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CHAPITRE 7 : La décision

Author: L'encre
last update publish date: 2026-04-21 07:48:40

J’avais brûlé de déchirer l’invitation. De la jeter aux toilettes. De faire comme si elle n’existait pas. C’était une provocation, un pied de nez du destin, une blague de mauvais goût. Pourquoi moi ? Pourquoi m’inviter, moi qui n’étais plus rien ?

Mais je ne l’avais pas déchirée. Je l’avais rangée dans cette boîte à chaussures, dans ce placard, et je l’avais oubliée. Ou plutôt, je l’avais enfouie. Comme tout le reste.

Je la sortis de l’enveloppe. Le papier était toujours aussi épais, les lettres toujours aussi dorées. La date était dans trois semaines. Trois semaines.

Mon cœur se mit à battre plus vite. Une idée folle germait quelque part dans un recoin de mon crâne.

Et si j’y allais ?

– Non, murmurai-je. Tu n’es pas capable. Tu ne sors même pas de chez toi.

Mais l’idée ne partait pas. Elle restait là, tenace, comme une mauvaise herbe.

Et si j’y allais ? Et si j’y allais avec un cavalier ? Un homme tellement beau, tellement parfait, tellement au-dessus de Thomas qu’il en deviendrait fou de rage ?

L’invitation était là, dans mes mains. La date était dans trois semaines. Je pouvais encore m’organiser.

Ou je pouvais tout refermer, tout ranger, et retourner m’allonger sur mon canapé.

Je regardai le carton. Les livres de droit de Thomas. Le pyjama sale. La femme étrangère dans le miroir.

Non. Je ne pouvais plus rester là.

Je glissai l’invitation dans la poche de mon pyjama. Et je sortis de la chambre.

Oui, je voulais me venger.

Le mot était laid, violent, presque honteux à prononcer. Mais il était là, dans ma tête, plus fort que tout. Je voulais que Thomas regrette. Je voulais qu’il me voie rayonnante, désirable, heureuse. Je voulais qu’il se morde les doigts d’avoir choisi l’autre.

Je voulais un cavalier parfait.

Je retournai dans le salon, m’assis devant mon ordinateur portable, et j’ouvris un nouveau navigateur. Mes doigts hésitèrent un instant au-dessus du clavier. Et si quelqu’un le savait ? Et si Thomas apprenait que j’avais loué un homme ? Et si je devenais la risée de tous, encore une fois ?

Je chassai les pensées. Je n’avais plus rien à perdre.

« Gigolo – location – cavalier – événement haut de gamme. »

Je tapai la recherche d’une main ferme, le cœur battant.

Les résultats étaient sordides. Des sites aux couleurs criardes, des photos d’hommes torse nu avec des surnoms ridicules – « Black Panther », « L’Italien », « Mister Sexy ». Des tarifs à l’heure, des mentions « sans pénétration » écrites en petits caractères. Des témoignages de femmes que j’imaginais seules et désespérées, comme moi.

Le dégoût me souleva l’estomac. Était-ce vraiment ce que je voulais ? Réduire un être humain à un accessoire, un faire-valoir, une arme de vengeance ?

– Tu n’as pas le choix, me dis-je à voix haute. Tu n’as personne. Tu es seule.

Je faillis tout refermer. Mais un site, plus bas dans la page, attira mon regard. Il se distinguait des autres. Pas de couleurs criardes. Pas de photos aguicheuses. Juste du noir et de l’or, une police élégante, et ce nom : « Prestige Échapées – Pour celles qui méritent le meilleur. »

Je cliquai.

Le site était sobre, presque luxueux. Il parlait de « prestations sur mesure », de « cavaliers d’exception », de « discrétion absolue ». Un formulaire de contact. Des témoignages de femmes – des vrais, avec des noms et des visages floutés – qui parlaient de soirées réussies, de regards envieux, de moments inoubliables.

C’était cher. Très cher. Les tarifs n’étaient pas affichés, mais je savais que cela me coûterait un bras.

Je sortis l’invitation de ma poche. La date. Dans trois semaines.

L’héritage de ma grand-mère dormait sur un compte. Je n’y avais pas touché depuis sa mort, par respect, par culpabilité, parce que je ne savais pas quoi en faire. Mais là, ce soir, je savais. Je le dépenserais pour la meilleure vengeance de ma vie.

Je remplis le formulaire.

Nom : Bennett. Prénom : Léa. Événement : Gala du Domaine Kensington. Exigences : « Cavalier séduisant, élégant, capable de faire paraître mon ex jaloux. Surtout, capable de jouer la comédie. »

Dans la case « commentaires », j’hésitai, puis j’écrivis :

« J’ai été humiliée. Je veux qu’on me voie heureuse, même si c’est faux. Trouvez-moi l’homme le plus parfait que l’argent puisse acheter. »

J’appuyai sur « envoyer » avant de pouvoir réfléchir.

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