MasukChapitre 9 : Les Apparences Trompeuses
Kiara
Le claquement de la porte d’entrée résonne comme un coup de tonnerre dans le silence ouaté du penthouse. Je suis assise sur le canapé, un mug de café brûlant entre les mains, mais je ne l’ai pas porté à mes lèvres. Je l’attends. Le journal people est étalé sur la table basse, la photo en première page, nos deux silhouettes floues mais indiscutables, mes lèvres sur les siennes.
Rayan entre dans le salon comme une tempête. Il ne me regarde pas. Il arrache sa cravate d’un geste sec et la jette sur un fauteuil. La colère crispe sa mâchoire, durcit ses yeux noirs.
— Tu es contente de toi ?
Sa voix est basse, vibrante, bien plus dangereuse qu’un cri. Je repose délicatement le mug sur la table, prenant mon temps pour répondre. Mon cœur bat plus vite, mais je refuse de le montrer.
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
Il saisit le journal pour le brandir devant moi, le papier glacé tremblant sous ses doigts crispés.
— De ça, Kiara. La une. Tu avais besoin d’en faire autant ? Un effleurement de bouche aurait suffi. Là, on dirait la couverture d’un roman d’amour.
Je me lève, refusant de rester en position d’infériorité. Mes pieds nus s’enfoncent dans le tapis moelleux alors que je m’avance vers lui, sentant mon propre sang bouillir sous ma peau.
— C’est toi qui m’a demandé d’être sa femme parfaite, non ? La femme amoureuse, dévouée, qui ne vit que pour son mari. Tu crois que ça se joue à moitié ? Tu ne peux pas exiger le grand jeu et te plaindre quand je le joue.
— Je te demande de jouer un rôle, pas de t’y jeter à corps perdu.
Le sarcasme déforme mes lèvres en un sourire qui n’a rien de doux. Nos premiers vrais éclats de voix fendent l’air climatisé, brisant le vernis de la relation purement professionnelle que nous entretenions jusqu’ici. Je sens cette digue céder en moi, et les mots que je retenais depuis des jours affluent.
— Tu sais quel est ton problème, Rayan ? Tu veux tout contrôler. Chaque geste, chaque regard. Mais tu ne peux pas. Je ne suis pas un de tes employés qu’on programme. Tu m’as choisie pour ça, justement. Parce que je suis crédible. Alors assume.
__Rayan__
Sa tirade me frappe comme une gifle. Je la regarde, debout devant moi, le feu dans les yeux, ses longs cheveux noirs cascadant sur ses épaules, son menton relevé avec défi. Elle est magnifique. Et ça me rend encore plus furieux.
— Crédible, c’est une chose. Donner l’impression que tu vas me dévorer tout cru devant une nuée de photographes, c’en est une autre. Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop ?
Je vois ses pupilles se dilater sous le coup de la colère. Elle serre les poings le long de son corps.
— J’en fais trop ? Mais regarde-toi . Tu passes ton temps à m’observer, à me reprendre, à scruter chaque centimètre carré de cette mascarade. Tu sais quoi ? Je crois que le problème, ce n’est pas la photo. C’est que tu n’as pas supporté de ne pas être aux commandes pendant une fraction de seconde.
Son accusation me cloue le bec. Parce qu’elle tape juste, en plein dans cette vérité que je n’ose pas m’avouer. Cette fraction de seconde où ses lèvres ont touché les miennes, j’ai fermé les yeux. J’ai oublié les photographes, le contrat, la comédie. Et c’est bien ça qui m’est insupportable.
— Tu dis n’importe quoi.
Ma voix est plus calme soudain, trop calme, comme le silence avant l’orage. Je fais un pas vers elle, réduisant la distance qui nous sépare. Elle ne recule pas. L’air entre nous devient irrespirable, chargé d’électricité.
— Tu veux savoir ce que je n’ai pas supporté ? Continue, Kiara. Va au bout de ta pensée.
Kiara
Son mouvement vers moi, sa voix soudainement grave, son parfum qui envahit mes sens. Tout me crie de reculer. Je ne le fais pas. Je plante mes yeux dans les siens, le cœur battant à se rompre contre mes côtes.
— Tu n’as pas supporté que je puisse te surprendre. Que je ne sois pas une poupée docile qui exécute tes ordres sans jamais dévier du scénario. Tu as peur de perdre le contrôle, Rayan. De toi, de moi, de tout ça.
