. Vous avez déjà gâché mon temps, ce qui est un exploit en soi.
Il fait un pas de plus. Sa main se lève, et dans un geste inattendu, presque désinvolte, il attrape une mèche de mes cheveux bruns échappée de ma queue de cheval. Il la roule entre son pouce et son index, un contact infime, aussi froid qu’une brûlure.
Je ne frissonne pas. Mon cœur, lui, s’est arrêté.
— Alors dites-moi, pourquoi devrait-on vous accorder trente secondes de plus ?
Ses yeux gris sondent les miens comme s’il cherche à lire les termes du pacte que je n’ai pas encore signé.
Je pourrais reculer. M’excuser. Supplier à genoux comme le monde m’y a condamnée. Au lieu de cela, je laisse échapper un sourire. Un sourire tranchant, sans joie, qui n’atteint pas mes yeux. Le sourire d’une femme qui n’a plus rien à perdre.
Je lève ma propre main et, avec un calme surnaturel, je repousse la main de Rayan Gomez loin de mes cheveux, doigt par doigt, sans cesser de le défier du regard.
— Parce que je n’ai absolument pas peur de vous. Et je crois que c’est la première fois que ça vous arrive.
Le temps se fige. L’assistante a disparu, aspirée par la terreur. Il n’y a plus que nous deux, dans un duel silencieux et électrique. La haine, pure, viscérale, soude nos regards.
Et puis, un miracle se produit. Un cataclysme silencieux. Le coin gauche de la bouche de Rayan Gomez frémit. Il ne sourit pas. Pas vraiment. C’est pire. C’est l’ombre d’un sourire. La promesse ténue d’une tempête à venir. Une étincelle d’appréciation, noire et fascinée, au fond de ses prunelles d’hiver.
Il a vu quelque chose. Il a reconnu, tapie dans l’ombre brûlante de mes yeux, une violence jumelle à la sienne. Une échine qui refuse de se briser, quitte à en mourir.
Il recule d’un pas, rompant le charme électrique, et retourne s’asseoir derrière son bureau. Le masque de froideur absolue est de nouveau en place.
— Asseyez-vous, Mademoiselle Vance. Puisqu’il semblerait que vous ne soyez pas une candidate comme les autres.
Je reste debout une seconde de plus, juste pour lui montrer que je m’assieds parce que je le veux bien. Puis, avec la lenteur calculée de la désobéissance, je prends place sur le siège design et inconfortable qui me fait face.
La guerre ne fait que commencer. Et dans le regard gris du Diable en Costume, derrière l’agacement et la glace, brille déjà l’anticipation d’un brasier qu’il va prendre un malin plaisir à attiser. Un brasier qui porte un nom.
Kiara.
À suivre...
Contrat avec le diable en costume Chapitre 5: La signature La tension dans le bureau est palpable. Je reste debout face à Rayan , qui me dévisage avec cet air à la fois amusé et agacé depuis que j’ai posé mes conditions sur la table. Il ne s’attendait visiblement pas à ce que je négocie. Tant pis pour lui. Je ne serai jamais une potiche qu’on manipule à sa guise.— Vous êtes en position de faiblesse, et pourtant vous osez dicter vos règles.Je soutiens son regard sans ciller.— Ce ne sont pas des règles, ce sont mes limites. Si vous voulez que je joue le rôle de votre compagne, vous devrez les respecter. Sinon, trouvez quelqu’un d’autre.Il se recule dans son fauteuil, les bras croisés, un sourire en coin flottant sur ses lèvres. Il m’observe comme un prédateur étudie une proie qui refuse de fuir. Cela ne me fait pas peur. J’ai trop à perdre pour céder maintenant, mais jamais je ne me perdrai moi-même.— Très bien. Énoncez-les, ces fameuses limites.Je prends une inspiration pour ca
Chapitre 4 : Le pacteKiaraLa moquette du couloir absorbe le bruit de mes pas tandis que je m’approche du bureau directorial. Vingt-trois heures. Tout l’étage est désert, et seul le bourdonnement sourd de la climatisation trouble le silence. J’ai reçu le message de Rayan il y a dix minutes. Une convocation. L’angoisse me tord l’estomac depuis. Sait-il pour les tasses volées dans la réserve ? Pour les pauses cigarette prolongées que je m’accorde en cachette sur le toit ?Je frappe deux coups timides contre la lourde porte en chêne.— Entrez.Sa voix est calme. Trop calme, peut-être.Je pousse la porte et le découvre assis derrière son immense bureau en verre fumé. La ville scintille derrière lui à travers la baie vitrée. Il ne lève même pas les yeux de l’écran de son ordinateur portable. Je reste plantée là, les mains crispées sur le bas de ma blouse d’agent d’entretien, attendant qu’il daigne me remarquer.— Asseyez-vous, Kiara.Il connaît mon prénom. Mon vrai prénom. Pas « mademoise
Chapitre 3 : L'appel qui change toutKiaraLe bureau baigne dans cette lumière blafarde de fin d'après-midi quand mon téléphone vibre contre le bois du bureau. Je jette un œil distrait à l'écran. HÔPITAL NECKER. Mon sang se fige.Je décroche d'un geste mécanique, le cœur déjà en alerte. À l'autre bout du fil, une voix posée, trop posée, celle du docteur Mercier, le cardiologue pédiatrique qui suit Théo depuis sa naissance.— Madame nous avons les résultats des derniers examens.Un silence. Ces silences que les médecins ménagent avant d'asséner les mauvaises nouvelles, je les connais par cœur désormais. Je les collectionne comme d'autres collectionnent les timbres.— L'état de Théo s'est dégradé plus vite que prévu. La malformation s'aggrave. Si nous n'intervenons pas chirurgicalement dans les trois prochains mois, les risques de complications irréversibles seront... considérables.Le mot "considérables" claque dans mon esprit comme une porte qui se ferme. Considérables. Un euphémisme
Chapitre 2 : Le Diable en personneKiaraJe n’aurais jamais dû accepter ce café.Ma première journée au sein du groupe Moreau débute avec la douceur trompeuse d’un piège en velours. La femme du service RH — un sourire figé qui semble s’excuser d’avance — me tend mon badge avec la solennité d’une infirmière qui tendrait une seringue. Puis vient Charlotte, une collègue aux yeux cernés, qui me guide à travers les couloirs de verre et d’acier brossé vers mon nouveau bureau.— La précédente n’a pas tenu trois semaines, murmure-t-elle en actionnant la machine à café de l’étage. Une fille brillante, pourtant. Stanford. Elle est partie en pleurant.Je me contente de hocher la tête. J’ai survécu à bien pire qu’un patron acariâtre. J’ai survécu à la rue, à la faim dans le ventre et aux nuits où le froid vous mord les os. Un homme en costume trois-pièces, aussi terrifiant soit-il, ne me fait pas peur. C’est ce que je crois.La matinée est d’un calme étrange. On me confie l’organisation d’archive












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