Le silence retombe, lourd, oppressant. Ses pupilles sombres me sondent, cherchant je ne sais quoi. Je sens la chaleur irradier de son corps tout proche, et pendant un instant, je ne sais plus où s’arrête la comédie et où commence la vérité.
— Tu te trompes, murmure-t-il enfin.
Mais sa voix a perdu toute sa colère. Elle n’est plus que le murmure rauque d’un homme qui se bat contre lui-même. Il lève une main, suspend son geste à quelques centimètres de ma joue. Ne la touche pas. Laisse retomber son bras.
— Prépare-toi, dit-il dans un souffle. On sort dans une heure. Puisque l’image de couple passionné a l’air de te plaire, on va en donner au public jusqu’à l’écœurement.
Il tourne les talons et quitte la pièce sans un regard en arrière. Je reste debout, tremblante, le souffle court, le goût amer de cette dispute sur la langue. Le vernis est bel et bien craquelé, et je ne sais pas ce qui se cache en dessous.
Mais je compte bien le découvrir.
Chapitre 32 : Les Liens du SangKiaraL'automne est revenu sur la baie, parant les arbres de la clairière de couleurs flamboyantes. Espérance a dix-huit mois maintenant, elle marche, elle court, elle explore le monde avec une curiosité insatiable qui me rappelle son père. Chaque week-end, nous quittons le penthouse pour venir nous réfugier dans la petite maison de pierre, loin du bruit de la ville, loin des obligations sociales, loin de tout ce qui n'est pas essentiel.Ce matin, je suis assise sur la terrasse, une tasse de café fumant entre les mains, et je regarde Rayan jouer avec sa fille dans les feuilles mortes. Il lui apprend à faire des anges, à les lancer en l'air, à les regarder retomber en une pluie d'or et de pourpre. Elle rit aux éclats, ce rire cristallin qui emplit toute la clairière de sa musique, et je me dis que le paradis doit ressembler à ça. Une maison de pierre, un père et sa fille jouant dans les feuilles, une mère qui les regarde en souriant.— Maman ! crie Espér
Chapitre 31 : Les Premiers PasKiaraEspérance a six mois aujourd'hui. Six mois que notre vie a basculé, six mois que nous avons découvert ce que signifiait vraiment le mot "amour". Elle est assise sur le tapis du salon, entourée de jouets en bois que Rayan a fait venir d'un artisan scandinave, et elle essaie d'attraper un ours en peluche qui se trouve à quelques centimètres de ses doigts potelés. Ses yeux sombres, les yeux de son père, sont plissés par la concentration, et sa petite bouche dessine une moue déterminée qui me rappelle quelqu'un. Moi, peut-être. Ou Rayan. Ou les deux.— Regarde, elle va y arriver, murmure Rayan à côté de moi.— Ne l'aide pas. Laisse-la faire toute seule.— Je ne l'aide pas. Je l'encourage moralement.— Tu l'encourages tellement fort que tu retiens ton souffle. Respire, Rayan. Elle va réussir, tu vas voir.Espérance tend le bras, ses doigts s'approchent de l'ours, le touchent presque, et puis elle bascule sur le côté et roule sur le tapis dans un éclat d
Chapitre 30 : Les Promesses ÉternellesKiaraSix mois se sont écoulés depuis notre mariage dans la clairière. Six mois de bonheur tranquille, de routines douces, de projets partagés. L'automne est arrivé sur la baie, parant les arbres de couleurs flamboyantes, et la petite maison de pierre est devenue notre refuge, notre sanctuaire, notre port d'attache. Nous y passons tous nos week-ends, et parfois même certains soirs de semaine quand la ville devient trop étouffante.Ce matin, je me suis réveillée avec une nausée étrange. Rien de grave, juste ce léger malaise qui vous prend au creux de l'estomac et qui disparaît aussi vite qu'il est venu. Je n'y ai pas prêté attention sur le moment, mettant cela sur le compte de la fatigue ou du dîner trop copieux de la veille. Mais quand la nausée est revenue le lendemain, puis le surlendemain, une idée folle a commencé à germer dans mon esprit.Une idée que je n'ose pas encore formuler à voix haute.Ce matin, je suis assise dans la salle de bains
Chapitre 29 : L'Aube NouvelleKiaraLe soleil perce à travers les rideaux de la petite maison de pierre, dessinant des raies dorées sur les draps froissés. J'émerge du sommeil lentement, paresseusement, le corps encore lourd de la nuit de noces. La tête de Rayan repose sur mon épaule, ses cheveux en bataille chatouillent ma joue, et son bras entoure ma taille comme s'il avait peur que je disparaisse pendant son sommeil. Je reste immobile quelques minutes, savourant cet instant parfait. Le silence de la clairière, le chant des oiseaux dehors, la respiration régulière de l'homme que j'aime contre ma peau.Madame Ashford. Je suis madame Ashford depuis hier. Cette pensée me fait sourire, un sourire idiot et béat que personne ne peut voir mais que je sens irradier tout mon visage. J'ai passé la nuit à répéter ce nom dans ma tête, à l'essayer comme on essaie une robe neuve, à m'habituer à sa musique. Kiara Ashford. Cela sonne bien. Cela sonne vrai. Cela sonne comme une évidence qui aurait t
Chapitre 28 : Le Jour du OuiKiaraLe jour se lève sur la clairière, doux et lumineux, comme si le ciel lui-même avait décidé de nous offrir sa plus belle journée. Je me réveille dans la petite maison de pierre, seule dans le grand lit qui fait face à la mer. Rayan a dormi chez Marcus, respectant la tradition qui veut que les fiancés ne se voient pas avant la cérémonie. Une tradition un peu désuète, peut-être, mais qui ajoute à la magie de ce jour. J'ai hâte de le voir, hâte de découvrir son visage quand il me verra marcher vers lui dans ma robe blanche.Ma mère frappe doucement à la porte, entre avec un plateau de petit-déjeuner. Depuis que nous nous sommes réconciliées, depuis ce jour où je suis retournée dans la maison de briques rouges de mon enfance, elle a changé. Elle est plus douce, plus présente, plus attentive. Comme si la perspective de me perdre une seconde fois lui avait fait prendre conscience de tout ce qu'elle avait manqué.— Tu as bien dormi ? demande-t-elle en posant
Chapitre 27 : Les PréparatifsKiaraLe printemps arrive plus vite que je ne l'aurais cru. Les semaines qui suivent nos fiançailles dans la maison de la clairière s'égrènent avec une douceur que je n'avais jamais connue. Fini les mensonges, fini les contrats, fini les fantômes du passé. Il ne reste plus que nous deux, notre amour, et cette vie que nous construisons jour après jour.Le procès de Victor Sterling s'est terminé la semaine dernière. Plaider coupable était sa seule option face aux preuves accablantes que nous avions rassemblées. Les documents de Paul Henderson, le témoignage d'Arthur Desmond, les enregistrements des conversations avec Derek Lawson. Tout a été versé au dossier, et le juge a prononcé une peine de quinze ans de prison ferme, sans possibilité de libération anticipée cette fois. Quinze ans. Victor Sterling aura soixante-dix-huit ans quand il sortira. Une vie gâchée, une vie de haine et de vengeance, une vie qui ne pourra plus jamais nous atteindre.— À quoi tu pe
Chapitre 25 : Les Heures Avant l'AubeKiaraEt parce que j'ai Kiara à mes côtés, cette femme extraordinaire qui a transformé ma vie en entrant dans mon bureau avec sa robe trop simple et son regard de défi. Cette femme qui a déchiré notre contrat pour écrire notre histoire. Cette femme qui se tient
Chapitre 24 : La Stratégie de GuerreKiaraNous quittons le bureau de Marcus à trois heures du matin, les yeux brûlants de fatigue, les nerfs à vif, les bras chargés de copies des documents que Paul Henderson nous a confiés. La ville est déserte à cette heure, les rues sont vides, les vitrines des
Chapitre 22 : Les Confessions du ProcureurKiaraLe bureau d'Henry Callahan est à l'image de son propriétaire. Austère, ordonné, chargé d'histoire. Les murs sont tapissés de bibliothèques qui ploient sous le poids des livres de droit, des reliures de cuir aux titres dorés à l'or fin, des codes civi
Chapitre 20(suite)Rayan lit le passage, fronce les sourcils.— Je n'ai jamais entendu parler de cette histoire.— Personne n'en a entendu parler. L'enquêteur qui a recueilli ce témoignage l'a noté, l'a classé, et n'a pas creusé plus loin. L'affaire était prescrite, les protagonistes avaient dispar







